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Homélie JGA pour le 16ème dimanche du temps ordinaire 2017

  Publié le dimanche 23 juillet 2017 , par Philippe Roy

Ecclesia permixta, L’Eglise mélangée.

Plus que jamais, l’Église doit être humble devant ses limites et ses failles. Plus que jamais elle doit en même temps proposer à tous le trésor de l’Évangile en le laissant rayonner à travers elle.

Celui qui voudrait une Église de purs n’a sans doute pas fait le travail sur lui-même qui lui permettrait de se voir tel qu’il est, sans complaisance, avec réalisme et humilité : mélangé.


Jésus nous offre la parabole du bon grain et de l’ivraie (Mt 13), pour expliquer la présence simultanée du bien et du mal dans l’histoire, qui n’échappe pas pour autant à la Providence divine.

Quelle situation précise vise cette image du mélange entre le blé et les mauvaises herbes ?
Quand Saint Mathieu écrit, vers 70-90 environ, les premières communautés chrétiennes sont déjà implantées en milieu juif, à partir du réseau des synagogues : Antioche, Alexandrie, Rome... Le succès croissant de la prédication des apôtres suscite bien des jalousies et des hostilités.
Les autorités juives veulent réprimer et même éliminer ce courant considéré comme hérétique (cf. Saul se vantant d’avoir été un persécuteur zélé contre « les disciples de la voie »).
Le pouvoir romain voit avec inquiétude grossir les rangs de ces païens de chrétiens qui refusent d’adorer César et proclament que seul Jésus est Seigneur. Les persécutions éclatent. Et comme toujours, certains membres de la communauté chrétienne sont prêts à retourner leur veste s’ils y trouvent un intérêt personnel, promotion romaine, considération juive, ou s’ils ont peur pour leur métier, leur famille.
Tant et si bien que parmi les membres des communautés locales, certains ont préféré jouer le rôle d’informateur auprès des autorités pour sauver leur peau ou obtenir des avantages. De plus, le pouvoir essayait d’infiltrer ces groupes de chrétiens, en y introduisant des espions pour mieux les surveiller, les déstabiliser en faisant courir de fausses rumeurs, les emprisonner plus facilement.
Le problème a pris un tour aigu lorsque certains de ces chrétiens convaincus de connivence avec l’ennemi juif ou romain ont voulu ensuite se repentir et revenir vers l’Église. On les appelle les lapsi, lapsus = celui qui a chuté. Que faut-il faire de ces repentis ? Les exclure à jamais de l’Église pour garder le champ de blé pur de toute compromission ? Ou accepter de les réintégrer moyennant pénitence ?

Le débat a fait rage longtemps, avec des positions extrêmes très dures et très intransigeantes. Heureusement, c’est la position de la miséricorde qui a été retenue : l’Église ne sera jamais une secte de purs (cathares = purs).
En nous rappelant la parabole de Jésus du champ de blé mélangé à l’ivraie, Saint Mathieu avertit les communautés auxquelles il écrit : acceptez que le bien et le mal soient mélangés en vous comme dans vos assemblées. Dieu seul est saint. Nous ne sommes que des vases d’argile, imparfaits et fragiles, qui portons un trésor. Celui qui voudrait une Église de purs deviendrait aussi dur et inhumain que l’ennemi qui a semé l’ivraie.

Saint Augustin, confronté lui aussi à cette question des lapsi, avait trouvé cette formule géniale, directement tirée de cette parabole : Ecclesia permixta.
Mot à mot : l’Église est une mixture, un mélange inextricable d’humain et de divin, de grandeur et de trahison, capable du meilleur et du pire. Acceptez que l’Église soit mélangée (permixta). Acceptez au passage que vous aussi soyez mélangés. Car les intransigeants ne font jamais que punir les autres de ce qu’ils ne se pardonnent pas à eux-mêmes.
Ceux qui ne s’acceptent pas mélangés, avec réalisme et humilité, voire humour, le font payer aux autres en étant très durs.
Or le mal cohabite avec le bien dans notre cœur, jusqu’à la fin, et c’est dans ce sens que le Catéchisme cite ce passage : «  Tandis que le Christ saint, innocent, sans tache, venu uniquement pour expier les péchés du peuple, n’a pas connu le péché, l’Église, elle, qui renferme des pécheurs dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement (LG 8). Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1, 8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30). L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification. »

Notre histoire personnelle est faite de ce mélange inextricable où le blé et l’ivraie croissent ensemble.
Saint Jean-Paul II approfondissait sa réflexion sur l’histoire humaine en y introduisant la Rédemption : le Maître de la moisson ne se borne pas à contempler la croissance simultanée de l’ivraie et du bon grain, Il se fait lui-même grain de blé pour tomber en terre et mourir (cf. Jn 12,24). C’est un des aspects de la divine Miséricorde : «  comme si le Christ avait voulu révéler que la limite imposée au mal, dont l’homme est l’auteur et la victime, est en définitive la Divine Miséricorde.  »

Interrogée par un journaliste sur ce qui n’allait pas dans l’Église, et par où commencer les réformes, Mère Teresa répondit : « mais par vous et moi, cher ami ! ». L’homme a besoin de la miséricorde de Dieu : non pas pour se complaire dans son péché et sa faiblesse, mais pour devenir meilleur. Le Seigneur sait que nous sommes faibles et prend patience mais, nous, que faisons-nous pour faire honneur à cet amour et pour arracher l’ivraie plantée dans notre cœur ?
La miséricorde appelle la conversion et non la résignation.
Le Christ insistera sur la distinction entre le méchant et ses actes, au point d’inviter à dénoncer le mal sans pour autant éliminer celui qui le commet. Au contraire, l’amour des ennemis sera leur planche de salut.

L’histoire de l’Église n’est pas différente de la nôtre sur ce point. Elle comporte des saints splendides et des personnages sordides. Celui qui voudrait une Église de purs n’a sans doute pas fait le travail sur lui-même qui lui permettrait de se voir tel qu’il est, sans complaisance, avec réalisme et humilité : mélangé.

Ecclésia permixta : plus que jamais, l’Église doit être humble en effet devant ses limites et ses failles. Plus que jamais elle doit en même temps proposer à tous le trésor de l’Évangile en le laissant rayonner à travers elle.

Ainsi soit-il.










 

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