"Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire".
Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens
Publié le samedi 21 janvier 2012 , par

Lorsque le bateau coule, il n’y a pas de temps à perdre. Les minutes comptent pour quitter ce qui passe, pour entrer dans ce qui ne passe pas. L’expérience dramatique de la semaine dernière nous invite à prendre conscience que notre temps n’est pas élastique et que nous ne pouvons pas le gaspiller. C’est le cri de Jésus : "Les temps sont accomplis". Jésus nous dit qu’il y a urgence à vivre pour de vrai, pour Dieu et pour nos frères. Suis-je une pierre qui coule ou une flèche qui monte ?
Gardiens de Notre-Dame de Consolation à Hyères.
Barcelone, Palma, Cagliari, Palerme, Rome et Savone. Autant d’escales qui nous attiraient. Une semaine à bord du Costa Concordia pour repos, visites, paysages, couchers de soleil sur la mer...
Notre première croisière. Et notre premier choc à bord du bateau : le superficiel, la vie facile, les tentations, le jeu, le bien-être, la déco faux luxe, les photos kitch avec fonds surréalistes... Tout est fait pour que vous dépensiez le maximum d’argent en toute sérénité. Nous avons mené notre petite vie simple (comme d’autres personnes, d’autres familles) vu des paysages magnifiques, de superbes églises, remparts, ports, et nous venions de passer la journée à Rome. Le Colisée -impressionnant-, le Forum, le Palatino...
Et puis, le deuxième choc, celui dont tous les médias parlent : le naufrage. Le bruit, le bateau qui gite, la vaisselle qui se fracasse, les hurlements, la panique. Grâce à Dieu, nous avons vécu tout cela la peur au ventre bien sûr, mais dans une sérénité intérieure incroyable. Comme lorsqu’une tempête se déchaîne sur la mer et que le fond reste calme. La dernière chose du bateau que nous avons vue tous les deux, main dans la main, avant de monter dans le canot de sauvetage, c’est, derrière un rideau entrouvert de la petite chapelle du bord, le tabernacle ! La certitude que le Bon Dieu est toujours avec nous, quoiqu’il arrive, dans n’importe quelle situation... Quel réconfort ! L’abandon entre Ses mains. Total. Entier. Bien sûr, on pense à nos 3 enfants. Mais si c’est l’Heure pour nous, le Bon Dieu y pourvoira. Il s’occupera d’eux. Il ne les lâchera pas. Confiance. Quelques "Je vous salue Marie". Pas pour nous en sortir. Juste pour prier. L’angoisse de la descente en canot. Les membres d’équipage qui nous ont sauvés ont fait preuve d’un grand sang-froid malgré les cris et la panique de beaucoup de personnes et ont agit de façon très professionnelle : le cuisinier, le mécano, le serveur... Chacun a rempli son rôle.
Le soulagement en posant le pied sur l’île. Le port qui se remplit de naufragés, tous plus ou moins hébétés, le bateau que l’on voit pencher de plus en plus en espérant que tous les passagers l’ont quitté. Il fait nuit, on ne voit pas ce qui s’y passe. Les habitants se mettent en quatre pour nous ; quelques personnes pour plus de 4000 qui débarquent ! Les petits magasins s’ouvrent où les personnes se couchent par terre, au chaud. Les cages d’escaliers. Le petit hôtel. L’école. Le curé met le chauffage dans l’église saint Laurent (!) qui est envahie. Il donne tout. Tout. On se retrouve avec sur le dos qui une chasuble, qui une nappe d’autel, qui des rideaux, qui une chape. Tout ce qui peut tenir chaud. Il arrive avec son paquet de chips, ses oranges, un paquet de bonbons qu’il donne avec son sourire et un petit mot gentil. Jamais bonbon ne m’a paru aussi délicieux ! Le bonbon de la charité.
L’attente toute la nuit pour quitter l’île. L’expérience de se retrouver sans papiers, sans un centime, sans téléphone. Je regarde nos compagnons de voyage, en pyjama, en maillot de bain, en tenue de soirée, pieds nus, en tee-shirt, mouillé, un bébé dans les bras, une personne âgée à la main et je pense à une certaine publicité "Venez comme vous êtes". Des noms que l’on appelle, des proches que l’on cherche. L’arrivée sur le continent. Une foule qui débarque et processionne lentement vers les tentes de secours, de recensement. Le premier café. Il est 8 heures passées. La population qui regarde. Des femmes qui arrivent avec des sacs de victuailles. Pour nous. Par charité. Tout est enveloppé dans une espèce de silence. On suit. On attend. On avance. On attend. On nous emmène dans un gymnase. On se restaure un peu. C’est un cauchemar. On va se réveiller. On avance. On attend.
A midi 30, une visite qui fait chaud au coeur : l’Ambassadeur de France à Rome qui vient nous voir, parler, prendre des nouvelles, qui fait téléphoner l’Ambassade pour rassurer nos enfants. Un Français qui prend de nos nouvelles ! Un Français qui nous explique le rapatriement. Et le voyage de retour en car. L’arrivée à La Turbie, avec les pompiers, la Croix Rouge, les psychologues, le chocolat et les petits gâteaux. La douceur de tout ce personnel. Puis, l’arrivée à Marseille. Douceur palpable là aussi des multiples personnes qui nous prennent en charge. Les formalités. L’hôtel. Le lit dans lequel on se jette à 3 h du matin. Le petit déjeuner et là, encore un pas à faire, celui de quitter nos compagnons de galère, avec qui nous avons vécu quelque chose de si fort, et de tomber dans les bras de nos enfants. Emotion. Action de grâce.
La morale de l’histoire ? Emmanuel : Dieu avec nous. Tout le superficiel a sombré. Dieu est un roc. Si je m’appuie sur Lui, je ne risque rien ! Merci de rendre grâce avec nous, pour nous. Merci de prier pour que la paix règne dans les coeurs de tous les naufragés et de leur famille. Pardon si nous ne sommes pas "opérationnels" avant un certain temps, le choc est énorme...