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"Que Dieu lui-même achève en vous
ce qu’il a commencé"

(Rituel de l’ordination)

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12° DIMANCHE ORDINAIRE

""Silence, tais-toi.."

  Publié le dimanche 21 juin 2015 , par Père Thierry Galant


C’est une scène qui m’a impressionnée quand j’étais enfant.

Jésus debout, les bras levés, dans la barque secouée.

Et puis, le grand calme.

Jésus, plus grand que la panique des apôtres .

J’avais - et j’ai encore - ce sentiment de grand et de frayeur, d’admiration aussi devant cet homme qui dompte la nature déchaînée, qui apaise une tempête qui peut être intérieure, tempête de notre cœur, de notre esprit.

Nous pouvons être dans la barque, nous pouvons être la barque elle-même.

Et enfant, adolescent, je me suis mis à genoux devant ce Jésus plus grand que le Ciel en furie, plus grand que le désordre absurde de mon cœur qui ne savait plus où il en était.

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Il y a quelques années, en lisant l’histoire de la Révolution soviétique par Soljénitsyne, j’ai retrouvé une scène qui montrait la puissance d’un homme seul devant le chaos, cette fois-ci un chaos provoqué par des agitateurs dans une faculté.

Scène qui n’a pas la puissance divine de Jésus, mais qui est belle cependant....

En novembre 1916, des excités se précipitaient dans les amphithéâtres appelant les étudiants à quitter les cours.

Et ça marchait, jusqu’au moment où à la faculté d’histoire, le professeur Speranski refusa d’interrompre son cours et chassa purement et simplement la foule des étudiants qui y avait fait irruption !

On se représente, écrit Soljenitsyne, ce professeur en colère faisant un pas hors de sa chaire, vers le groupe, levant sa main droite – et les émeutiers subjugués par sa force spirituelle, reculant, reculant, s’écrasant mutuellement les pieds, et refermant la porte.

Soljenitsyne commente :

Il n’est pas au monde de force plus grande que la force spirituelle d’un homme seul, car vouée une fois pour toute au sacrifice, elle peut tenir sans faille.

Et il ajoute :

Devant les braillards de l’anarchie, les gens cultivés tremblent plus fort que devant des mitrailleuses. » (la Roue Rouge de Soljénitsyne)

C’était beau, mais d’une autre grandeur que l’Évangile :

Ce n’est que des années plus tard que j’ai découvert que Jésus attendait plus de moi.

Par ce petit reproche qu’il fait à ses apôtres : « vous n’avez pas la foi »

Jésus leur dit : « j’ai fait un miracle que vous m’avez presque supplié de faire. Vous comptiez sur moi comme un dernier recours de survie.

Je l’ai fait, mais vous n’avez pas compris ce que c’est que la foi. Et encore, vous me décevez ! »

Je veux en vous une foi vive et profonde qui vous garantisse la paix en votre cœur alors même que le monde s’écroulerait.

C’est une affaire d’affection de l’âme, la foi...

Je ne dis pas d’affection sentimentale, mais d’adhésion profonde de notre âme à ce Dieu si proche et si grand.

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C’est ainsi que la foi, notre foi, pas celle qui cherche sans fin des signes et des raisons pour se tranquilliser, ni celle qui récite le credo mollement en pensant au dernier modèle de téléphone portable vu à la télé.

Mais la foi qui engage sa vie sur une barque de bonheur profond.

Hé bien cette foi elle réclame un mouvement d’adhésion intérieur franc, net, comme il en est de l’amour fort.

Certains ont la foi comme ils glisseraient le long d’une falaise et ils s’accrochent à un bout d’arbre mort. ils s’y cramponnent. Ils savent que sans cet amarrage de fortune ce serait le gouffre du non-sens.

Mais c’est la foi belle et forte qui m’intéresse. La véritable. Pas la foi de confort. C’est celle de l’enfant, debout sur la table, qui se lance dans les bras de son père, ne doutant pas un instant qu’il ne risque rien.

Oui mon Dieu, en fait, je crois ! Je me lance vers Toi.

Je prends le risque qui me remplit de bonheur que tu peux tout pour moi, à travers même les tempêtes les plus déroutantes.

Mais que se passe-t-il, alors... ? Hé bien, mon cœur trouve soudainement la paix.

Parce qu’il trouve ce qu’il cherchait, en fait. Et que je ne voulais pas m’avouer.

Pas une branche de dernier recours, mais un père aimant qui m’attend.

La foi n’est pas une sorte de ’lâcher prise’ (!) ou de ’détachement’ fictif et calculé.

Elle est une découverte de la réalité de ce qui nous dépasse, en nous, dans nos frères, dans notre conjoint aussi par exemple, dans nos enfants et en Dieu, en sa Providence...

Découverte par un attachement, à une amitié, attirante.

Que voulez vous, dans la vie on peut passer son temps à écoper l’eau et les problèmes qui risquent de nous faire couler et désespérer.

Il faut pourtant écoper. Mais pas dominé par le stress ou l’obsession, tremblant à la perspective d’un naufrage.

Même dans les familles chrétiennes n’échappent pas à ce stress vicieux.

Passer son temps à s’épuiser pour atteindre quelle victoire en fin de compte ? Celle de passer à côté de l’essentiel de notre vie, la paix de notre âme.

Il y a aussi la façon d’aborder les problèmes en silence intérieur de foi.

Parce qu’on sait que chaque problème et chaque absurdité de ce monde ne nous sépare pas de l’amour du Christ qui, seul, nous intéresse et sa paix.

La foi n’est jamais molle. Elle provient d’un acte fort d’adhésion à quelqu’un, qui va dépasser les complications de notre intelligence et nous simplifier.

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« Oui, je crois ! Je te crois Seigneur Jésus. Je crois que tu es là et que tu m’aimes, pas de loin, mais que tu portes invisiblement ce qui m’est le plus cher, même si c’est dans la tempête.

Et que peut donc me faire la tempête, puisque tu es là...

Tu dors peut-être, en tout cas je peux en avoir l’impression, mais tu es là.

Et de toute façon, tempête ou pas tempête, sans toi, je ressentirais cruellement un grand vide.

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Mais la foi, Seigneur, c’est Toi seul qui la fait jaillir en mon cœur.

Car tout ça me dépasse..

Si mon cœur ancien, ma façon de voir habituelle, doit s’en aller pour m’ouvrir à un cœur nouveau, ce n’est que Toi Seigneur Jésus qui peut le faire.

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Dis à mon cœur ancien, comme tu le veux, quand tu le voudras : « silence tais-toi »










 

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