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"Que Dieu lui-même achève en vous
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Discours du Pape François lors de sa visite pastorale à Turin le 21 juin 2015

  Publié le samedi 11 juillet 2015 , par Philippe Roy

Ce discours est celui que le Saint-Père a prononcé, "venant du cœur", lors de sa rencontre avec des jeunes pour répondre oralement à des questions posées préalablement, sans reprendre directement le texte qu’il avait préparé.


Merci à Chiara, Sara et Luigi. Merci parce que les questions portent sur les trois mots de l’Évangile de Jean que nous venons d’entendre : amour, vie, amis…

Mais qu’est-ce que l’amour ? « C’est un feuilleton, père ? Ce que nous voyons dans les feuilletons télé ? » Certains pensent que c’est cela l’amour. Parler d’amour, c’est si beau, on peut dire de belles choses, de belles, belles choses. Mais l’amour a deux axes pour bouger, et si une personne, un jeune, n’a pas ces deux axes, n’a pas ces deux dimensions de l’amour, ce n’est pas de l’amour. Tout d’abord, l’amour est plus dans les faits que dans les paroles : l’amour est concret. A la famille salésienne, il y a deux heures, je parlais de « vocation concrète » … - Et je vois qu’ils se sentent jeunes parce qu’ils sont ici, devant ! Ils se sentent jeunes ! - L’amour est concret, il est plus dans les faits que dans les paroles. Il ne suffit pas de dire : « Je t’aime, j’aime tout le monde ». Non. Que fais-tu par amour ? L’amour se donne. Pensez, Dieu a commencé à parler d’amour quand il s’est impliqué avec son peuple, quand il a choisi son peuple, a fait une alliance avec son peuple, a sauvé son peuple, a pardonné tant de fois – Dieu est très patient ! – : il a fait des gestes d’amour, des actions d’amour. Et la seconde dimension, le second axe autour duquel l’amour gravite est celui de la transmission, l’amour se transmet, c’est-à-dire l’amour écoute et répond, l’amour se fait dans le dialogue, dans la communion : se transmet. L’amour n’est ni sourd ni muet, il communique. Ces deux dimensions sont très utiles pour comprendre ce qu’est l’amour, qui n’est pas un sentiment romantique du moment ou une histoire, mais un sentiment concret, qui s’exprime dans les faits. Il se transmet, c’est-à-dire qu’il est dans le dialogue, toujours.

Chiara, je répondrai donc à ta question : « Souvent nous sommes déçus en amour. En quoi consiste la grandeur de l’amour de Jésus ? Comment pouvons-nous expérimenter son amour ? ». Et maintenant je sais que vous êtes de bons jeunes, permettez-moi de vous parler franchement. Sans faire le moraliste, je voudrais dire un mot qui ne plaît pas, un mot impopulaire. Le pape aussi, parfois, doit prendre des risques pour dire la vérité. L’amour est dans les faits, dans la communication, mais il est très respectueux des personnes, il n’utilise pas les personnes, l’amour est chaste. A vous, jeunes de ce monde, un monde hédoniste, où seul le plaisir est plébiscité, où ne comptent que « vivre bien » et « faire la belle vie », je dis : soyez chastes, soyez chastes.

Nous avons tous traversé des moments où cette vertu était difficile à tenir, mais c’est le chemin à suivre pour aller vers un amour authentique, un amour qui sait donner la vie, qui n’essaie pas d’utiliser l’autre pour son plaisir. C’est un amour qui considère que la vie de l’autre est sacrée : je te respecte, je ne veux pas t’utiliser. Cela n’est pas facile. Nous savons tous combien il est difficile de surmonter cette conception « facile » et hédoniste de l’amour. Pardonnez-moi si je dis une chose à laquelle vous ne vous attendiez pas, mais je vous demande : faites l’effort de vivre un amour chaste.

Et de là nous ressortons une conséquence : si l’amour est respectueux, si l’amour est dans les faits, si l’amour est dans la communication, l’amour se sacrifie pour les autres. Voyez l’amour des parents, de tant de mamans, de tant de papas qui, le matin, arrivent fatigués à leur travail parce qu’ils n’ont pas bien dormi pour soigner leur enfant malade, l’amour c’est ça ! Le respect c’est ça. Ce n’est pas faire la belle vie. C’est – et nous passons à un autre mot clef – c’est « servir ». L’amour est un service. Servir les autres. Quand Jésus, après le lavement des pieds a expliqué son geste aux apôtres, il nous a enseigné que nous sommes faits pour nous servir les uns les autres, et si je dis que j’aime, mais ne sers pas l’autre, n’aide pas mon prochain, ne le fais pas avancer, ne me sacrifie pas pour lui, alors ceci n’est pas de l’amour. Vous avez porté la croix [la Croix des JMJ] : nous avons là un signe d’amour. Cette histoire d’amour de Dieu par les œuvres et le dialogue, le respect, le pardon, la patience durant tant de siècles d’histoire avec son peuple, finit ici : son Fils sur la croix, le plus grand des services, qui est de donner sa vie, se sacrifier, aider son prochain. Parler d’amour n’est pas facile, vivre l’amour n’est pas facile…

Je comprends ce que tu dis du découragement dans la vie ; aujourd’hui nous vivons dans la culture du rebut. Car ce qui n’a pas d’utilité économique, on le rejette. On écarte les enfants, car on n’en fait plus, ou parce qu’on les tue avant qu’ils ne naissent ; on écarte les personnes âgées, parce qu’ils ne servent pas et on les laisse mourir là, une sorte d’euthanasie cachée, et on ne les aide pas à vivre ; et à présent on écarte les jeunes : pensez à ces 40% de jeunes qui sont sans travail. C’est une mise à l’écart ! Mais pourquoi ? Parce que dans le système économique mondial ce n’est pas l’homme et la femme au centre, comme le veut Dieu, mais le dieu argent. Et tout se fait pour l’argent. En espagnol il existe un beau dicton qui dit : “Por la plata baila el mono”. Je traduis : “Pour l’argent, le singe danse”. Et ainsi, avec cette culture du rejet, peut-on avoir confiance dans la vie ?, avec ce sentiment de confiance [qui] s’élargit, s’élargit, s’élargit ? Un jeune qui ne peut pas étudier, qui n’a pas de travail, qui a honte de ne pas se sentir digne parce qu’il n’a pas de travail, ne peut réussir sa vie. Combien de fois ces jeunes finissent-ils dans les dépendances ? Combien de fois se suicident-ils ? On ne connaît pas bien les statistiques des suicides des jeunes. Ou combien de fois ces jeunes vont-ils lutter avec les terroristes, au moins pour faire quelque chose, pour un idéal. Je comprends ce défi. C’est pour cela que Jésus nous disait de ne pas mettre nos sécurités dans les richesses, dans les pouvoirs mondains. Comment puis-je faire confiance en la vie ? Comment puis-je faire, comment puis-je vivre une vie qui ne détruise pas, qui ne soit pas une vie de destruction, une vie qui n’écarte pas les personnes ? Comment puis-je vivre une vie qui ne me déçoive jamais ?

Je réponds à la question de Luigi : il parlait d’un projet de partage, c’est-à-dire de lien, de construction. Nous devons continuer avec nos projets de construction, et cette vie ne décevra pas. Si tu t’impliques là, dans un projet de construction, d’aide – pensons aux enfants des rues, aux migrants, à tous ceux qui ont besoin – pas seulement pour leur donner de quoi manger un jour, deux jours, mais pour les promouvoir par l’éducation, par l’unité dans la joie des Oratoires et de tant de choses, des choses qui construisent, alors ce sentiment de découragement dans la vie s’éloigne, s’en va. Que faut-il faire pour cela ? Ne pas partir à la retraite trop tôt : faire. Faire. Et je dirais autre chose : faire à contre-courant. Faire à contre-courant. Pour vous jeunes qui vivez cette situation économique, culturelle, hédoniste, consumériste avec des valeurs de “bulle de savon”, avec ces valeurs on n’avance pas. Faire des choses constructives, même petites, mais qui nous rassemblent, qui nous unissent entre nous avec nos idéaux : c’est le meilleur antidote contre ce découragement de la vie, contre cette culture qui t’offre seulement le plaisir : bien réussir, avoir de l’argent et ne pas penser à d’autres choses.

Merci pour les questions. A toi, Luigi, j’ai répondu en partie, non ? Faire à contre-courant, c’est-à-dire être courageux et créatifs, être créatifs. L’été dernier, un après-midi – c’était en août… Rome était morte – ; un groupe de jeunes qui faisaient un camp dans différentes villes d’Italie m’ont téléphoné, et ils sont venus me voir – je leur ai dit de venir –, les pauvres, tous sales, épuisés… mais joyeux ! Parce qu’ils avaient fait quelque chose à “contre-courant” !

Si souvent, les publicités veulent nous convaincre que ceci est beau, que cela est bon, et elles nous font croire que ce sont des “diamants” ; mais, regardez, ils nous vendent du verre ! Et nous devons aller contre cela, aller contre ceci, ne pas être naïfs. Ne pas acheter des saletés qu’on fait passer pour des diamants.

Et pour finir, je voudrais redire la parole de Pier Giorgio Frassati : si vous voulez faire quelque chose de bon dans la vie, vivez, ne vivotez pas. Vivez !










 

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