Publié le mardi 16 octobre 2007 , par Paroisses d’Hyères

Les dix lépreux guéris, et un seul qui
dit : "merci"
Les neuf autres pensent qu’ils appartiennent au peuple élu : ils pensent que tout leur est du : alors ils ne reviennent pas dire merci à Jésus !
Pas de foi morphine, où on s’endort dans la routine !
- Sur les 10 lépreux qui sont guéris, il n’y qu’un seul qui revient pour dire : merci. Les neuf autres pensent qu’ils appartiennent au peuple élu : alors tout leur est du ! Ils ne remercient pas Jésus ! Ce sont des "habitués". Il y a pire que d’être une âme pécheresse, dit Péguy : c’est d’être une âme habituée, "qui ne mouille plus à la grâce" ! C’est le péché de tous les pharisiens ; c’est aussi le péché, de nous, les gens "bien" ! Nous avons souvent une foi morphine, on s’endort dans la routine. Vous vous rappelez la première ligne du psaume ? "Chantez au Seigneur un chant nouveau !" Quand j’étais "ado", ce mot "nouveau" m’énervait. Pour moi, rien n’était nouveau dans la religion : la messe, à ce moment-là, pour moi, c’est toujours pareil. En fait c’était à moi à devenir nouveau, à moi de me dire chaque matin : "Aujourd’hui est un jour "nouveau" ! merci Seigneur, de me faire vivre encore ce jour "nouveau", pour chanter un chant "nouveau" !" "Renouvelle-moi, Seigneur ! Merci pour ton bonheur !
Le gâteau, au minot ! Le chien, c’est aussi le type de certains comportements humains de notre société !
La vendeuse, vous ne vous payez pas de sa
tête ?
Et le lépreux dit merci ! Dans la 1° lecture, Naaman, aussi, il dit : "Merci" Mes amis, vous ne lâcherez pas le biscuit, tant que votre minot, votre petit enfant de 4 ans n’aura pas dit : "Merci !" "Qu’est-ce qu’on dit ?" - merci !! Et vous tiendrez bon votre gâteau .... mais votre chien, quand il est affamé, il n’a pas le temps de vous dire : merci ! Il va se jeter dessus, et il va l’avaler. C’est un peu le type hélas, de certains comportements humains de notre société. C’est même au point que quand vous dites merci, à la librairie, ou à la boulangerie, la vendeuse ne vous regarde pas si vous ne vous payez pas de sa tête, tellement elle est étonnée qu’on lui dise merci avec une certaine chaleur.
Le syndrome du lépreux : les cierges à Notre Dame de Consolation au mois de juin, avant les examens ... en juillet,
Tout est don, rien n’est du : c’est ce que nous redit Jésus !
Moi, je vois que, ce qui se passe ici : c’est le syndrome du lépreux, c’est courant dans notre vie chrétienne, dans notre vie spirituelle. Écoutez, j’ai souvent remarqué vers mi-juin, chaque année, au moment du baccalauréat, à Hyères, il y a au niveau des cierges, une grande consommation, à Notre Dame de Consolation. Ce que je trouve normal, après tout. Par contre début juillet, ou fin juillet, on a les résultats du bac et du brevet des études ; d’après les statistiques, il y a chaque année 8O% de réussite ; eh bien je n’ai pas remarqué qu’il y avait 8O % de cierges qui étaient de nouveau achetés, pour ... remercier. On est souvent des ingrats.
Tout est don, rien n’est du, c’est ce que nous redit Jésus ! Quels sont les derniers mots de la messe ? "Nous rendons grâce à Dieu !" Ca veut dire : "Nous remercions Dieu !" Eucharistie, ça veut dire : "Merci".
Monsieur Martin, il le faisait bien ! après la communion, un quart d’heure de silence !
Vous savez que Monsieur Martin, le Papa de sainte Thérèse de Lisieux, qui allait à la messe tous les jours, à 5H 3O, à la messe des ouvriers, et qui était un véritable saint, -d’ailleurs je crois que lui et son épouse vont être bientôt béatifiés -, on dit que, quand il revenait de la messe, très souvent, il était silencieux, quand il revenait jusqu’aux Buissonnets ; alors ça intriguait ses filles, de le voir ainsi silencieux , et en effet, il méditait après la communion ; "Et lorsque ses filles lui posaient la question, il disait : "Je continue à m’entretenir, avec Notre seigneur, après la messe !" pendant un quart d’heure après la communion, il se taisait , en revenant chez lui !" Et il méditait : il ne fallait pas lui parler, sinon, il répondait d’une manière évasive : On ne lui parlait pas : il parlait à Jésus. Monsieur Martin n’était plus que "Merci"
Et la seule prière un peu longue de Marie, que l’on connaît, c’est une prière de "merci" : le magnificat, c’est la prière par excellence de l’action de grâce.
Dans le royaume, nous n’aurons plus rien à demander, après la fin du monde : on ne fera plus qu’une seule chose : louer, et remercier, et bénir Dieu ! Il faut déjà un peu nous habituer. - Dans le Royaume, quand nous y serons, nous n’aurons plus rien à demander : après la fin du monde, nous n’aurons plus qu’à louer, à remercier. Il faut déjà nous entraîner ; il faut déjà nous y habituer ! Hélas, nous sommes beaucoup trop des « habitués » ! On a oublié l’émerveillement, on a mis de coté l’extase et le remerciement. Nous en crevons, d’être des chrétiens trop raisonnables, ou trop raisonneurs.
Au lieu de nous souvenir de tout ce qu’on n’a pas fait pour Lui : souvenons-nous plutôt de tout ce qu’Il a fait pour nous ! Et ça produira chez nous une immense actions de grâce ! "Seigneur, je veux te remercier ..."
Application pratique, pour dire merci : au lieu de nous souvenir de tout ce qu’on n’a pas fait pour Lui : souvenons-nous de tout ce que Lui a fait pour nous : et ça produira un grand feu de mercis, dans notre prière ici. "Seigneur, je vais te remercier, Seigneur, d’une chose dont je ne t’ai jamais remercié, arrivée ces temps derniers."
Pourquoi on en a marre de prier ?
Redécouvrez d’autres formes de prière ! Redécouvrez la louange, l’adoration !
Tenez, pourquoi on laisse tomber la prière, parfois, dans notre vie ? Pourquoi on en a marre de prier ?
Je pense à ces mères de famille ou à ces pères de famille qui me parlent de leurs enfants. Dès qu’ils font un pèlerinage, c’est pour cet enfant qui n’est pas heureux, ou qui n’a pas la foi, pour qu’il se convertisse, ou alors pour les petits enfants qui ne sont pas baptisés ... et au bout d’un moment, qu’est-ce qui se passe ? Eh bien ces personnes-là sont révoltées, mais est-ce qu’elles n’ont pas fait de Dieu un moyen, pour que leur enfant soit heureux ? Et pour ces personnes-là, je dis souvent : "Mais arrêtez de prier pour votre enfant !
-mais mon Père, vous n’imaginez pas, si j’arrête de prier, qu’est ce qui va se passer ?
-eh bien d’abord, vous trouverez un peu plus de paix ! je réponds. Et peut-être même plus de confiance. La communion des saints priera pour votre enfant à votre place : mais pour l(instant, redécouvrez d’autres formes de prière : redécouvrez la louange ! redécouvrez l’adoration. Ce n’est pas de ne pas assez prier, mais de trop demander, qui fait le lit de la révolte ! Ne vous culpabilisez pas, ne croyez pas que votre prière n’est pas écoutée par Dieu : vous savez, le cœur de l’homme ne vous appartient pas !
Le geste de prosternation du lépreux guéri !
Dieu ne crée qu’à partir de rien ! Jouez sans atout !
Chers amis, nous ne sommes pas loin de cet évangile : le lépreux qui revient dire merci, a changé totalement de prière et de vie ; il se prosterne, il adore ! Il se jette par terre, comme les musulmans aiment prier. Acceptons d’être réduits à rien. Dieu d’ailleurs, Dieu "créateur" ne peut faire quelque chose que s’il y a un "rien" au départ. Il faut que je sois ce rien du départ. Dieu fait tout avec rien : jouez sans atout ! Dieu recherche le néant consenti. "Fais-toi capacité et je me ferai torrent", a dit un jour Jésus à sainte Catherine de Sienne. Et ça nous libérera : "Élargissez Dieu, disait Diderot : vous L’avez mis en boite !"
Manifester par votre corps, l’adoration de votre cœur !
L’histoire du roi Henri IV et de Sully
Arrêtons, avec cette foi réglo, un peu trop intello : où il ne faut jamais faire un geste de trop !!
Par exemple, n’ayez pas peur, n’ayez jamais honte, même si vous vous considérez adultes dans votre foi, n’hésitez pas à manifester dans votre corps l’adoration de votre cœur.
Je vous raconte une histoire : vous connaissez le roi Henri IV, qui, un jour, se trouve dans son carrosse avec Sully. Le carrosse royal rencontre en plein Paris, un prêtre qui porte à un malade l’Hostie. Vous savez, le Saint Sacrement, il était porté à ce moment-là, pour les mourants.
STOP ! Il fait stopper le carrosse. Il descend du carrosse ; il fait descendre Sully, qui n’est pas content ... et le roi Henri IV se met à genoux, dans la boue ! Or, il faut savoir, ce que dit l’histoire : le roi se rendait à un cocktail, il était en grande tenue : il portait un pantalon blanc, magnifique évidemment ! Sully, lui aussi portait un pantalon blanc, il reste debout. Et Henri IV lui fait signe : "Comme ça !" Alors Sully, vachement embêté, il met un genoux par terre. Henri IV le regarde, et il lui fait : "Comme ça !" "Les 2 genoux, devant le passage du Saint Sacrement, qui est le Seigneur, finalement !" Les deux genoux, dans la boue : c’est dur de se remettre debout ! Ils étaient "crades" ! Bon ! ils sont passés au palais, pour reprendre des habits "frais" !
N’ayez jamais honte, chers lecteurs, de montrer l’attitude de votre cœur ! rien que par votre attitude extérieure. - Vous pouvez rendre, par là, un vrai témoignage, de votre attitude intérieure. Arrêtons avec cette foi "règlo", un peu "intello", où il ne faut pas un geste de trop !!
C’est le corps ostensoir du cœur ! c’est le corps sacrement du cœur, comme aime dire le pape
Jean Paul II
Vous savez que saint Dominique passait des nuits entières, en s’allongeant par terre ? Et il ne dormait
pas : il priait !
Il faut savoir un peu "se lâcher", dans notre prière. Le corps ostensoir du cœur ! le cœur, sacrement du cœur, disait Jean Paul II ! Vous savez que saint Dominique priait des nuits entières, par terre ?
Le jour de mon ordination ...
Un petit souvenir personnel : le jour de mon ordination, j’étais complètement à terre, oui, par terre, vous vous rendez compte ? C’est à chaque ordination, on appelle ça : la prostration. On se fait tout petits, devant le Seigneur. Vous, vous ne l’avez pas vécu : vous ne savez pas ce qui se passe dans notre cœur, à ce moment-là. Mais croyez-moi, on ne voudrait pas changer notre place avec personne d’autre à ce moment-là !! Et on ne regarde pas si le tapis est moelleux ou pas ! "Ah ! ils auraient pu passer l’aspirateur, quand même ! ils exagèrent ..." Non !!! Et à ce moment-là, on entend toute la prière de l’Église qui monte pour nous : sainte Marie, tous les saints, saint Joseph : on n’a pas vraiment envie de se relever ! Tellement on est heureux de prier !
Rien de magique, chez Jésus ! Rien de fantastique non plus ! Dieu ne fait pas de bruit : le bien ne fait pas de bruit ! le bruit ne fait pas de bien !
Enfin, rien de magique, dans l’attitude de Jésus : Il fait le miracle de guérison loin des foules, loin de la télé, de la radio, de France info. Ils sont tous guéris "en cours de route", dit le texte, en chemin. Dieu ne fait pas de bruit, le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien !"
Dieu travaille au plus secret des cœurs : et c’est bien meilleur. Et il faut du temps : ce n’est pas instantané, la guérison de nos caractères, et de nos fragilités. Il faut du temps : on se construit t dans la durée. Le temps ne respecte pas ce qu’on fait sans lui.
Une démarche personnelle : rien n’est automatique, dans la vie spirituelle !!
Ce n’est pas à Dieu, à tout faire !
Le Père Duval, et Monsieur de Coubertin
Et Jésus leur demande une démarche personnelle : aller trouver les prêtres. Ce qu’on fait bien, nous aussi, dans le sacrement de réconciliation. Vous voyez, souvent, nous, avec Dieu, c’est comme dans notre société, on est trop souvent des assistés ! Dieu nous demande au départ un petit travail sur soi. C’est une mise en route. C’est tout.
Dieu ne veut pas s’imposer : Il veut proposer ! Dieu ne veut pas "ordonner" : Il veut "se" donner. Dieu ne veut plus qu’on appuie sur le bouton de distributeur automatique de réussites en tous genres, d’examens et de guérisons, tout en restant à la maison ! Dieu veut que je sorte, et que je m’engage pour de bon !
- C’est toute notre participation. Je suis un disciple de Pierre de Coubertin : "L’important, c’est de participer !" Il demande qu’on Le croit sur parole : "Allez vous montrer aux prêtres !"
Remercier, c’est remonter à la source : c’est se ressourcer ! Et quand je remercie, je reconnais l’autre dans ce qu’il fait, dans ce qu’il sait, dans ce qu’il est. D’où l’expression : "Avoir de la reconnaissance". La reconnaissance, c’est la mémoire du cœur. Saint Paul écrit à Timothée : "Souviens-toi de Jésus-Christ". Quand je suis allé à Jérusalem, j’ai été frappé de voir au mur des lamentations : "Souviens-toi !" Sainte Claire au moment de mourir : "Merci Seigneur, de m’avoir créé !"
- Il fera beau ! Il fera "Dieu" ! Notre vie continue dans les cieux !
Père GILLES LE TOURNEUR
Hyères, ce samedi 13 octobre 2OO4,
Sainte Douceline