Eglise Catholique du Var - diocese-frejus-toulon.com

"Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire".

Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

FR | EN | PT |
Newsletter de l'église du var



6° DIMANCHE DE PAQUES

"la cité sainte resplendissait de la gloire de Dieu..."

  Publié le dimanche 5 mai 2013 , par Père Thierry Galant


Il y a un mot de Jésus qui a dû faire dresser l’oreille de certains d’entre nous, dans cet évangile. Un mot qui n’est pas dans le vent.

Un mot qui pour notre société est complètement as-been.

De toute façon, l’Évangile considéré à la mode de chez nous, est toujours as-been, et le sera jusqu’à la fin des temps.

Ce mot, c’est : « il restera fidèle. » « Fidèle »

« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole »

Est-ce que l’Académie Française l’admet toujours dans le dictionnaire ?

C’est vrai que ça ne fait pas jeune.... il est bizarre comme on associe la jeunesse aux mémoires de Casanova. Casanova : 1750.. mais il est vieux comme le monde, le pauvre

D’une certaine façon, je comprends la difficulté d’admettre le mot fidélité.

Parce qu’il réclame de l’héroïsme.

C’est un mot que n’aime pas la matière en perpétuel recherche d’excitations.

Si je parle de fidélité aux jeunes mariés, je vois bien qu’il y a la plupart du temps, un mur antison entre mes propos et leurs oreilles. Ils ne sont pas contre, bien sûr, mais ils pensent que c’est acquis.

J’aimerais plutôt citer Rouault : Comme la plupart des grands artistes, Rouault a triomphé du destin par sa liberté obstinée. Critiqué de toutes parts, abandonné, Rouault a fait émerger son art et sa sève du milieu des contradictions.

Mais voilà ce qu’il dit.... plus tard :

« j’ai pu être ’bagnard’ une partie de ma vie et pris aux rets de la nécessité sans dévier d’une certaine ligne intérieure ni vendre ma liberté spirituelle, inaliénable, seul bien auquel je crois »

C’est pas mal pour illustrer la fidélité....

« sans dévier d’une certaine ligne intérieure, ni vendre ma liberté »

La fidélité émerge du passage de la difficulté dans une vie.

Peut-on se dire ’fidèle’ tant qu’une épreuve n’a pas ébranlé la maison ?

Sans que la fidélité n’a pas été mise en péril et parfois, jusqu’à l’infidélité consommée, puis.... remise en route.

Qui n’a pas goûté à la fadeur du quotidien, à la lassitude, à la créativité qui s’essouffle et à ces moments sans sel et épuisants.

Artiste sans inspiration, mère au foyer avec 5 enfants, ou quand vous retrouvez après un journée pénible celui ou celle que vous avez aimé, pour bénéficier d’un silence des lèvres et du cœur. ’il ne nous dit plus rien’.... c’est le cas de le dire.

Mais ça peut être la Parole du Christ qui ne nous dit plus rien.... quand la prière a pour principal effet de faire mal aux genoux.

Nos journées deviennent un lit de rivière à sec que l’on suit, assoiffé.

Alors qu’un élevage de truites est à portée de main, je dois suivre ce ruisseau parce qu’un jour, quand il semblait un fleuve, j’ai dit que je ne le quitterai jamais.

Si l’on savait qu’en réalité, c’est là que se dessinent d’autres possibilités de mélodies, mais on ne les entend pas encore, ces variantes de l’amour.

Il faut avoir fait cette expérience : Quand on ne sait plus ce qu’on attend, c’est là que monte un renouveau des profondeurs - de la nature - de notre cœur.

Attention, pas en se résignant, mais en implosant d’espérance.

Là est la difficulté : Combien de couples de nos grands parents, ont été des contre-témoignages en tirant leur chemin loin, certes, mais sans espérance. Résignés.

La fidélité, c’est la marche lassée dont l’espérance fait faire un pas de plus.

Un pas puis un pas, puis un pas....

L’espérance qui ne se relâche pas dans l’attente sans saveur.

La fortune des grands artistes et des saints tient à la profondeur où leur œuvre et leur vie ont puisé leur âme. Et si le Christ nous appelle à la fidélité c’est parce qu’il nous invite à la création.

Ce n’est pas la fidélité qui nous fait rater des expériences, c’est l’infidélité qui nous projette en arrière, à des expériences déjà goûtées et qu’on garde en nostalgie.

La case départ qu’on a aimée et à laquelle on revient. L’infidélité est immature.

Elle n’apporte que le plaisir d’un moment déjà connu et une blessure.

Nos expériences les plus banales foisonnent de sens et la possibilité d’évolution se trouve dans l’étincelle qui nous révèle une signification nouvelle.

Et plus la source à laquelle nous buvons est pure, spirituelle, en altitude, plus la fidélité a des chances de ne pas décrocher.

La plus pure la plus élevée, où se trouve-t-elle sinon dans la musique du Saint-Esprit ?

Et c’est pourquoi, la fidélité peut être comprise au-delà de la chute.

Parce qu’elle est toute proche du pardon. Le pardon tient la main à la fidélité.

Il y a des tas de mouvements dans les évangiles où Jésus suit un chemin et d’un coup renouvelle tout dans un autre direction :

Il arrive fatigué par le chemin vers la samaritaine et on découvre que le chemin n’est plus intéressant, la vie se trouve au fond du puits.

Et puis non, il va découvrir une autre dimension soudaine. Celle de la grâce qui est au fond du cœur de la femme.

Et dans l’évangile d’aujourd’hui. Il dit : « soyez fidèles, je m’en vais.

Mais vous allez être traversés par un nouveau souffle d’amour et une nouvelle présence.

Jésus va, vient, part, et le Père vient demeurer avec lui.

Et du coup le Saint Esprit va soutenir la construction.

.

Je pourrais m’aventurer dans une nouvelle définition de la fidélité :

La fidélité, c’est la pauvreté acceptée, et même recherchée, d’où jaillit de nouvelles perles qu’on aurait jamais soupçonnées sans cela.

Évidemment ce n’est pas du style de Casanova... !

.

Continuer de marcher dans le ruisseau sans eau, prendre le risque de tomber et de trouver, à ce moment là, mais pas avant, l’endroit où il faut creuser le puits.

Et découvrir l’eau vive.










 

Conception et développement : bonnenouvelle.fr