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Crèche vivante

...Quand Jean Paul Sartre méditait sur Noël...

  Publié le mercredi 14 janvier 2015 , par André Robert

Quand Jean-Paul Sartre méditait sur Noël.... Nous sommes en 1940 en Allemagne dans un camp de prisonniers français. Des prêtres prisonniers demandent à Sartre, prisonnier depuis quelques mois avec eux, de rédiger une petite méditation pour la veillée de Noël.


Sartre l’athée, accepte, et offre à ses condisciples ces quelques lignes magnifiques. Comment se douter que la grâce soit venue le visiter à ce moment là, même si le philosophe s’en défend.

Vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la Crèche. La voici. Voici la Vierge, voici Joseph, et voici l’Enfant Jésus. L’artiste à mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-être naïf, mais écoutez. Vous n’avez qu’à fermer les yeux pour m’entendre, et je vous dirai comment je les vois au dedans de moi.

La Vierge est pâle et elle regarde l’enfant. Ce qu’il faudrait peindre sur son visage est un émerveillement anxieux, qui n’apparut qu’une seule fois sur une figure humaine, car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l’a porté neuf mois. Elle lui donna le sein, et son lait deviendra le sang de Dieu. Elle le serre dans ses bras et dit :"Mon petit" !

Mais à d’autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense : " Dieu est là", et elle se sent prise d’une crainte religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant, parce que toutes les mères son ainsi arrêtées par ce moment , par ce fragment de leur chair qu’est leur enfant, et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu’on a faite avec leur vie et qu’habitent les pensées étrangères. Mais aucun n’a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère, car Il est Dieu et Il dépasse de tous cotés ce qu’elle peut imaginer. Et c’est une rude épreuve pour une mère d’avoir crainte de soi et de sa condition humaine devant son fils.

Mais je pense qu’il y a aussi d’autres moments rapides et glissants ou elle sent à la fois que le Christ est son fils, son petit à elle, et qu’il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : " Ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divise ma chair, il est fait de moi, il a mes yeux et forme de bouche, c’est la forme de la mienne, Il me ressemble, Il est Dieu et Il me ressemble ".........

Et Joseph ne sait que dire de lui même. Il adore et il est heureux d’adorer. Il se sent un peu en exil. Je crois qu’il souffre sans se l’avouer. Il souffre parce qu’il voit combien la femme qu’il aime ressemble à Dieu. Combien déjà elle est du coté de Dieu. Car Dieu est venu dans l’intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté, et toute la vie de Joseph, j’imagine sera d’apprendre à accepter. Joseph ne sait que dire de lui-même : Il adore et il est heureux d’adorer ....










 

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