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Publié le mercredi 26 septembre 2007 , par Mathilde Henry

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Il y a deux ans, le père Andréas Santoro, prêtre italien, missionnaire en Turquie, était assassiné dans son église tandis qu’il priait. Peu avant sa mort, il avait déclaré : "Je suis ici pour habiter parmi ce peuple et permettre à Jésus de le faire en prêtant ma chair. On ne devient capable de salut qu’en offrant sa propre chair. Le mal du monde doit être porté, et la douleur doit être partagée en l’absorbant jusqu’au bout dans sa chair, comme l’a fait Jésus." Au cours de l’ordination presbytérale de ce jour, Raphaël est appelé à se donner à Dieu, jusque dans sa chair. Jésus a revêtu notre chair, il nous invite à lui donner la nôtre. Cette offrande de notre chair n’est jamais aussi manifeste que dans la liturgie eucharistique, lorsque nous reprenons les paroles du Mémorial : "Ceci est mon Corps, livré pour vous"..
Nous prêtons au Christ notre propre corps pour qu’il soit livré pour le salut de tous. Le prêtre est appelé à se laisser saisir par les paroles de Celui qui l’appelle "ami". On ne peut être ordonné que si l’on est devenu "ami" du Christ, que si l’on conduit l’amitié jusqu’à l’imitation, la correspondance, l’identification. L’amitié avec le Christ est constitutive du sacerdoce ministériel. Au cours de la messe chrismale du Jeudi Saint de 2006, le pape Benoît XVI a rappelé l’importance des paroles de Jésus à ses apôtres, la veille de sa mort : "Je vous appelle mes amis !" leur dit-il. Et le pape de commenter : "Dans ces paroles, on pourrait voir l’institution du sacerdoce. Le Christ confie sa Personne. Quelle confiance ! Il s’est véritablement remis entre nos mains."
Cette amitié avec le Christ dessine les traits d’une spiritualité sacerdotale que Pastores Dabo Vobis exprime en ces termes au n° 27 : "Dans le radicalisme évangélique et pour le manifester, il y a toute une floraison de nombreuses vertus et exigences morales qui sont décisives pour la vie pastorale et spirituelle du prêtre. Citons, par exemple, la foi, l’humilité en face du mystère de Dieu, la miséricorde, la prudence…"
Le pape Jean Paul II énumère en premier lieu la foi. La foi est première. Cette foi est l’attachement inconditionnel et radical au Christ.
Le prêtre doit être un homme de foi. Une foi puisée dans la prière, nourrie par la lectio divina, approfondie par l’enseignement de l’Eglise. Une foi capable de se communiquer dans l’apostolat, de s’expliquer dans la catéchèse, de se célébrer dans les sacrements.
Homme de foi, le prêtre doit croire en son ministère. Il ne peut rester extérieur à ce qu’il fait. Il engage toute sa vie dans son ministère. Sa vie, c’est le Christ. "Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie présente, dans la chair, je la vis dans la foi au fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi" (Paul aux Galates 2, 20). Le Christ poursuit, grâce au prêtre, son activité sacerdotale. La foi au Christ conduit à une unité de vie avec Lui. Car le Christ est le modèle parfait de l’accomplissement de la volonté du Père et de la donation inconditionnelle aux âmes.
Je cite le n° 14 de Presbyterorum Ordinis :
"Pour pouvoir vérifier en pratique leur unité de vie, que les prêtres considèrent chacune de leurs initiatives en examinant quelle est la volonté de Dieu, c’est-à-dire en voyant si cette initiative est cohérente avec les règles de la mission évangélique de l’Eglise. En effet, la fidélité au Christ ne peut pas être séparée de la fidélité de son Eglise.".
La foi au Christ conduit à la foi en l’Eglise, c’est-à-dire à un amour filial à son endroit. De prier avec elle, d’être attaché à son Magistère, de puiser dans sa fidélité la sagesse et la force, pour aller jusqu’au bout de son ministère, sans transiger. Le prêtre n’annonce pas son opinion, mais la foi de l’Eglise, dans toute sa plénitude, dans toute sa catholicité.
La foi au Christ conduit le prêtre à aider les chrétiens à devenir eux-mêmes, des hommes et des femmes de foi.
Pastores Dabo Vobis évoque une autre exigence morale de la vie du prêtre : l’humilité. Plus que tout autre, le prêtre accueille pour lui-même les paroles de saint Paul "Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile." (2 Corinthiens 5) L’humilité consiste à laisser le Christ passer devant soi. A Lui donner la première place dans sa vie. "Dieu premier servi." disait Jeanne d’Arc. "Sans moi, vous ne pouvez rien faire." nous redit Jésus. L’humilité conduit à la prière, à demander sans cesse le secours de la grâce, à vivre de l’eucharistie, à savoir nous appuyer sur la fraternité sacerdotale et à promouvoir les indispensables collaborations avec les fidèles laïcs, sans prétendre vouloir tout faire tout seul. L’humilité consiste à dépendre aussi des autres. L’humilité nous conduit à regarder en face nos fragilités, à consentir à nous remettre en cause, à exercer un regard critique sur soi. L’humilité nous invite aussi à confesser régulièrement nos péchés, à vivre de la miséricorde divine.
Un autre point qu’évoque l’exhortation apostolique Pastores Dabo Vobis, c’est la miséricorde. La lettre aux Hébreux applique au Christ le titre de "grand prêtre miséricordieux". "Parce qu’il a lui-même souffert, quand il fut éprouvé, il est en mesure de venir en aide à ceux qui sont éprouvés." (Hébreux 2, 18) La miséricorde sacerdotale du Christ n’est pas un sentiment superficiel. C’est une capacité acquise grâce à des souffrances personnelles. Pour pouvoir compatir pleinement, il faut avoir pâti personnellement. L’auteur de la lettre aux Hébreux montre encore Jésus en proie à une angoisse extrême qui le fait "prier et supplier, avec un grand cri et dans les larmes, Celui qui pouvait le sauver de la mort" (Hébreux 5, 7)
Tout le ministère sacerdotal doit être empreint de miséricorde. Et cette miséricorde se déploie dans la triple tâche que l’Eglise confie au ministère ordonné :
L’exhortation apostolique post-synodale Pastores Dabo vobis souligne enfin à propos de la spiritualité sacerdotale, la prudence. Cette vertu prévient de se lier à une personne particulière ou à un groupe. La foi au Christ conduit le prêtre à se départir de l’exercice solitaire et indépendant de son ministère.
L’actuel Souverain Pontife nous l’a rappelé à l’occasion des ordinations presbytérales du 7 mai 2006. Il s’adressait aux nouveaux prêtres en ces termes :
"Connaître les brebis comme Jésus, bon pasteur, ce doit toujours être aussi connaître avec le cœur ; si notre manière de connaître ne ligote pas les personnes à notre petit moi privé, à notre petit cœur, mais leur fait sentir le cœur de Jésus, le cœur du Seigneur. Ce doit être une connaissance avec le cœur de Jésus et orientée vers Lui, une manière de connaître qui n’attache pas l’homme à ma personne, mais le guide vers Jésus en le rendant ainsi libre et ouvert."
Le prêtre n’est pas l’homme d’un parti. Il est tout à tous afin que chacun soit aussi à son frère. Son cœur est ouvert à tous. Il est chaste, c’est-à-dire donné à Dieu pour être à chacun, sans mettre la main sur personne. Son cœur est disponible et universel, prêt à donner sa vie pour chacune de ses brebis. A Auschwitz, lorsqu’on demanda à Maximilien Kolbe de justifier des raisons du mourir à la place d’un père de famille, il ne savait que répondre : "Parce que je suis un prêtre catholique". La vie du prêtre est sacrificielle, et chaque eucharistie actualise son offrande. Et c’est parce qu’elle est sacrificielle, que dans le Christ, elle est féconde. "Il n’est pas de plus grande preuve d’amour, que de donner sa vie pour ceux qu’on aime", disait Jésus."
[1] dans la personne du Christ