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Entretien avec le Cardinal Robert Sarah

  Publié le jeudi 9 juillet 2015 , par Philippe Roy

Extrait de l’entretien avec le Cardinal Robert Sarah, préfet de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, ancien archevêque de Conakry (Guinée), publié dans "Familles Chrétiennes" de juin 2015 à l’occasion du synode des évêques sur la famille.



Sur quels sujets les évêques africains se sont-ils particulièrement engagés ?

Notre souci est d’encourager, de mettre en valeur, de protéger la beauté de la famille. Sans la famille il n’y a pas de société ni d’Eglise. Ni même d’avenir. La famille est le lieu où l’on apprend à servir les autres, à les aimer, à leur parler, à les supporter. C’est aussi là que se transmettent les valeurs, la culture, la foi.

Quelle est la spécificité, à cet égard, de l’Afrique ?

Nous aimons la famille, notamment la famille élargie, la famille nombreuse, l’Eglise-famille. Nous avons conscience d’être la famille de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint. Notre vision philosophique c’est que l’homme n’est rien sans la femme et que la femme n’est rien sans l’homme, et que les deux ne sont rien sans un troisième élément qui est l’enfant. L’enfant est une bénédiction, un don précieux de Dieu. La famille, c’est un homme et une femme qui s’aiment mais aussi qui sont ouverts à la transmission de la vie.

Vous avez l’impression que ces aspects se sont perdus en Occident ?

Regardez l’Occident qui vieillit, qui n’a pas d’enfants. C’est comme un suicide collectif.

Y a-t-il un risque de contamination, pour les Eglises en Occident ?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre ! Si vous vous baignez dans une rivière boueuse, vous en ressortez couvert de boue ! En vivant dans un certain contexte, on risque de se laisse contaminer. Je pense que l’Eglise en Occident reste fidèle à sa mission. Mais il faut craindre que l’ambiance culturelle, l’absence de Dieu, la sécularisation, puissent la contaminer. Je ne dis pas que c’est fait, mais le risque est là !

Comment faire face à ce danger ?

Il faut avant tout que l’Occident retrouve ses racines, c’est-à-dire Dieu ! Nous vivons dans un contexte culturel où Dieu est absent. Les chrétiens sont dans une ambiance d’apostasie silencieuse. Tant que l’Occident ne retrouve pas les fondements de son être, son identité, sa culture chrétienne et Dieu Lui-même, je ne vois pas comment il peut revivre.

Quels pourraient être les moyens concrets conduisant à cette résurrection ?

L’évangélisation, les sacrements. Mais aussi la sacralité, la beauté de la liturgie, tout faire pour susciter une ambiance favorisant un réel contact avec Dieu. La liturgie permet ce lien vital, personnel et intime avec Dieu. C’est pourquoi il faut qu’elle soit la plus belle possible.

Le Pape a évoqué la colonisation idéologique exercée actuellement par l’Occident en Asie. Vous évoquez le même sujet pour l’Afrique et vous y voyez la marque du diable…

En créant Adam et Eve, Dieu a créé la famille. Le mariage est un don que nous recevons de Dieu. Chercher à le détruire par des lois ne peut venir que du démon. Celui-ci cherche à briser l’œuvre de Dieu. C’est le cas aussi lorsqu’on redéfinit le mariage et la famille, comme cela s’est produit dans votre pays. Aucune civilisation dans l’histoire n’a légiféré sur l’union matrimoniale de personnes de même sexe, comme vous l‘avez fait l’an passé.

Comment se passe, concrètement, cette colonisation ?

La plupart des gouvernements africains s’entendent dire : si vous n’acceptez pas la théorie du “gender”, si vous n’acceptez pas les droits des homosexuels, le droit à l’avortement, vous n’aurez pas d’aide financière. Le droit se trouve ainsi dénaturé. C’est la raison pour laquelle le Pape dit : il faut vous rebeller, il faut dire non au colonialisme idéologique qui détruit la famille…

Est-ce l’un des enjeux du Synode ?

Au Synode d’octobre prochain, nous allons, je l’espère, aborder la question du mariage de façon avant tout positive, cherchant à promouvoir la famille et les valeurs qu’elle porte. Les évêques africains interviendront pour soutenir ce que Dieu demande à l’homme sur la famille et accueillir ce que l’Eglise a toujours enseigné.

Les évêques africains sont-ils tous déterminés à aller dans ce sens-là ?

On n’a pas besoin de se concerter pour réaffirmer que le mariage est indissoluble. C’est quelque chose de connaturel ! Certains se concertent pour être plus forts, croyant que ce sont les pressions qui l’emportent. Comme si la doctrine était une question de pression ! En Afrique de l’Ouest on donne aux futurs mariés un fruit appelé la cola : la moitié au marié, l’autre à la mariée, et ils doivent la manger. Une fois que c’est fait, le maître de cérémonie dit : restituez-moi la cola comme elle était avant. Et ils répondent : c’est impossible ! Cela symbolise le fait que le mariage ne se casse pas. Même chez les païens cette indissolubilité du mariage est reconnue.

Ne peut-on pas envisager des exceptions ?

Jésus a-t-il évoqué une exception ? Ce que Dieu a uni, l’homme ne peut le défaire. Ce n’est pas une intransigeance ni un fondamentalisme. C’est une loi de Dieu, qui veut le bien de la famille. On pourrait me dire : mais j’ai mieux réussi dans mon deuxième mariage ! D’accord, toi tu as réussi, mais tes enfants ont-ils réussi ? Et ta femme a-t-elle réussi ? La cassure d’un mariage, les brisures psychologiques et la terrible souffrance que provoque un divorce, sont-elles une réussite ? Peut-on construire sa réussite et son bonheur en imposant au conjoint et aux enfants des brisures et des souffrances humaines irréparables ?

Est-ce qu’on a assez parlé des enfants pendant ce Synode ?

On n’en parle presque jamais ! Alors que c’est le vrai drame de l’Occident. Pensez à toutes ces familles où les enfants sont ballottés entre leurs parents séparés. Et la personne qui est abandonnée, alors qu’elle avait tout donné, quelle souffrance ! Personne ne peut consoler cette cassure-là ! Or on ne pense pas à ces gens qui souffrent ! On a seulement pitié de ceux qui contractent un nouveau mariage civil et qui veulent communier. Pourquoi une telle myopie…










 

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