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Accueil des réfugiés : "amplifier notre action"

  Publié le lundi 7 septembre 2015 , par Yann de Rauglaudre

Le pape François a appelé dimanche 6 septembre toutes les communautés catholiques d’Europe à accueillir chacune une famille de réfugiés, précisant qu’il commencerait par les deux paroisses du Vatican qui accueilleront « dans les prochains jours » deux familles de migrants.
Mgr Dominique Rey explique comment au plan diocésain il convient de répondre à cet appel.


Le pape François appelle toutes les paroisses à se mobiliser pour l’accueil des réfugiés. Comment comptez-vous mettre en œuvre dans le diocèse du Var cette consigne ?

Il y a à peine 10 jours, je me trouvais en Syrie et j’ai vu le désastre humanitaire qu’a provoqué la guerre, non seulement chez les chrétiens dont certains ont connu le martyre mais sur l’ensemble des populations : maisons réduites en cendres, pillages, fuites massives des populations Il a fallu des images violentes et crues pour nous sortir de notre inertie et léthargie coupables. L’urgence humanitaire nous oblige à mobiliser notre compassion mais aussi notre détermination dans l’action.

A court terme, le drame des populations qui doivent fuir la guerre invite l’Europe à les accueillir. Nous ne pouvons pas nous soustraire à cette obligation morale qu’impose notre humanité commune. Déjà dans le diocèse, nous avons plusieurs associations et initiatives qui portent le souci de l’accueil et de l’insertion : l’association SICHEM à Toulon, avec une antenne à Fréjus, la résidence solidaire des Favières [1] accueille des migrants, différentes associations de l’Union Diaconale du Var qui militent chacune suivant leur objet pour les soins gratuits (Promosoins), les repas offerts aux SDF (Jéricho), la gestion pour l’est-Var du CADA (centre d’accueil pour les demandeurs d’asile) le projet HUDSA (hébergement d’urgence des sans-abris), sans oublier la plateforme de soutien aux chrétiens du Moyen Orient qui ont du fuir la persécution [2].

En réponse à l’appel du pape François, nous allons amplifier notre action auprès de l’ensemble des réalités paroissiales et communautaires du diocèse, dans les jours et les semaines à venir, à partir des réseaux déjà existants car il ne s’agit pas uniquement d’accueillir matériellement mais aussi d’accompagner, d’insérer, « d’inculturer » ces populations déplacées.

Le drame de ces migrants, forcés par la guerre ou par la faim à quitter leur pays, invite aussi les chrétiens à se mobiliser pour faire pression sur les gouvernements afin qu’ils engagent un processus de paix véritable et la constitution d’une force d’intervention pour la paix avec tous les belligérants.


Mgr Rey est intervenu le 7 septembre sur RCF Méditerranée, France 3.
Retrouvez le journal de France 3


Le 7 septembre : Entretien de Monseigneur Rey sur FIGAROVOX
ENTRETIEN : Pour l’évêque de Fréjus-Toulon, les chrétiens ne doivent « pas craindre d’affirmer avec conviction le témoignage de leur foi en Jésus-Christ, même auprès des musulmans ». Tout juste revenu de Syrie, il nous livre son analyse de la situation et réagit à l’invitation du pape François d’accueillir des réfugiés.

- FIGAROVOX : Vous êtes le premier et le seul évêque français à vous être rendu en Syrie, aux côtés des Chrétiens persécutés. Qu’avez-vous vu là-bas ?

MONSEIGNEUR REY : J’ai été accueilli en Syrie par le patriarche grec catholique Grégoire III du 22 au 26 août. Nous avons visité un certain nombre de sites où se trouvent les communautés chrétiennes. L’impression de base que m’a donné ce pays, c’est celle d’un double martyre : martyre de la pierre, martyre de la chair. Martyre de la pierre avec ces quartiers (chrétiens et musulmans) saccagés, ces rues impraticables, ces églises détruites… Martyre de la chair surtout, avec ces milliers de drames humains, de persécutions explicites, d’exodes forcés, de familles ayant vu les leurs massacrés sous leurs yeux.

On a la vision d’un pays en ruines, sans avenir, d’une terre de désolation, qu’il faut fuir. Beaucoup de gens là-bas m’ont dit « aidez-moi à partir », même si les responsables religieux appellent à rester sur place. Parmi les chrétiens, certains, dont le martyre particulier s’ajoute au drame commun, ont décidé de rester, faisant preuve d’une résistance morale et spirituelle exemplaire.

- FIGAROVOX : S’il y a plus d’un an que l’exode des Syriens a commencé, le choc des photos a mobilisé le monde entier autour d’un enfant mort noyé. Que vous inspirent ces terribles images ? L’émotion est-elle un piège ou au contraire un catalyseur nécessaire à l’action ?

Ces images violentes et crues nous obligent à sortir de notre léthargie. Nous ne pouvons plus rester dans l’inaction, dans une inertie confortable qui nous tient lieu de politique depuis des mois. Notre stratégie ne peut se réduire à mettre en place des barbelés et multiplier les contrôles aux frontières ! L’urgence humanitaire exige de mobiliser notre compassion mais aussi notre détermination dans l’action. Il y a un point d’équilibre à trouver, où le coeur et la raison doivent parler de concert. Le coeur doit nous engager à répondre à l’urgence humanitaire. La raison nous oblige à trouver des solutions de long terme. Notre devoir moral, surtout en tant que chrétiens, est d’accueillir toutes les personnes en souffrance, en particulier nos frères chrétiens, dont certains ont fui la persécution. Le pape François nous y invite avec force.

Les frontières territoriales doivent rester essentielles pour protéger l’identité d’un pays. Les flux doivent être régulés. On ne peut pas accueillir dans n’importe quelles conditions. Nous ne voulons pas d’une globalisation brouillonne qui gommerait les identités. Il faut accompagner les nouveaux venus sur le chemin de l’intégration culturelle et sociale, afin qu’ils puissent intérioriser et enrichir aussi l’identité du pays qui les accueille.

- FIGAROVOX : Que dites-vous à ceux qui agitent le spectre d’une « invasion » et craignent pour l’identité chrétienne de l’Europe ?

Que nous le voulions ou non, nous sommes dans un monde globalisé et ouvert. Nous ne pourrons pas empêcher l’arrivée de réfugiés et les brassages de population qui relèvent de facteurs économiques, géopolitiques, écologiques et religieux très complexes. Ces mouvements démographiques doivent être encadrés par une vraie politique migratoire. Par ailleurs l’altérité due à l’arrivée de personnes issues d’autres univers culturels interroge notre propre identité, et nous engage à nous réapproprier notre héritage national, marqué en Europe par ses racines judéo-chrétiennes.

Face à cette peur de l’islamisation de l’Europe, je constate souvent un déficit d’identité des chrétiens, ils ne doivent pas craindre d’affirmer avec conviction le témoignage de leur foi en Jésus-Christ, même auprès des musulmans. C’est une leçon que j’ai retenue de mon séjour en Syrie.

Certains s’inquiètent d’une islamisation de la France, qui serait accélérée par la venue de ces nouveaux migrants. Tout en éradiquant les groupes islamistes fondamentalistes et le trafic d’êtres humains, il faut absolument mettre en œuvre une culture du dialogue, qui favorise un modus vivendi avec les communautés d’origine musulmane. Il faut aussi déployer une démarche pastorale, qui conjugue accueil et annonce. Pour sortir ou de la confrontation belliqueuse, ou au contraire, de l’indifférence, nous nous devons comme chrétiens, de construire des liens humains de proximité et de solidarité pour que notre société ne devienne pas une nouvelle tour de Babel individualiste, fracturée entre communautés qui ne communiquent plus entre elles.

Face à cette peur de l’islamisation de l’Europe, je constate souvent un déficit d’identité des chrétiens, ils ne doivent pas craindre d’affirmer avec conviction le témoignage de leur foi en Jésus-Christ, même auprès des musulmans. C’est une leçon que j’ai retenue de mon séjour en Syrie.

- Une conférence de l’ONU sur les minorités persécutées par l’Etat islamique se tient le 8 septembre à Paris. Qu’attendez-vous de la communauté internationale ?

J’attends beaucoup de cette conférence. La France et les grandes puissances doivent former une coalition internationale pour garantir durablement la paix. Le statu quo en Syrie et en Irak n’est plus tenable. La paix est la seule solution pour maintenir les populations sur place.


Mgr Rey sur Var-Matin La semaine dernière Var Matin a demandé à plusieurs personnalité de réagir notamment après la publication de la photo de cet enfant mort sur une plage turque (voir ci-contre la reproduction de l’article).

Article du 8 septembre :
Monseigneur Dominique Rey, évêque du diocèse Fréjus-Toulon connaît très bien la situation en Syrie

Monseigneur Dominique Rey, évêque du diocèse Fréjus-Toulon connaît très bien la situation en Syrie pour la simple et bonne raison qu’il était encore sur place, il y a à peine 10 jours. Là-bas, l’homme de Dieu a côtoyé l’enfer, l’horreur absolue. « C’est une catastrophe humanitaire. Les populations fuient Daesh. Persécutés, ils vivent le martyr de la chair. Des villages entiers sont sous la proie des pillages avant d’être réduits en cendres. Je mesure tout à fait le drame psychologique. Aujourd’hui, il y a urgence ». Et Mgr Rey de se désoler qu’il ait fallu « des images violentes et crues pour sortir de l’inertie et de la léthargie coupables. »

Parallèlement au soutien des migrants, explique-t-il, des réflexions concrètes sont à mener. Il faut trouver une solution pour « stopper rapidement le drame, le trafic de personnes, exercé par les mouvements fondamentalistes » et « réfléchir à une politique migratoire afin aussi d’intégrer, inculturer les personnes déplacées. C’est un travail sur la durée. » Prochainement, le diocèse communiquera sur les actions mises en oeuvre en faveur des migrants.

Mgr Rey : « Il y a urgence »


Aller plus loin

Déclaration du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France :
Accueil des migrants : tous appelés à agir


[1] l’ancienne clinique de l’Arthémise est devenue, en 2014, la résidence des Favières.

[2] Cette plateforme s’appuie notamment sur différentes paroisses du Var.






Si vous voulez apporter votre aide matérielle ou soutenir par des dons l’accueil aux réfugiés ou/et aux chrétiens d’Orient, il est possible de prendre contact avec le diocèse.

 




 
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