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Publié le samedi 5 juillet 2008 , par Mathilde Henry

"Vous aussi, vous êtes appelés à témoigner du Christ aux côtés de tous les frères chrétiens dans tous les lieux où vous vous retrouvez et vivez et dans toutes les œuvres auxquelles vous êtes appelés à collaborer.
L’amour du Christ guérit les blessures, efface les préjugés, prépare les voies de l’unité.
Priez sans cesse afin que, grâce à son aide puissante, Dieu rende possible ce qui apparaît impossible à la logique humaine : réaliser le mandat de son Fils : « Que tous soient un » (Jean 17, 21)."
J’ai passé les 20 premières années de ma vie à vivre comme un païen bien que le Seigneur dès mon plus jeune âge ait bien voulu me combler de toutes les prévenances de son amour. Famille catholique pratiquante, du moins pratiquant la messe dominicale, où je reçois la plupart des principes d’une bonne éducation catholique. La foi viendra aussi par le biais de l’école. Tout au long de ma scolarité sous le patronage de ses saints, le Seigneur se rend présent et bien que discrètement il m’enseigne, le plus souvent à mon insu. Avec sainte Catherine de Sienne chez les sœurs Dominicaines du Saint Esprit, je bois le témoignage de vies consacrées à Dieu dont je revois encore bien des visages rayonnants, puis chez les frères du Prieuré Saint-Louis où je prends conscience du mystère de l’eucharistie et de l’importance de la prière qui devient désormais un choix personnel quotidien. Puis, en pension chez les frères de saint Gabriel à saint Laurent sur Sèvre sous le patronage de saint Louis-Marie Grignion de Montfort dont le Traité de la vraie dévotion à la Vierge Marie, ma première lecture spirituelle après ma conversion, aura un impact retentissant, allumant le désir d’une consécration totale et radicale à Jésus.
Sur le plan strictement naturel s’il en est un, le chemin est assez chaotique, l’adolescence n’a pas été un moment facile ; j’y entre plein d’insouciance et joyeusement, loin de me douter du long calvaire qui m’attend. Elle laisse une personnalité vidée qui ne parvient pas à trouver ses marques propres, à s’affirmer, sans moteur intérieur, sans passions, sans ambitions, sans désirs mais très sensible et très idéaliste, voire inadaptée. Pour donner le change, je m’attache tant bien que mal à jouer les rôles du fils, du frère, de l’ami, de l’étudiant que la vie me sert, mais la coquille reste vide de sens et de sentiments et les rôles sans consistance. Cinq années de descente. Le Seigneur et la prière ont disparu de ma vie consciente, je trompe l’ennui et le regard des autres, assez bien, par des conduites excessives, orgies plutôt que fêtes, alcool, pétards, casinos, prodigalité, liaisons amoureuses. Au plus profond, il y a une angoisse existentielle vive qui se cache par moments, puis revient, toujours plus violente et lancinante, le ciel est absolument noir d’autant que mon personnage rayonne de tous les biens apparents que le monde peut offrir. Alors qui pourrait bien me sauver et surtout de quoi ???
Il y a quand même quelques convulsions qui joueront leur rôle le moment venu, tout d’abord deux expériences amoureuses qui me feront toucher du doigt ce ciel qu’on s’invente en vain car on ne peut que l’espérer, puis le recevoir. Dans mon cas, c’est par un coup de foudre que je perçois, comme une révélation, l’existence d’une Autre réalité qui me dépasse complètement. Et puis une rencontre avec Dominique Lapierre, écrivain (La cité de la Joie) qui récolte des fonds pour des miséreux de Calcutta, je saute le pas et lui demande s’il n’a pas une place pour moi. Je suis prêt à quitter ma classe de terminale, je pars demain s’il le faut… Réponse négative, mais je prends conscience et expérimente quelque chose de cette liberté intérieure qui fait de nous des êtres spirituels et aussi que peut être un autre type de vie est possible… Et puis finalement, en deuxième année de droit sans conviction, je commence à travailler à ¾ temps dans le cabinet d’assurance paternel et réalise en quelque sorte le seul but jamais visé depuis mes 15 ans. Je commence à trouver une certaine stabilité intérieure, le goût de me lever le matin, le désir de me marier, bref l’avenir semble se dégager…
C’est là que le Seigneur décide de me rattraper. Il fait irruption entre le 27 décembre et le 3 janvier de l’année 1999-2000 alors que je participe, en solitaire, à un pèlerinage à Medjugorge où la Vierge m’a kidnappé en 5 minutes, l’air de rien, tout en douceur. J’ai pris le risque de dire oui, j’aurais dû me méfier !!! et avant même d’arriver sur place, j’éprouve une joie immense, j’avais oublié jusqu’à son existence. Il ne se passe rien de sensationnel mais je retrouve quelque chose de la prière de mon enfance et avec elle, la joie continue à sourdre. Et puis, à coté de la joie, une présence d’Amour se manifeste, violente et délicieuse comme le désir amoureux mais ce n’est pas un sentiment c’est une personne, une présence c’est sûr, palpable. Ma joie est presque insoutenable, on dirait une bouteille vide qui se remplit, je ne parviens plus à retenir un sourire hilare et béat sans autre raison que cette Présence : en fait je sors d’un long coma. Ce JE qui m’habite, pour la première fois, rencontre vraiment quelqu’un, c’est Dieu. Bien plus qu’une rencontre, c’est une infusion d’Amour, vivifiante, c’est un acte de naissance. Et instantanément JE se met à exister : je nais à 22 ans et aime vraiment pour la 1ère fois. Ma joie de me découvrir fils est énorme ; mon amour pour le Christ est irrésistible et j’y adhère de toute ma force. Presque en même temps je découvre la véritable nature de l’Eglise que je me mets à aimer ardemment sans comprendre pourquoi. Je sais immédiatement que je suis fais pour Dieu, mais ne comprends que dans les mois qui suivront que c’est un appel radical à le suivre que l’Amour vient de me lancer.
8 années plus tard, en dernière année, au séminaire de La Castille, quelques 6 mois avant l’ordination sacerdotale, ma joie n’a pas diminuée, ni mon désir, ni la passion, ni mes nouvelles ambitions. Non pas que je sois arrivé quelque part aujourd’hui mais à La Castille, je fais une expérience décisive, celle de la prière et de la conversion quotidiennes, au moins ai-je commencé cette œuvre, la plus grande qui soit donnée à l’homme de vivre ici bas : marcher d’un cœur libre, confiant et amoureux à la rencontre de son Dieu. Car nous sommes faits pour Dieu, Lui seul a les moyens de nous combler…
En me donnant à Lui je me reçois comme fils de Dieu, en marchant à sa suite je découvre la merveille que je suis, ma Dignité ; en le choisissant comme but ultime de mon existence, je deviens Libre, une liberté créatrice, une liberté de choix, toujours juvénile, agissante, enthousiaste, vertigineuse et révolutionnaire pour ces derniers temps. Ma vocation sacerdotale voudrait se situer exactement au cœur de cette révolution. Il s’agit d’annoncer l’Amour en personne, ce que je découvre avec la Fraternité Missionnaire par l’évangélisation directe, annoncer le Christ, Le vivre surtout et dénoncer la grande Imposture, son cinéma, ses pompes et ses publicités mensongères...
La conversion du cœur c’est un combat, c’est comme les douleurs d’un enfantement, c’est comme inspirer et expirer, c’est la joie au milieu de la souffrance, c’est dire oui à l’être humain qui sommeille en nous, avant qu’il ne soit trop tard. Il y a trop de morts dans cette génération, trop d’âmes souillées, trompées, désespérées, gaspillées, toute une jeunesse dépressive ou hyperactive en survie dans une société qui la dépersonnalise, la fonctionnarise, l’enclos dans un univers concentrationnaire.
Mon désir d’être prêtre au fond c’est celui là : j’aimerais conduire tout homme à la conversion du cœur et à la prière, secret de la grande Métamorphose, y conduire amoureusement le peuple que le Seigneur me donnera car le Christ a soif de voir s’épanouir pour notre génération les fruits de la Croix, soif de voir sur le visage de chacun de ses frères, l’humanité nouvelle qu’Il a inaugurée, cette beauté, cette bonté de Dieu son Père par Amour duquel il s’est offert pour nous sur la croix.