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Chrétiens d’Irak

  Publié le lundi 4 août 2014 , par Françoise Girard

La situation des chrétiens en Irak est particulièrement préoccupante. Une délégation des évêques de France conduite par le cardinal Barbarin est revenue en France le 1er aout : elle témoigne.
La Conférence des évêques de France, elle-même a lancé un appel avant que la Nonciature ne relait l’appel du pape François.


Déclaration du Directeur de la Salle de Presse au nom du Saint-Père

7 août 2014

- Le Saint-Père suit avec une vive préoccupation les nouvelles dramatiques qui parviennent et concernent des populations sans défense. Les Communautés chrétiennes sont particulièrement frappées : c’est un peuple qui fuit ses villages en raison de la violence qui, ces jours-ci, est en train de sévir et de bouleverser la région.


- Pendant la prière de l’Angélus, le 20 juillet dernier, le Pape avait lancé ce cri de souffrance : « Nos frères sont persécutés, ils sont chassés, ils doivent abandonner leurs maisons sans avoir la possibilité de rien emporter avec eux. À ces familles et à ces personnes, je veux exprimer ma proximité et ma prière constante. Très chers frères et sœurs qui êtes si persécutés, je sais combien vous souffrez, je sais que vous êtes dépouillés de tout. Je suis avec vous dans la foi en Celui qui a vaincu le mal ! »


- À la lumière des événements angoissants, le Saint-Père redit sa proximité spirituelle à tous ceux qui traversent cette très douloureuse épreuve et il s’unit aux appels pressants des évêques du lieu, demandant, à la fois à eux et pour leurs Communautés dans le malheur, que s’élève sans répit de toute l’Église une prière unanime pour demander à l’Esprit Saint le don de la paix.


- Sa Sainteté adresse en outre un pressant appel à la Communauté internationale afin qu’elle agisse pour mettre fin au drame humanitaire qui se déroule et qu’elle s’emploie à protéger tous ceux qui sont concernés ou menacés par la violence et à assurer les aides nécessaires, surtout les plus urgentes, à ces innombrables réfugiés dont le sort dépend de la solidarité d’autrui.


- Le Pape en appelle à la conscience de tous et il redit à chaque croyant : « Que le Dieu de la paix suscite en tous un authentique désir de dialogue et de réconciliation. On ne triomphe pas de la violence par la violence. On triomphe de la violence par la paix ! Prions en silence, en demandant la paix ; tous, en silence… Marie, Reine de la paix, prie pour nous ! » (Angélus du 20 juillet 2014).

PDF - 2 Mo
Lettre de la Nonciature du 8 août 2014

Dernière Minute du 7 août

Communiqué du 7 aout 2014 de la Conférence des évêques de France


Retour de la délégation de la CEF

Le Cardinal Barbarin, Mgr Dubost et Mgr Gollnisch sont de retour ce 1er août 2014 de leur voyage comme émissaires de l’Eglise catholique en France auprès des chrétiens d’Irak, accueillis par le Patriarche Chaldéen Louis-Raphaël Sako.
Dans une interview, recueillie sur place par Natalia Trouiller, responsable de la communication du diocèse de Lyon, et publiée sur le site eglise.catholique.fr, ils reviennent sur ces nombreuses rencontres, qui les ont profondément marqués.

Selon Mgr Pascal Gollnisch, Directeur général de l’oeuvre d’Orient et organisateur de cette visite,"même si ce voyage revêt un caractère particulier en raison de l’actualité, ce n’est pas un acte isolé : il s’inscrit vraiment dans la continuité du souci qu’ont les évêques français de leurs frères d’Orient … "

Ce qui a beaucoup frappé Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry et Président du Conseil pour les relations interreligieuses de la CEF [1], "c’est de trouver des gens qui ont tout perdu en raison de leur foi : ils demandent justice, mais sans haine ni appel à la vengeance. L’immense solidarité du peuple irakien m’a aussi frappé : paroisses, écoles, salles communes, maisons, toutes les portes se sont ouvertes pour les déplacés".

Pour le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et à l’initiative de cette délégation, "il fallait que les chrétiens d’Irak sachent que l’on prie pour eux : c’est chose faite. Nous n’avions pas la prétention de faire des choses extraordinaires, mais toutes simples : prier, manifester notre amitié, apporter une aide matérielle… Ce qui me touche, ce que je garde de ce voyage, ce sont 2 remarques : une du patriarche, « De jour en jour, grâce à votre venue, on voyait leur espérance grandir » ; et une de Mgr Youssef Thomas, « Avant nous étions sans voix ; maintenant, enfin, nous avons une voix ».

C’est bien pour être à l’écoute des chrétiens en Irak que cette délégation de l’Eglise en France a été organisée mais plus que jamais, tout est à poursuivre ! N’oublions pas les chrétiens d’Orient !

Merci de relayer dans vos medias ces témoignages. Mgr Bernard Podvin Porte-parole des évêques de France



Interview des trois membres de la délégation de la CEF auprès des catholiques irakiens

- Que souhaitiez-vous faire par ce voyage auprès des communautés chrétiennes d’Irak ?
-  Mgr Dubost : Personnellement, j’avais 4 buts : tout d’abord, porter à la connaissance des catholiques irakiens l’immense souci des atholiques français à leur égard. Ensuite, nous mettre à l’écoute de ce qu’ils ont vécu et de leurs besoins immédiats. Puis aider à la mobilisation de ce qui est à faire maintenant. Enfin, aider à une réflexion à long terme sur l’avenir de l’Irak multiculturel.
- Mgr Gollnisch : Ce voyage s’inscrit dans le souci permanent des évêques de France pour les chrétiens d’Orient. Nos liens sont forts, anciens et réguliers : dans ce cadre, il y a eu la venue du patriarche des Chaldéens Mgr Louis Raphaël Ier Sako à Lyon, du patriarche des Melkites Grégoire III Laham à Paris, du patriarche copte catholique Ibrahim Isaac Sidrak, et de nombreux autres évêques orientaux qui viennent en France. On le sait peu, mais il ne se passe pas un mois sans qu’un évêque oriental ne soit reçu chez nous ! Même si ce voyage revêt un caractère particulier en raison de l’actualité, ce n’est pas un acte isolé : il s’inscrit vraiment dans la continuité du souci qu’ont les évêques français de leurs frères d’Orient. Le précédent voyage en Irak d’évêques français remonte seulement à deux ans !
- Mgr Barbarin : D’abord, il y a eu une relation personnelle avec Mgr Sako, patriarche des Chaldéens, et Mgr Youssef Thomas, archevêque chaldéen de Kirkouk, puis ces souffrances de juin et juillet avec l’invasion de Mossoul par le califat islamique autoproclamé ; nous avons alors été très régulièrement en contact, et l’idée de venir a germé naturellement, avec en ligne de mire l’idée que quand quelqu’un souffre on se fait proche de lui. J’ai demandé leurs avis au Secrétaire d’Etat, Mgr Parolin, ainsi qu’à Mgr Pontier de la Conférence des évêques de France, qui ont tous deux approuvé l’idée, et Mgr Pontier a décidé de faire de nous les porte-parole de la CEF.
Il fallait que les chrétiens d’Irak sachent que l’on prie pour eux : c’est chose faite. Nous n’avions pas la prétention de faire des choses extraordinaires, mais toutes simples : prier, manifester notre amitié, apporter une aide matérielle…


- Considérez-vous que vous avez accompli votre mission ?
- Mgr Barbarin : Nos espérances ont été dépassées. Nous voulions écouter les gens, nous avons entendu des témoignages tous les jours, plusieurs fois par jour. Quantité d’histoires personnelles bien concrètes. Nous en avons plein les yeux, les oreilles et le coeur, à raconter !
Ce qui me touche, ce que je garde de ce voyage, ce sont 2 remarques : une du patriarche, « De jour en jour, grâce à votre venue, on voyait leur espérance grandir » ; et une de Mgr Youssef Thomas, « Avant nous étions sans voix ; maintenant, enfin, nous avons une voix ».
- Mgr Dubost : Ce qui m’a beaucoup frappé, c’est de trouver des gens qui ont tout perdu en raison de leur foi : ils demandent justice, mais sans haine ni appel à la vengeance.
L’immense solidarité du peuple irakien m’a aussi frappé : paroisses, écoles, salles communes, maisons, toutes les portes se sont ouvertes pour les déplacés. « Ils me demandent même ce que je veux manger ! » témoignait une femme reçue dans le village de Malabrwan. Cela apporte quelque chose de fondamental dans le témoignage de la foi.
-  Mgr Gollnisch : Moi ce qui me frappe, ce sont ces gens qui ont accepté de tout perdre en raison de foi. Nous n’avons reçu aucun témoignage d’apostasie, pas même une rumeur. On sent aussi que beaucoup de musulmans sont choqués par ce qui se passe à Mossoul. L’un d’eux l’a même payé de sa vie : le professeur Mahmoud Al-Asali.
Nous avons été aussi les témoins complices du ministère paternel du patriarche Sako, un homme exceptionnel. On sent la force des liens qui l’unissent à son peuple.
- Mgr Dubost : …et la force et le courage de cet homme qui appelle sans cesse à se battre sans les armes de la violence, et qui se fait applaudir par ces gens qui ont tout perdu !
-  Mgr Gollnisch : Ce voyage nous a permis aussi de percevoir à quel point ces gens sont très proches de nous. Il y a la barrière de la langue, mais on les sent dans une grande proximité avec nous, au niveau de la foi.
- Mgr Barbarin : On a entendu l’expression de vraies souffrances, de blessures profondes : « Pourquoi ils nous persécutent ? Pourquoi ils ne nous aiment pas ? » Mais pas de désir de vengeance. De la lassitude, oui : ils ont été chassés du Kurdistan, puis de Mossoul… certains ont vécu trois, quatre, cinq exils… Ils se demandent : « Jusqu’à quand ? »
- Mgr Dubost : Il y a un dilemme profond dans le coeur de beaucoup : partir ou rester ? Le patriarche Sako leur dit : « Vous êtes libres, mais c’est notre pays ». Les personnes que nous avons rencontrées ne veulent pas partir, elles subissent l’idée de devoir partir. Ce n’est pas du tout la même chose.
- Mgr Barbarin : Nous avons été touchés aussi par ces députés chiites, sunnites qui disent : « Vous devez rester, nous avons besoin des chrétiens pour reconstruire notre pays ».
- Mgr Dubost : Ils ont perdu papiers, travail, maison, argent, bijoux, souvenirs, logement, avec une question de survie immédiate : hier nous avons vu 24 personnes logées dans une salle de classe : où seront-elles dans un mois, quand l’école fera sa rentrée ?
- Mgr Gollnisch : Contrairement aux rumeurs qui ont pu circuler, les chrétiens n’ont pas été tués. Ils ont en revanche été profondément traumatisés, atteints dans leur dignité.
- Mgr Barbarin : Une coiffeuse, qui a sauvé ses bijoux en profitant de l’heure de la rupture du jeûne de Ramadan pour quitter Mossoul est aussi abîmée que ceux qui ont tout perdu. Mais toujours cette dignité : « je veux travailler, je ne veux pas l’aumône ».
- Mgr Dubost : Le souci des enfants. Je pense à cet homme à qui on a refusé de rendre son fils tant qu’il n’aurait pas retourné la moindre de ses poches. Il a dû arracher son enfant à ses bourreaux.
- Mgr Gollnisch : Ce voyage permet aussi de remettre les pendules à l’heure : non, ce n’est pas un combat des musulmans contre les chrétiens. C’est bien plus complexe. Le dernier attentat qui ait visé les chrétiens, avant la prise de Mossoul, c’est en 2010 dans la cathédrale de Bagdad : mais depuis, il n’y a pas eu d’attentat contre eux. En revanche, il y a une bombe par semaine dans les mosquées. Certains, chrétiens ou non, irakiens ou pas, appellent à créer des zones basées sur l’ethnie ou la religion : une région sunnite, une région chiite, une région kurde, une turkmène, et pourquoi pas une enclave chrétienne (bien qu’ils soient si peu nombreux que c’est impensable). Ce n’est pas la solution. Si l’on se met à créer des enclaves monoethniques ou monoreligieuses, forcément cela débouchera tôt ou tard sur la guerre. Regardez l’exemple de la Première guerre mondiale : en 1918, on dit « plus jamais ça », et on redessine l’Europe en mettant les Italiens avec les Italiens, les Allemands avec les Allemands, etc. Le résultat ? Moins de 30 ans plus tard, une nouvelle guerre terrible. C’est obligé : si une nation se base sur une culture rigoureusement unique, elle va forcément à un moment ou à un autre réclamer tel ou tel morceau de territoire qui lui a appartenu à un moment de son histoire.
La beauté et la force des chrétiens d’Orient, c’est qu’ils permettent un dialogue.


- Maintenant que vous êtes rentrés, que va-t-il se passer ?
- Mgr Gollnisch : Il y a trois niveaux d’action. Le premier, c’est l’aide d’urgence : il faut appeler aux dons des fidèles en concertation avec la Congrégation pour les Eglises orientales. Il faut trouver des structures d’accueil d’ici l’hiver.
Ensuite, ce n’est pas à l’Eglise seule d’assumer des dizaines de milliers de personnes déplacées. Il faut mobiliser l’opinion et les structures internationales. Communiquer sur ce qui se passe.
Enfin, on ne pourra pas faire l’économie d’un travail en profondeur qui est aussi un travail de mémoire. Il faut qu’ils écrivent ce qui s’est passé. On ne peut que remarquer que nous allons célébrer le centenaire du génocide arménien et que nous assistons à des attitudes qui s’apparentent à ce qui s’est passé. Cette fois il n’y a pas de morts, mais il y a bel et bien épuration. Ce travail de mémoire est essentiel car c’est lui qui nous aidera à ne pas considérer que la situation à Mossoul est définitive. Regardons les choses en face : Il n’y a aucun Etat islamique à Mossoul, il y a un Etat islamique autoproclamé. Ce sont des bandes qui se proclament propriétaires de Mossoul, ce sont des occupants sans titres, illégitimes. Il est hors de question de les reconnaître ni de sembler accréditer la thèse selon laquelle ils sont chez eux !
- Mgr Dubost : Cette actualité dramatique a révélé la capacité de prière des catholiques français. Il faut montrer que cette capacité est pérenne. Il faut aussi que nous réfléchissions au lien social dans notre propre pays. Si nous montrons que nous sommes capables de vivre ensemble, ce sera un témoignage pour eux. Enfin, je frappé par le nombre d’analyses basées sur du ressenti plus que sur des faits. Chacun utilise les chrétiens d’Orient contre quelque chose : contre les évêques, contre les musulmans, etc. Il nous faut nous former, et ne pas instrumentaliser. La situation à Mossoul est suffisamment tragique pour qu’on ne raconte pas n’importe quoi, par exemple que des chrétiens y ont été tués ! Nous devons éduquer à la paix en étant le plus vrai possible.
- Mgr Barbarin : Ce que je garde comme un jalon pour l’avenir, c’est le sentiment de la catholicité de l’Eglise. Dans la cathédrale de Lyon, quand j’accueille quelqu’un comme le patriarche Sako, les gens viennent en foule ; ils sont heureux. Par la diversité des langues, des rites, ils voient que l’Eglise est toujours plus grande que l’idée que nous en avons ! Et les chrétiens d’Orient, à travers leur situation si différente de la nôtre, nous renvoient comme un miroir à nos propres tentations. Le patriarche Sako écoute son peuple et partage sa souffrance, mais il combat le péché de désespoir qui les guette et il appelle ses ouailles à fonder leur espérance dans la foi. Plusieurs fois nous l’avons entendu dire : « Jonas est sorti du ventre de la baleine, Mossoul, l’antique Ninive, sortira aussi de ces ténèbres ». Cela nous parle : nous-mêmes nous risquons le même péché, lorsque nous nous lamentons que les églises sont vides, qu’il n’y a plus de prêtres, etc !
Nous avons à être témoins de nos frères. Il nous faut raconter tout cela ! Cela va nous fortifier. Nous sommes largement gagnants dans cette rencontre. La façon dont le patriarche parle et écoute les fidèles dont il a la charge m’interroge sur ma propre manière de parler et d’écouter. C’est un vrai père, un pasteur. Grâce à lui, j’ai envie de me renouveler.
- Mgr Gollnisch : J’ai fait plus de 40 conférences sur les chrétiens d’Orient, et à chaque fois les églises étaient pleines. On sent bien que les catholiques français s’interrogent sur leur propre foi à la lumière du témoignage de nos frères irakiens. Comme l’a dit le patriarche Sako : « Vous les Français, soyez forts dans votre foi ! »


- En guise de conclusion, que diriez-vous ?
- Mgr Dubost : Soutenons l’OEuvre d’Orient. Nous avons vu l’immensité de leur travail, le réseau de liens tissés de longue haleine, l’estime dont ils jouissent sur place, l’intelligence des projets qu’ils portent. Il faut absolument les soutenir.

Propos recueillis par Natalia Trouiller

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[1] Conférence des Évêques de France






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