Jésus au désert.
l’arche de Noé, et l’arc en ciel
1er dimanche de carême, année B
1. Le thème du désert, là, devant l’immensité,
vous n’êtes plus un être, mais un "peut-être" ; et, grâce
au silence, on y entend les battements de son cœur ! Écoute ton cœur
!
2. La tentation
3. La vraie pénitence ou la conversion. Quelques conseils pour
ce carême.
4. Les bêtes sauvages qui sont en nous
5. L’arc en ciel
"La vraie pénitence, c’est l’amour qui se débarrasse de tout
ce qui le gêne."
"Les vraies pénitences, c’est toutes celles qu’on n’a pas choisies
: toutes les choses difficiles qui s’imposent à vous … et que nous
devons finalement accepter. Le plus sublime, c’est quand nous les vivons
avec Jésus, dans sa petitesse et son amour. "La tentation : c’est
souvent au cœur de l’effort, que nous sentons très fort tout à
coup la tentation : arrêtons-nous de fumer, par exemple, et nous devenons
vite grincheux !" (Père Sonet)
Le sens du désert . Les 3 cadeaux que nous apporte le désert
: avancer toujours, savoir sa petitesse, et écouter son cœur (retrouver
l’essentiel de notre vie) !
F
rères et sœurs, vous connaissez sans doute ce proverbe berbère
: "Dieu a créé les pays pleins d’eau, pour que les hommes
puissent y vivre ; et Dieu a créé les déserts pour que
les hommes puissent y retrouver leur âme !" c’est d’ailleurs la
1ère phrase d’un beau livre qui vient de paraître
et que je vous conseille, d’un prêtre du diocèse de Fréjus
Toulon, le Père Didier Hascoët : "Il me cache au plus secret
de sa tente !"
Saint Exupéry le disait :" Qu’est-ce que c’est que le désert
? C’est l’espace où l’âme s’envole !" C’est vrai que le désert,
ce n’est pas vraiment le dessert. Le désert, ce n’est pas spécialement
drôle, c’est vrai : mais il y a 3 cadeaux que nous fait le désert
:
le 1er cadeau, c’est que vous êtes obligé de marcher.
Si vous restez sur place, vous mourez. Donc, on avance, quelle que soit le
poids de nos vies.
Le 2ème cadeau que nous donne le désert, c’est
la surprise de voir notre petitesse. Un jour, j’ai accompagné des
jeunes de Paris, au désert, dans la région de Jérusalem.
Et quand vous voyez cette étendue immense de rochers, de sable et
de dunes. et, à l’infini, des dunes, des dunes, et encore des dunes.
Et, quand vous êtes au sommet d’une de ces dunes, quand vous voyez
à l’infini ce sable, et ce soleil brûlant, qui ne faiblit pas
de la journée, vous êtes pris d’un sentiment de vertige, vous
êtes saisi par votre petitesse : on l’apprend là qu’en haut
d’une de ces dunes, on n’est pas un être, on est un "peut-être"
! On sent la caducité de tout.
Enfin, le 3ème cadeau, c’est l’écoute, c’est le
silence. Je leur ai dit : "Maintenant, on va faire silence !" Alors, pour
des 6èmes, 5èmes de collège parisien,
ce n’est pas facile de faire silence. Et je leur ai dit : "Maintenant, vous
écoutez les battements de votre cœur !" Et c’est tellement fort,
ce silence du désert, qu’ils ont écouté les battements
de leur cœur ! Chers amis, je dis toujours : "Écoute ton cœur",
avant de prendre une décision. Et tu verras qu’il te dira beaucoup
de choses. Quand vous avez une difficulté énorme, ça
peut tous nous arriver, moi je propose toujours : "Faisons silence !" Car
les bruits, souvent autour, amplifient la souffrance. Et vous verrez, ce
silence nous met en face de l’essentiel. Toujours ce que je dis : "Écoute
ton cœur !"
Le désert nous place toujours en face de l’essentiel." Qu’est-ce
qui fait que nous existons ? Qu’est-ce qui fait que nous nous retrouvons
? Que nous avançons ? Et Jésus part au désert pour
être uniquement avec son Père. D’abord dans la prière.
Qu’est-ce que nous faisons pour prier ? Non : il ne s’agit pas d’ajouter
encore des prières, ni même d’allonger notre temps de prière,
mais d’y mettre de la qualité, plus que de la quantité. D’y
mettre du feu et de la ferveur, plutôt que de l’effort et de l’observance.
"Dans les livres, on cherche Dieu ; dans la prière, on le trouve",
disait le saint Padre Pio.
Quelques conseils pour ce carême : perdre du temps, avoir un peu
d’humour, sourire devant certains problèmes de votre journée
…
Deuxième conseil que nous donne le carême : avec certains,
prendre du temps, prendre le temps de la relation. On court, on est débordés
; alors c’est bon de s’arrêter un peu, de "traîner" un petit
peu avec certaines personnes, qu’on voudrait escamoter, éviter parfois.
Aimer, c’est prendre du temps pour l’autre, comme le dit le Père
Sagne, sur le couple. Pour un père, prendre du temps avec ses enfants
, même "perdre" du temps avec les plus jeunes. Pour retrouver le cœur
de l’autre.
Troisième conseil de carême . Un autre effort de carême
que je vous propose : sourire, en cas de difficulté. Quand nous sommes
contrariés, nous nous tendons, nous nous révoltons. Je comprends,
mais essayons de sourire à chaque fois. Et ça donne des forces
pour résister. L’humour nous donne la distance nécessaire
pour ne pas être écrasé par les problèmes et les
difficultés. L’humour ouvre toujours la porte à l’amour. Si
vous arrivez à sourire, (peut-être aussi de vous), vous arriverez
à être vite en union avec Jésus.
Quatrième conseil de carême : on se critique souvent les uns
les autres ; c’est facile, quand l’autre n’est pas là : il ne peut
pas se défendre. Essayons de moins critiquer, de moins relativiser.
C’est très curieux, au journal de 2O heures, je n’ai jamais entendu
un musulman dire du mal de son imam ; je n’ai jamais entendu un protestant
dire du mal de son pasteur. Mais, en revanche, excusez moi mais j’ai entendu
parfois des chrétiens, sur leurs prêtres, sur le Pape, sur leurs
évêques, ils ne sont pas tendres … mais, moi, je me mets à
la place d’un non croyant qui regarde ça, … impressionnant.
Je vous propose comme effort de carême, l’exercice du regard positif.
Sur l’autre, sur l’amour, la vie et l’infini. Bien sûr qu’il y a des
choses qui ne vont pas. Mais voir d’abord ce qu’il y a de bien, chez mon
voisin, mon cousin, mon conjoint. Hier, je chantais un rap, avec les jeunes
: "Ne signaler les ornières que pour baliser la lumière !"
La critique systématique, ce n’est pas pratique. Attention, je n’ai
pas dit : le sens critique. Il faut en avoir. Mais pas l’esprit de critique.
Alors demandez ce regard positif !
La tentation, chez Jésus, et nos tentations.
"Il ne faut pas trop faire le malin, … avec le Malin !"
A
lors Jésus va être tenté. Et pas seulement pendant
les 4O jours. On n’aura jamais finis d’être tentés. Et, même,
après ces 4O jours, Jésus sera tenté. Il sera tenté
à Gethsémani, vous vous souvenez, et puis à la croix
:
"Descends de là, si tu y arrives !" lui criaient ses adversaires.
Il dira aussi une parole peut-être la plus terrible de l’évangile
: "Quand le fils de l’homme reviendra, est-ce qu’il trouvera la foi sur
la terre ?"
Mais il n’y a pas que Jésus qui sera tenté. Nous aussi, nous
sommes tentés. Il faut les regarder en face parfois, les tentations
. Et, chaque fois que ces tentations nous écrasent, il faut se demander
: "Est-ce que ce ne serait pas moi qui en rajoute un peu, c’est-à-dire ;
qui me suis un peu trop mis dans la tentation ?" Pas toujours, je sais bien.
Mais la tentation par exemple du doute : est ce que nous avons tout fait
pour nourrir nos raisons de croire et d’espérer ? Est-ce que nous n’avons
pas été un peu passifs, parfois en se laissant un peu trop
faire ? Est-ce ce qu’on aurait pas pu réajuster certaines choses,
quand on pouvait le faire, il y a quelques temps ? Vous savez, le Malin,
il est … malin Il y a un proverbe qui dit : "Il ne faut pas trop faire le
malin, avec le Malin !" Mais, même là, on peut encore s’en
sortir, car on peut toujours s’en sortir, avec la main de Jésus !
la vie, c’est pour moi 4O % de ce qu’elle est, et 6O % de la façon
de la prendre. Ce regard sur la vie, sur les autres, il a besoin d’être
purifié.
Ainsi, on peut dire avec saint Paul : Dieu permet des tentations, mais
jamais au delà de nos forces, dit saint Paul. Et je crois que plus
je résiste, plus j’existe ! Tout à l’heure, nous le dirons
tous : "Ne nous soumets pas à la tentation !" "Ne permets pas que
nous soyons un peu trop exposés à la tentation, parce qu’il
se pourrait qu’on se casse la figure."
Encore un mot sur la tentation, j’aime cette phrase du Père Sonet,
dans "Évangile au présent" :"C’est souvent au cœur de nos efforts,
que nous sentons le plus les tentations : essayons d’arrêter de fumer,
par exemple, et nous devenons vite grincheux !"
Le vrai sens de la pénitence : un cœur vide est toujours avide ! vide
de son "moi je", et avide de Dieu et des frères ! le vrai sens du
jeune, c’est le signe d’un manque qui ne peut pas comblé que par
Dieu seul !
Pour moi, la pénitence, ce n’est pas d’abord se priver de chocolats,
de bonbons, ou de télévision, ou de cinéma. C’est bien
si vous le faites, il y a pas mal de temps qu’on perd, là … mais,
les vraies pénitences, chers amis, c’est celles qu’on n’a pas choisies.
C’est la clé de contact qui ne donne rien dans le démarreur
le matin. C’est la carte bancaire que vous ne retrouvez pas. C’est-ce courrier
électronique volumineux, auquel on n’arrive jamais à répondre
; c’est-ce bébé qui crie, et vous ne savez pas pourquoi il
crie et pleure. C’est votre épreuve de santé, en ce moment,
que vous seul connaissez, essayer de l’accepter : c’est ça, la vraie
pénitence. Et, au-delà de tout ça, j’oserai vous dire
la vraie pénitence, c’est l’amour, qui se débarrasse de tout
ce qui le gêne.
Et le vrai jeune, pour moi, c’est le signe d’un manque, qui ne peut être
comblé que par Dieu seul. Car un cœur vide est toujours : avide !
avide du Père, avide des frères.
Les bêtes sauvages
Alors 2 choses pour terminer. D’abord les bêtes sauvages. Ça
me plaît beaucoup. Il y a un seul endroit dans l’évangile, où
on nous parle de bêtes sauvages, et c’est là. Dans le désert
, Jésus voit ces bêtes à l’extérieur. Mais Il
n’en a pas peur. Elles ne lui font aucun mal. Pourquoi ? parce qu’un proverbe
arabe dit : "Si ton cœur est en paix, le scorpion ne te piquera pas." C’est
vrai : un cœur apaisé est toujours apaisant ; un cœur pacifié
est toujours pacifiant ; un cœur unifié est toujours unifiant.
Tout à l’heure, en allant dire la 1ère messe,
un gros chien sur la route est accouru vers moi, en hurlant, je n’ai pas
eu peur : (enfin, je ne le montrais pas) : il ne s’est pas jeté sur
moi : il s’est calmé tout à coup en arrivant à un mètre
! Les bêtes sentent vite si on a peur. Si on n’en a pas peur, c’est
que peut-être on peut être leurs maîtres, et alors, c’est
elles qui ont peur de nous.
Les bêtes sauvages, elles sont à l’extérieur pour Jésus,
car à l’intérieur, en Lui, dans son cœur, c’est unifié.
Mais, nous, les bêtes sauvages, elles sont à l’intérieur
de nous ! Alors écoutez ça, si vous avez une minute. C’est
le Père Buttet, qui m’a donné ce texte, et qui est si parlant
:
"Il y a toute une faune intérieure, qu’on peut découvrir
en nous : Il y a :
- le lion de l’orgueil et de la domination
- le coq, et le paon de la vanité.
- le chat de la flatterie,
- le renard de la fourberie
- le serpent de l’envie
- l’ours de la possessivité,
- la pie de la jactance,
- le signe de la moquerie, et de la dérision,
- le rhinocéros de la brutalité,
- le pachyderme insensible,
- le lièvre peureux,
- le porc étalé dans le plaisir,
- le chien colérique,
- les mouches bourdonnantes du souci : bssssss…
- le ver rongeur de l’inquiétude,
il y a toute une faune intérieure, qui a besoin d’être domptée.
Chers amis, Jésus est allé au désert, pour les dompter,
pour les apprivoiser. Nous aussi, nous sommes entraînés au désert,
pour les "domestiquer", pour être le maître de ce qui voudrait
nous posséder, mais … elles ne nous auront pas. Pour un jour arriver
à être un peu plus maître de soi-même, pour faire
de sa vie un "je t’aime ." Pour arriver à trouver la sérénité,
la paix. Pour arriver à Pâques, avec un cœur libre, pour aimer,
avec un cœur vraiment libéré.
Bon carême, bon "car j’aime" !
Père GILLES LE TOURNEUR
2, allée des Oliviers Le Pyanet
834OO HYÈRES
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