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"Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement
des paroles qui lui furent dites
de la part du Seigneur"

Saint Luc (chapitre 1, verset 45)

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19° DIMANCHE ORDINAIRE

"... Viens !...."

  Publié le dimanche 10 août 2014 , par Père Thierry Galant


Frères et sœurs,

.

nous sommes tous dans une barque...

Quelquefois mal embarqués, parfois bien embarqués...

Cette barque, ça peut être notre communauté, notre famille, un projet de vie, notre héritage culturel...

Enfin... quelque chose qui délimite notre vie.

Et cela est bon, la plupart du temps.

Dans cet environnement, nous trouvons nos repères, nos habitudes d’agir, de penser, nos batailles aussi.

. Et puis un jour, c’est inévitable, un événement fait une brèche dans notre système.

Un événement qui ouvre une perspective inédite, qui ne rentre pas dans notre modèle de vie.

Notre chemin, nous avions l’impression de le prévoir jusqu’à très loin, dans les grandes lignes tout du moins.

Et voilà que notre porte s’ouvre sur une autre façon de voir dont personne ne nous avait averti.

« Ça existe, ça ?!... »

. Jésus part prier seul.

Les foules l’ont poursuivi et rejoint, accaparé. Mais enfin, il réussit à passer la nuit en prière.

Ce devait être fabuleux, ces moments de prière du Sauveur du monde, qui déversait sur le monde, sur les hommes, sur ses apôtres, des flots de grâces, de lumière divine .

Dieu en tant qu’homme, seul. Jésus, transfiguré, Fils Bien Aimé, portant le monde par sa prière...

Un peu plus loin, les apôtres, dans leur barque qu’ils connaissent bien, par gros temps.

Et la brèche...

Jésus rejoint son petit groupe de disciples. Par le chemin le plus court : en marchant sur les eaux !

L’un de ces miracles qui défient les lois naturelles.

Saint Augustin disait qu’il y avait les miracles qui nous bouleversent par leur étrangeté et puis les miracles qui nous sont habituels.

La conception et la naissance d’un enfant, n’est-ce pas miracle ?

Bien sûr, normalement c’est un événement qui suit les lois de la nature, mais quel barbare ne comprend pas que la nature même est le miracle en ce cas là, si on la respecte ?

Les couleurs des fleurs ou le mouvement des astres ne sont-ils pas miracles. Inventées par quel magicien ?

Que vous compreniez quelques-unes de mes paroles en ce moment, n’est-ce pas miracle ?.. !

La nature est miracle, tout autant que la surnature, la vie de l’esprit ou la vie divine.

Jésus marche sur la mer..

Je préfère le miracle de la pureté de la Vierge Marie ou celui de la Résurrection, bien sûr...

Ceux-là sont des miracles nobles...

Les apôtres sont effrayés par un miracle de basse zone. Un état de lévitation.

Mais qu’importe !

Pierre bondit, comme d’habitude.

Réaction de basse zone aussi : « Si c’est toi, je veux faire pareil ! »

C’est pas très puissant, mais bon, c’est une réaction naturelle...

« moi aussi, je veux le faire ! » ...marcher sur les eaux, comme Toi !

Le Royaume appartient aux enfants....

Et c’est cette réaction qui est intéressante.

. Nous sommes dans notre barque.

Frères et sœurs bien aimés, la brèche qui déstabilise notre barque et nous ouvre une autre galaxie, elle est inévitable quand nous acceptons une dimension de foi dans notre vie.

Je ne dis pas qu’elle s’accompagne à tout coup de vision et de miracles surréalistes, mais la foi dépasse toujours nos repères habituels.

Et notre réponse... ?

Réponse de Pierre : l’audace.

’si c’est toi, je veux expérimenter par moi-même que ça existe. ’

C’est à dire qu’il y a quelque chose qui ne dépend pas de moi, et qui va transformer ma vie si je l’accepte tel quel, aussi surprenant que ça me déroute.

Ça n’aurait jamais été mon plan...

Frères et sœurs, de deux choses l’une : - ou nous admettons dans notre vie que la vie dépasse notre barque, nous acceptons l’étonnement, et nous nous rendons compte que nous sommes capables d’une autre compréhension des choses, disons, au moins, qu’il peut exister une autre compréhension des choses, même si nous pédalons à leur trouver une définition. A ce moment là nous savons que nous sommes aveugles, pauvres aveugles.

Conséquence : nous acceptons de recevoir des lumières. Nous tendons les mains vers les autres en espoir de recevoir, de nous ouvrir à cette soif d’infini.

- Ou bien nous nous cachons au fond de notre barque et nous refusons d’évoluer.

Nous choisissons une sorte d’asphyxie qui peut aller jusqu’à un suicide intérieur, une castration, comme vous préférez.

Si nous n’acceptons pas de phénomène qui nous dépassent, si nous voulons tout régler, nous nous heurtons à notre enfermement.

Nous allons fortifier et blinder notre barque, et comme de toute façon nous serons ballottés par des bourrasques, notre vie nous deviendra insupportable, en tout cas sans réponses, bloquée.

. Alors, je veux regarder Saint Pierre, même maladroit. Qui n’a pas peur de ses maladresses.

« Je crois ! »

Je veux croire, Seigneur, que c’est Toi.

Je veux croire que tu peux tout . Apaiser mes tempêtes. Et même si ça secoue de tous les bords, que tu peux m’aider à marcher sur les eaux.

Voilà saint Pierre !

Déjà la vie prend une autre couleur, même si c’est en pleine nuit !

.

« Viens » ! Comme ce mot est puissant..

Comme ce mot nous propulse dans l’espérance !

Quand on entend ce mot, un jour : « viens ! »

« sors de ta barque, mon frère » c’est déjà du soleil.

Ce « viens ! », c’est Jésus qui le dit.

Et Pierre met sa vie en péril pour y répondre....

Non pas après un calcul prudent de quelques jours... Mais dans un élan spontané d’amour, d’attachement à un être qui le fascine qu’aucune barque au monde ne peut contenir.

… Une seule, peut être, que Pierre va incarner justement : L’Église, et encore !...

Et je veux me mettre sur les pas de Pierre ! Façon de dire !

Puisque ses pas sont sur la mer, dans son mouvement de foi. Il s’élève au-delà de sa nature.

.

Mais Pierre est Pierre, il n’est pas la sainte Vierge.

Il revient très vite à sa mesure du monde. Il fait du vent, il sent ses pieds qui mouillent et il se retourne sur lui-même, donc il coule.

Il coule parce que l’effet de fascination de la grâce en lui, se brise .

Bien sûr, frères et sœurs, c’est le risque et c’est le risque inévitable dont nous devons faire l’expérience. Celle de notre faiblesse, de notre égoïsme qui revient au galop derrière nos plus belles intentions. Pour aller plus loin, nous devons ne pas nous étonner de nos peurs, et de nos chutes mêmes.

Celui qui n’admet pas la possibilité de couler, de déraper, de faire l’expérience de l’échec, et du cri de détresse qui jaillit de cela, restera au fond de sa barque, paralysé et ne fera pas l’expérience de la foi vive et surnaturelle, du don du Saint Esprit, mystique.

C’est peut-être cruel de la part de notre Dieu. Mais c’est ainsi.

Nous accédons, nous, maintenant, à notre libération qu’après le cri de détresse.

Je sais bien qu’en disant cela je ne vais pas décoincer les plis de vos cœurs, par ces quelques mots.

Mais déjà, que nous reconnaissions que nous sommes coincés, c’est beaucoup.

Certains, comme saint Pierre, se jettent plus facilement à l’eau, question de tempérament..

Au moins, c’est plus radical.

D’autres seront rejoints providentiellement par l’expérience forcée de leur faiblesse.

Mais nous ne ressortons libres, qu’après avoir passé la porte étroite de notre incapacité. Ressortir neuf dans un libre pays. Quelle grâce !

Je ne résiste pas à la tentation de citer une page de Evguenia Guinsbourg, dans son livre : ’le ciel de la Kolyma’

Elle parle de l’une de ses collègues, professeur de philosophie avant son arrestation.

L’inquisition communiste en Russie marchait à plein à cette époque.

Enfermées depuis huit ans, ces deux femmes se retrouvent dans un camps de travail forcé.

« j’admirai Ioulia. Je ne pouvais m’empêcher de comparer à part moi son animation, son activité bouillonnante, son tonus élevé avec l’air languissant qu’elle traînait à l’université l’année d’avant son arrestation. Cette femme audacieuse, ironique, dont les discours pétillent aujourd’hui d’expressions malicieuses, elle faisait sécher d’ennui les malheureux étudiants auxquels elle mâchait sa doctrine marxiste. Elle avait peur de chaque mot qui sortait de sa bouche et elle jetait autour d’elle des coups d’œil affolés, car de tous côtés elle craignait l’œil de l’idéalisme communiste, son matérialisme vulgaire et les serpents de l’empirisme. »

Frères et sœurs,

Nos tempêtes intérieures, elles ne s’apaisent qu’après avoir accueilli Jésus et qu’après avoir cédé à sa fascination, dans la nuit, fatigué par le tangage.

Il n’y a rien de plus contraire à la foi que de prendre une attitude de protection.

Et rien de plus douloureux pour un chrétien que de voir son frère se cacher au fond de sa barque pour ne pas se faire voir.

On ne découvre le miracle que quand nous osons.

Et alors comme par miracle, nous découvrons que le miracle il est au fond de nous, nos sommes enfants de miracle, nous sommes miracle. Et nous rendons grâce à Dieu.... nous rions ! pour le restant de notre vie.










 

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