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« Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc (1, 37)

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DEUXIEME DIMANCHE DE L’AVENT

"... Les foules venaient vers Jean le Baptiste..."

  Publié le samedi 6 décembre 2014 , par Père Thierry Galant


Il y a quand même quelque chose d’admirable avec le phénomène Saint Jean Baptiste.

C’est que des foules faisaient plusieurs jours de marche pour rencontrer un pauvre, un terrible ascète, nourri de sauterelles et vêtu en peau de chameau.

C’est admirable, cette soif, contemporaine de Jésus, de venir dans un coin de désert, s’entendre dire « convertis-toi ».

Pas de miracles, pas de message fracassant ni sublime.

Et les gens accourent, fascinés par un individu digne des cavernes préhistoriques.

(Il faut dire que personne ne défendra Jean Baptiste quand il sera dans sa prison. Il n’y aura pas de manif pour la vie de Jean Baptiste)

on peut croire aussi qu’il devait quand même y avoir quelque chose qui dépassait Jean.

Et Jésus n’utilisera guère plus de moyens que Jean.

Jésus vient dans l’inconfort, dans la précarité, dans le déracinement

(il aurait pu choisir une autre condition... Comme Bouddha, né dans les palais des princes, ou Mahomet marié à une riche commerçante, ou Platon l’aristocrate...)

Et nous, nous recherchons notre bien-être et nous passons nos plus beaux efforts à accumuler du bien-être... Et ce bien-être continue de nous échapper.

et Jésus nous dit :

« vous cherchez mal, vous visez à côté. Et surtout vous n’y arriverez jamais..

Pourquoi ? Parce que vous avez déjà ce que vous cherchez. Ailleurs....

Comme le disait saint Augustin :

« au dehors c’est là que je te cherchais, et tu étais au-dedans.

Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ; »

Jésus insiste tellement : « je suis maintenant votre bonheur parmi vous. »

Alors avec ces textes du temps de l’Avent, on comprend mieux une chose.

Avec Pierre, Jean Baptiste entre autres, on comprend que quelque chose en nous postule pour une simplification.

Pas pour le plaisir de vivre plus ecolo ou de vivre ’bio’.

Mais parce que le cœur de l’homme ne se découvre que dans la simplicité.

Tant d’hommes de génie, chefs d’armées ou d’artistes, tendent à une ascèse, à une discipline rude de vie.

Parce qu’ils ont pressenti, humé.. la valeur de leur vie dans la rigueur.

Pas seulement la rigueur, parce que la rigueur seule conduit à la rigidité, mais à la rigueur pour dégager une attente vraie, intense et profonde.

Pour se disposer à une autre jouissance.

Certains peuvent se tromper, mais on ne peut qu’admirer l’effort dans le dénuement d’un Gandhi, d’un Giacometti, d’un Nicolas de Stael, d’un Dostoïevsky ou d’un Léon Bloy, de tant d’autres

Parce qu’ils savaient, tous ces hommes, que c’est en déblayant le terrain, pas qu’on trouve le bonheur, mais qu’on appelle le génie.

Et les meilleurs parmi eux, les saints, ont appelé la grâce gratuite de Dieu.

Pour les saints, génie et bonheur coïncident. C’est grand d’être un saint, pauvre de tout !

Qu’est-ce que ça veut dire : ’dénuement’ ?

Ça veut dire la même chose que désert ; Ça veut dire la même chose que ce sentier abrupt de montagne qui représente notre vie avec ses épreuves, ça veut dire : terres arides, cœur pauvre, esprit brisé par un échec.

C’est par là que Dieu passe, qu’Il se fait rencontrer et qu’Il donne sa paix.

Par là qu’il peut y avoir création et Esprit-Saint.

Il faut savoir marcher dans le désert, avoir soif, et ne pas paniquer.

Les personnes, c’est comme les sociétés :

Certaines se sentent vieilles, lasses, et renoncent à une attente. Elles se calent dans une immobilité qu’elles appellent ’sagesse’.

Ou encore, plus orgueilleuses, elles s’amusent à détruire ce qui existe…

Et puis, il y a celles qui chaque matin attendent du nouveau, trépident de nouvelles intuitions. Ce sont celles qui acceptent un certain dépouillement.

Un chrétien ne devrait pas faire moins. Se lever toujours avec du nouveau, de l’Esprit de Dieu qui l’habite ? S’il ne fait pas partie de cette dernière catégorie, il rejoint le monde et son esprit petit.

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Noël, c’est ce nouveau au milieu du désert de la vie.

C’est étonnant en fait comme le monde détourne les belles choses de leur beauté.

Noël, détourné vers cette frénésie de cadeaux et de dépenses.

Alors que Noël est la découverte d’une joie spirituelle qui naît d’une attente dépouillée.

Le monde qui n’a pas l’abondance de la joie intérieure lui substitue une abondance de richesses matérielles. Et il s’y croit... !

Ce n’est pas un bateau qui décharge ses soutes sur les docks, qui fait rêver et qui crée l’enthousiasme. Le navire qui va droit au milieu de l’océan vers un nouveau continent, c’est celui-là qui provoque le meilleur de l’homme.

Et ce navire, c’est l’homme qui attend du nouveau de la vie.

Un homme qui attend, c’est un homme qui fend les flots.

Qui accepte de renaître.

La richesse qui lui est promise, le nouveau continent, c’est la rencontre avec Jésus-Christ, la grâce de Dieu dans son cœur.

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En lisant saint Pierre, je pensais aux vers de Shakespeare qui reprend les mots de l’apôtre, dans sa pièce de théâtre : Antoine et Cléopâtre.

Shakespeare, ce maître de la créativité poétique, c’est normal qu’il se reconnaisse en Saint Pierre, inspiré de l’Esprit Saint. .

Cléopâtre, donc, demande à Antoine s’il l’aime vraiment d’amour, et jusqu’où s’étend son amour...

Antoine un peu vexé lui répond : « fi du piteux amour qui se laisserait mesurer !

Mais Cléopâtre insiste : « je veux chercher jusqu’où je pourrais être aimée.

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Alors Antoine sublime : « Tu trouveras alors sous des cieux neufs, une terre inconnue »

Ce qui est exactement la phrase de saint Pierre dans sa lettre.

De telles répliques ne surgissent que de cœurs affamés

que Dieu seul peut apaiser.

J’aurais bien vu Jean Baptiste crier dans le désert vers Jéricho :

« Acceptez la pauvreté, et vous trouverez sous des cieux neufs, une terre nouvelle »










 

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