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"Que Dieu lui-même achève en vous
ce qu’il a commencé"

(Rituel de l’ordination)

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16° DIMANCHE ORDINAIRE

"... Le champ, c’est le monde...."

  Publié le dimanche 20 juillet 2014 , par Père Thierry Galant


Voici, frères et sœurs, la parabole de Jésus la plus fondamentale de notre histoire du monde. Je veux dire celle qui donne un sens à notre Histoire du monde.

La parabole qui nous fait trembler. Une parabole de plomb.

Le blé et l’ivraie dans le champ. Et toutes ses questions qui nous montent à la tête :

Dieu ne pouvait-il pas nous dispenser des mauvaises graines ?

Dieu est-il si faible qu’Il n’ait pas pu éviter le mal dans le monde ?

Dieu n’aurait-il pas pu faire un monde meilleur ?

Pourquoi ? … Pourquoi Dieu a-t-il permis l’ivraie dans le champ de blé ?

(Vous savez que l’ivraie est cette herbe qui ressemble tellement au blé qu’on ne la distingue que lorsque le champ devient blond sous le soleil.)

Pourquoi surtout, Dieu conseille-t-il de laisser pousser l’ivraie au lieu de la désherber radicalement ?

On dirait presque que Dieu n’a pas peur de l’imperfection, Lui....

Et qu’Il aurait autre chose à nous proposer, de meilleur, que le désherbage ?

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La solution de l’homme devant le mystère du mal est toujours radicale, simpliste.

On la trouve dans une pièce de Jean Giraudoux : ’La guerre de Troie n’aura pas lieu’.

Parîs, un troyen, a enlevé Hélène, une grecque, et l’a ramenée en sa ville. La guerre menace entre les deux peuples.

Hector, le frère de Parîs, et sa femme Andromaque parlent de l’avenir qui paraît sombre, de leur fils qui va naître, et de cette guerre sur le point d’éclater...

Hector veut la paix et sa solution il l’annonce à sa femme :

« calme toi Andromaque, tout à l’heure, en te quittant, je vais solennellement, sur la place, fermer les portes de la guerre. Elles ne s’ouvriront plus.

Sa femme lui répond, plus réaliste : « Ferme-les. Mais elles se rouvriront.

La guerre reviendra (…) le jour où les blés seront dorés et pesants, la vigne surchargée, les demeures pleines de couples.(...) Et mon fils, robuste et éclatant. »

Pour qu’il ne fasse pas la guerre, elle se promet de lui couper l’index de la main droite pour qu’il soit exempté.

Hector n’est pas convaincu : « si toutes les mères coupent l’index droit de leur fils, dit-il, les armées de l’univers se feront la guerre sans index... Et si elles leur coupent la jambe droite, les armées seront unijambistes... et si elles leur crèvent les yeux, les armées seront aveugles, mais il y aura des armées, et dans la mêlée elles tâtonneront pour se trancher la gorge....

Andromaque ne peut pas supporter cela, cette hypothèse de son fils soldat. Et elle réagit :

« Alors je le tuerai plutôt »

Voilà la solution maternelle des guerres..... solution humaine encore. Si humaine ….

Hector est surpris et Andromaque va plus loin encore :

« Ne ris pas. Je peux le tuer avant sa naissance. »

Hector, ce guerrier dans l’âme, n’en peut plus de la guerre. Il n’en veut plus.

En fin de compte, il mourra peu après.... avant de voir son fils.

L’ivraie, la mauvaise herbe, le mal de partout dans le monde, qui endommage le champ de blé qui pourrait être si magnifique. Jésus disait : « les pauvres vous les aurez toujours », et là, aujourd’hui, il dit : « les guerres, vous les aurez toujours ».

Chers frères et sœurs, la guerre elle est déjà semée dans notre cœur. Regardons dans notre vie, la mauvaise graine. Si nous ne la voyons pas c’est que nous sommes aveugles,

soit comme Hector qui se fait des illusions et rêve d’une paix imposée ou d’une solution par le dialogue...

Soit comme Andromaque qui préfère une vie sans vie, plutôt que d’affronter le combat de la vie.

Mais alors pourquoi ? Pourquoi ne trouvons nous pas de solution ?

Pourquoi, notre Dieu créateur, infiniment bon, a-t-il eu le mauvais goût de laisser le Bien à la merci du chien-dent. Sa belle œuvre, mordue par le mauvais ?

Nous ne sommes pas Dieu.... Voilà la réponse au mal.

Nous avons peur du mal, et mine de rien, nous nous débattons tous contre ce mal de plomb.

Les uns par lâcheté en fuyant ou en se voilant la face. d’autres, par l’attaque, en produisant davantage de mal.

Que nous soyons désespérés ou révoltés, nous sommes tous des faibles....

Et nous voudrions supplier Dieu de nous délivrer du mal.

Nous le faisons d’ailleurs chaque jour : ’ne nous soumet pas à la tentation, mais délivre-nous du mal’, dit-on.

Or, sur terre, cette délivrance ne sera jamais un paradis sans nuages.

Un confort sans limite, c’est le pire malheur qui puisse nous arriver Même au Ciel, la lumière du paradis éclairera au loin l’ombre fumante de l’enfer. Jésus est clair, le foin sec alimentera les feux de l’enfer.

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Nous réfléchissons en homme. Nous ne sommes pas Dieu.

Et Jésus, qui est Dieu, regarde paisiblement le champ se couvrir d’herbes mauvaises.

De ces milliards d’actes mauvais, visibles ou pas, qui couvrent notre Histoire, et qui fabriquent du foin. Le mal des guerres, mais celui, venimeux, de l’insinuation, des non-dits, des murmures cachés derrière les volets clos, le mal hypocrite et silencieux qui distille son poison.

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Dieu aurait pu faire un monde meilleur, mais il a fait celui-là.

Par contre, Il nous a donné les réponses les meilleures.

De tout temps, certains ont voulu créer un monde calibré, selon leur projet.

Et à chaque fois que l’homme a voulu se créer son paradis terrestre, il a glissé dans l’horreur. Il n’y a quoi voir, dans ces deux derniers siècles, tous ces exemples d’idéologies qui se sont terminées dans le sang !

L’œuvre parfaite, la création parfaite, elle est pure illusion.

Même pour Dieu, c’est impossible.

Car l’œuvre parfaite, c’est Dieu Lui-même. Qui n’est pas une œuvre.

Rien ne peut être créé en infinie perfection.

Alors, chers frères et sœurs, on ne sait plus où on en est.

On est perdu dans ce champ de combats, de bien et de mal, de vérités et de faussetés. De séparations douloureuses.

Et pourtant, Jésus, Sagesse du Père, nous ouvre à la belle espérance, si du moins, nous avons l’humilité d’accepter la réalité telle qu’elle nous est donnée.

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Un jour, je voyais une jeune femme qui avait perdu sa sœur encore plus jeune qu’elle, brutalement, absurdement.

Elle me disait : « son décès m’a tournée vers Dieu. J’aurais pu me révolter et passer ma vie à combattre le destin. Mais ce mal a donné un sens à ma vie, m’a propulsée dans une lumière que je n’aurais jamais perçue dans ma vie tranquille. C’était trop, il me fallait Dieu. ».

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Hé bien oui, avec Dieu, le mal n’a jamais le dernier mot.

Avec Dieu uniquement.

Et la sortie, l’issue de secours du mal, c’est la rencontre personnelle avec Jésus Christ.

L’homme centré sur lui même, centré sur l’homme, se donne des solutions d’homme et ne s’en sort pas. Il coule.

L’homme qui prie traverse par la lumière de la grâce, le mal, et il tombe sur le cœur amoureux de Dieu.

Si Dieu a tant de force et de patience, c’est parce qu’Il sait qu’il est vainqueur du mal de toute façon et qu’Il peut toujours faire surabonder le Bien.

« Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.... » [Rom 5, 20]

Mais ce qu’on n’arrive pas à comprendre, c’est que le Bien est plus puissant quand il est dans la fragilité de son silence.

Dès maintenant, si nous demeurons en Dieu par le désir de tout nous-même, le mal n’a plus de prise sur nous. Au contraire, il nous aide à nous tourner vers Dieu, notre ultime amour.. !

Le mal continue à faire du bruit, mais nous sommes dans la dynamique du Royaume des Cieux.

« Les grandes eaux de la mort se retirent devant l’océan de paix de Dieu présent en nous. »

Le mal alors, même acharné, montre son vrai visage ; L’inconsistance.

L’inconsistance du démon.

Notre regard de foi, illuminé par la grâce de l’Esprit Saint, est la seule lumière qui nous permette de descendre dans les profondeurs du mal, sans chavirer...

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Ce fut le secret de la Vierge Marie à travers tous les déchirements de sa vie.

Unie à son Dieu par la contemplation . A chaque instant....

C’est ainsi qu’elle fut un champ de toute beauté au milieu des guerres qui l’environnaient.










 

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