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« Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc (1, 37)

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Homélie de Mgr Rey

  Publié le lundi 11 février 2013 , par Yann de Rauglaudre

Homélie des obsèques de Mgr Joseph MADEC
Cathédrale de Toulon
Samedi 9 février 2013


Il y a 30 ans, Mgr Joseph Madec était consacré dans l’ordre épiscopal dans cette cathédrale de Toulon où il va désormais reposer aux côtés de ses prédécesseurs. Jeune séminariste parisien, par un clin d’œil de la Providence, à l’occasion d’une visite fortuite dans le Var, j’avais eu la chance de me trouver ce 10 avril 1983, au milieu de la foule des Varois et des Bretons qui prenaient part à cette fervente cérémonie.

Mgr Madec avait alors fait le choix d’une devise épiscopale qui n’était pas un simple mot d’ordre ou un slogan décoratif, mais qui était pour lui une ligne de conduite spirituelle et pastorale : "Sur ta Parole, Seigneur, je jetterai les filets". Cette réplique de Pierre à l’adresse de Jésus est consignée dans l’Evangile de Luc qui vient d’être proclamé, et que nous ré-entendrons demain, lors de la messe dominicale.

"Sur ta Parole, Seigneur, je jetterai les filets". Cette parole est une réponse confiante à l’ordre intimé par le Christ : "Duc in altum", ce "Duc in altum" que reprendra à son compte Jean-Paul II pour introduire l’Eglise dans le 3ème millénaire. Ce "Duc in altum" appelle une double traduction : "Avance en eau profonde" et "Avance au large". La foi est simultanément approfondissement et déploiement, intériorisation et déplacement, contenu à connaître, et mission à vivre.

Durant ses 17 ans d’épiscopat, Mgr Madec n’a eu de cesse de décliner cette double priorité : d’un côté une attention vigilante à promouvoir une authentique catéchèse de la foi dans la fidélité au Magistère de l’Eglise, à soutenir l’enseignement catholique diocésain pour qu’il demeure attaché à son caractère propre, à son identité catholique et à sa mission de transmission de l’Evangile. D’un côté aussi, sa sollicitude pastorale vis-à-vis des lieux de pèlerinage, si chers aux Provençaux (Cotignac, La sainte-Baume), mais aussi envers les communautés religieuses en général, contemplatives en particulier, qui rappellent à un monde tenté de se passer de Dieu que la figure de ce monde passe, et que le Royaume est déjà là.

D’autre part, Mgr Madec s’est employé à relancer la vie missionnaire du diocèse, à soutenir la vitalité des communautés paroissiales qu’il visitait assidûment. Il a apporté un appui significatif à la diaconie du Var fondée par son prédécesseur, Mgr Gilles Barthe, diaconie qui atteste que l’Eglise est en posture de service en direction des exclus et des marginaux. Il a accueilli avec générosité, non seulement les nouvelles réalités ecclésiales qui étaient encore latéralisées, mais aussi des vocations sacerdotales et religieuses (qui venaient d’ailleurs).

"Avance en eau profonde, et jetez les filets". L’injonction du Maître réclame de la part du disciple une dose de confiance, une disponibilité sans réserve pour obtempérer, suivre le Christ là où l’on ne pensait pas aller. "Quand on ne sait où l’on va, ne soyons pas surpris d’arriver ailleurs", dit avec humour un proverbe québécois. Tel n’était pas le tempérament de Joseph Madec ! Il savait vers où ses choix le dirigeaient. Il avait hérité de sa famille, de ses origines bretonnes, la "foi du menhir", une foi inoxydable, droite et sereine, "la force tranquille".

D’abord la foi de Pierre, car Mgr Madec était solidement attaché à l’Eglise universelle, à sa catholicité qu’il avait mieux découverte à Rome au cours de ses études au séminaire français, puis comme recteur de St Louis des Français.

La foi de Pierre, mais aussi la foi de Joseph son saint patron. C’est la voie de la simplicité, de la sobriété, voire d’une certaine austérité. C’est encore la voie de l’humilité du quotidien, de la pratique assidue des vertus, de la fermeté d’âme et de la perspicacité sous l’ombre d’une apparente timidité, en tout cas d’une modestie naturelle. Cette foi de Joseph de Nazareth éclairait celle de son protégé, celle de Mgr Madec.

En entendant le pape Benoît XVI évoquer la figure spirituelle de l’évêque à l’occasion de la solennité de l’Epiphanie, je pensais bien-sûr au témoignage que nous a laissé Mgr Joseph Madec, "le courage de contredire les orientations dominantes est aujourd’hui particulièrement urgent pour un évêque", écrivait-il. Et le pape ajoutait : "l’évêque doit être valeureux. Et cette vaillance et ce courage ne consistent pas à être agressif, mais à se laisser frapper et à tenir tête aux critères des opinions dominantes. Le courage de demeurer fermement dans la Vérité est inévitablement demandé à ceux que le Seigneur envoie comme des agneaux au milieu des loups".

A ce courage, à cette ténacité, Mgr Madec ajoutait aussi l’audace. Face aux "douteux" comme il disait, face aux sceptiques désabusés et résignés, dans une période critique de l’histoire récente de l’Eglise, où la place du ministère ordonné, voire l’identité sacerdotale du prêtre était mise en cause, Mgr Madec témoigna d’une hardiesse, d’une témérité, en particulier dans sa décision d’ouvrir le séminaire diocésain de La Castille. "Je crois en l’avenir des vocations sacerdotales et religieuses, parce que je crois en l’Eglise, et au Seigneur de l’Eglise" écrivait-il en annonçant la relance du séminaire. Il portait cette conviction que le renouveau de l’Eglise (nous dirions aujourd’hui, avec Benoît XVI, la nouvelle évangélisation) passe par le renouveau du clergé. Comme professeur de théologie, supérieur de séminaire à Vannes puis à Rennes, conseiller spirituel de beaucoup de prêtres, il était habité par cette certitude que dans un monde sécularisé, le prêtre devait être un homme de Dieu, un homme de l’Eglise, qu’il devait être mû par la charité pastorale pour se placer à la pointe de la mission, témoin d’une Parole de salut qui le traverse, le transperce, l’excède jusqu’à le porter au devant de ses frères et sœurs en humanité.

"Sur ta parole, Seigneur, je jetterai les filets". Reprenant à son compte la réponse de Pierre, Mgr Madec épousa aussi véritablement la détermination de Pierre. Sans état d’âme, il rama à contre courant en essuyant au passage des critiques, en désarmant les objections, en conservant le cap avec bonhomie malgré la tempête. En citant avec délectation son prédécesseur, je l’entends encore me confier au moment de ma nomination à propos de ses détracteurs : "Vous savez, il y a deux types de chrétiens et de prêtres, il y a ceux qui font et il y a les éternels commentateurs de ceux qui font !". C’est dans la prière quotidienne, dans la confiance en la grâce de Dieu, dans l’Eucharistie, qu’il a puisé jusqu’au bout sa force intérieure pour, encore et encore, jeter les filets.

Tous ici, autour de son cercueil, nous sommes quelque part, quelque peu le fruit de sa fécondité apostolique, de sa pêche miraculeuse, de son zèle. Tous, nous sommes redevables de sa persévérance, fils ou filles de sa paternité. Derrière une apparente timidité, à tout le moins une réserve naturelle, beaucoup ont trouvé une grande bonté, une attention délicate vis-à-vis des personnes, en particulier des situations de détresse, bref une vraie charité pastorale.

Joseph Madec a prêché tout autant par sa vie que par ses paroles. Nous trouvions hier dans la 1ère lecture de la messe un passage de l’épitre aux Hébreux que nous pouvons lui appliquer : "Souvenez-vous (dit l’auteur de l’épitre) de ceux qui vous ont dirigés. Ils vous ont annoncé la Parole de Dieu. Méditez sur l’aboutissement de leur vie et imitez leur foi". Le service apostolique que Joseph Madec a rendu était ancré dans une unité intérieure et a toujours porté le souci de la communion ecclésiale.

Dans une lettre rédigée il y a trois ans, il nous a livré ses ultimes consignes : "A tous ceux que j’ai aimés, je laisse comme testament spirituel la prière sacerdotale de Jésus dans l’Evangile de Jean. Qu’ils veuillent bien la relire souvent en souvenir d’un prêtre, d’un évêque qui aurait désiré faire plus de bien, et qui offre joyeusement sa vie pour leur salut éternel"

"Que tous soient un comme toi, Père tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé." (Jn 17, 21)

Mgr Dominique Rey
Cathédrale Notre Dame de la Seds
Samedi 9 février 2013











 
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