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"Que Dieu lui-même achève en vous
ce qu’il a commencé"

(Rituel de l’ordination)

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Qu’est-que le prêtre ?

Ordinations presbytérales et diaconales 2015

  Publié le dimanche 28 juin 2015 , par Yann de Rauglaudre

Qu’est-ce qu’un prêtre ? Qu’est-ce que le prêtre ? Monseigneur Dominique Rey a donné l’homélie reproduite ci-après in extenso, à l’occasion de la cérémonie des ordinations diaconales et presbytérales du 28 juin 2015 à La Castille.
Tout droit de reproduction réservé.



Qu’est-ce qu’un prêtre ?
Une approche sociologique soulignera son rôle social, sa participation au bien social. Le psychologue s’intéressera à ses motivations profondes, à son comportement relationnel, aux structures de sa subjectivité. On sera aussi tenté de définir le prêtre à partir de ce qu’il fait, des tâches que lui assigne son ministère.

Qu’est-ce que le prêtre ? La nature profonde de l’identité du prêtre n’est accessible qu’à la foi. Au-delà de la visibilité des gestes qu’il accomplit, des missions qu’il remplit, l’être sacerdotal ne peut être dévoilé et compris qu’en relation avec le Christ, le Grand Prêtre que notre foi confesse. A la source du sacerdoce ministériel, il y a l’appel du Christ, l’envoi par le Christ, la conformation de soi au Christ. Le prêtre, alter Christus et ipse Christus.

Oui, le prêtre tient la place du Christ, tête de son corps qu’est l’Eglise. Telle est la posture originale qu’il occupe. Pris parmi les hommes, il est établi parmi eux, en même temps que vis-à-vis d’eux, pour eux. « En tant qu’il représente le Christ Tête, Pasteur et Epoux de l’Eglise, le prêtre est placé, non seulement dans l’Eglise, mais aussi face à l’Eglise » (Pastores dabo vobis). Le sacerdoce du prêtre est ministériel c’est-à-dire fondamentalement finalisé, orienté vers le service pastoral et la sanctification du peuple chrétien qui lui est confié. Son bonheur, c’est de faire celui des autres. La seule raison d’être du sacerdoce ministériel est de rendre possible le sacerdoce commun des fidèles. Ce statut par essence relatif à autrui, rend le prêtre encore plus vulnérable aux pesanteurs de ceux qu’il veut servir. Seule l’efficacité de l’action sacramentelle jouit d’une garantie totale : le péché du prêtre n’invalidera jamais les sacrements, mais ses autres actes peuvent être marqués, blessés par son péché, par ses insuffisances. Alors, son devoir quotidien sera de vivre la conversion permanente qu’il prêche aux fidèles. Il sera redevable vis-à-vis d’eux de la cohérence de sa vie à l’aune de l’Evangile.

Parmi les aspects spécifiques du ministère du prêtre, j’en soulignerai deux :
- En premier lieu, le primat de la grâce. Le ministère presbytéral garantit l’initiative première et gratuite de Dieu. Dieu nous crée et nous recrée sans cesse, avant que nous ayons conscience de ce qu’Il fait pour nous. Sa grâce nous devance, et tout notre exercice est après coup d’y correspondre, de s’y ajuster. Nous n’allons vers Dieu que parce que Lui est d’abord venu à notre rencontre. Nous n’accueillons sa présence dans les sacrements que parce que Lui, le premier s’offre à nous en chaque eucharistie. Cette primauté de la grâce que rappelle le prêtre dans l’exercice de ses différentes charges pastorales et sacramentelles, est à front renversé par rapport à ce que le Pape François dans sa dernière encyclique appelle « le paradigme technologique », où l’être humain est tenté de vouloir par individualisme s’auto-suffire et de ne dépendre que de lui seul, ou il est tenté de privilégier le "faire", l’"agir" plutôt que de "se laisser faire", où les nouvelles technologies l’invitent toujours plus à transgresser les limites de la nature, alors qu’elle lui a été confiée par Dieu.

Le prêtre lui-même dans l’émergence de sa vocation, atteste de l’initiative première de Dieu à son égard. Au milieu d’une carrière professionnelle déjà balisée ou de projets de vie qui le prédestinaient à suivre certaines routes, l’irruption de l’appel du Seigneur a été de l’ordre de l’inattendu, de la discontinuité. Sa vocation est devenue une préséance du Seigneur, une priorité qui s’est imposée et qui a radicalement changé le cours de son existence. Dieu s’est adressé à la liberté d’un être, à partir d’une nécessité intérieure, pressante, pour faire le choix de Dieu. La vie du prêtre se comprend à partir de la vie de Dieu en lui, une vie qui s’est imprimée en son être comme un caractère.

Il y a quelques jours s’est éteint le doyen du clergé de notre diocèse, Emile, Jean-Joseph Devieux, père blanc. Il avait 103 ans. Au terme de sa longue vie missionnaire en Afrique, dans son testament spirituel il écrivait : « Quand je revois le film de ma vie, j’y vois une grande valse, beaucoup de pays traversés, tant de missions différentes, au Mali, au Burundi, mais en même temps, une unité programmée par le Seigneur… Il n’a pas cessé de me raboter, pour faire de moi, malgré moi, un instrument utile entre ses mains. »

Oui, c’est dans la suite fidèle du Seigneur, faite d’obéissance et de disponibilité à l’Eglise, que se trouve l’unité de vie du prêtre, et non pas la recherche narcissique de soi, le culte de la volonté propre, la quête immédiate de résultats apostoliques.


- Le prêtre rappelle le primat de la grâce, mais sa responsabilité propre sera d’exercer un sacerdoce apostolique. Je cite le rituel d’ordination « Accorde-nous Seigneur les coopérateurs dont nous avons besoin pour exercer le sacerdoce apostolique » (n° 131). La mission apostolique consiste à faire de chaque chrétien un membre du Corps du Christ, à faire que chaque chrétien soit membre des autres chrétiens, car, comme le rappelle St Paul dans la lettre aux Romains (12, 5) et dans la lettre aux Ephésiens (4, 25), « nous sommes membres les uns des autres ». Chers frères et sœurs, serviteurs de la communion, ministre de « l’incorporation », le prêtre vous est envoyé comme celui qui rend ecclésiales toutes vos activités. Vous pouvez être généreux, zélés, bons théologiens, vous pouvez prendre bien des initiatives, développer tant et tant de projets… il faut encore faire avec nos différences, selon nos charismes, à partir de nos efforts pour constituer un corps, le Corps du Christ. Telle est la tâche fondamentale du prêtre.

Cette mission explique le geste que vous allez voir dans quelques instants. Je viendrai imposer les mains sur les ordinands à genoux pour en faire des collaborateurs apostoliques. Immédiatement après l’évêque, tous les prêtres, faisant un avec lui, défileront pour signifier que le nouveau prêtre devient membre du presbyterium diocésain. Quelque soit son itinéraire, sa spiritualité, son appartenance ou pas à une communauté, ce nouveau prêtre appartient au corps des prêtres de l’Eglise de Fréjus-Toulon. Celle-ci l’offre à Dieu, et Dieu le redonne à cette Eglise comme membre du collège presbytéral. Le prêtre est incardiné à un presbyterium, et en latin, le mot « cardo » désigne le gond d’une porte qui l’attache à un mur, et permet une ouverture sans rupture. Le prêtre appartient à un corps apostolique, il est relié à son évêque qui l’envoie en mission.

Ainsi, le prêtre doit-il être un homme d’alliance. Sa première qualité sera d’unir les personnes différentes afin de bâtir le Corps du Christ, pour qu’elles soient membres les uns des autres. La première responsabilité du prêtre sera lui-même d’être uni à ses frères dans le sacerdoce autour de l’évêque. Comment pourrai-je ordonner quelqu’un qui déchirerait le presbyterium, qui roulerait pour son propre compte, s’isolerait, se mettrait à l’écart en choisissant les brebis qui lui plaisent ? Le prêtre est le sacrement vivant de la communion ecclésiale. Et le retrait de la communion détruit le Corps de l’Eglise. Le ministère du prêtre n’est pas sa propriété privée. Le prêtre est d’abord un frère : frère des autres prêtres avec qui il partage l’unique presbyterium, frère des chrétiens dont il a la charge, frère des hommes auprès desquels il est envoyé, sans exception et sans parti pris.

« Ne séparez pas ce que Dieu a uni » a dit Jésus à propos de l’union de l’homme et de la femme (Mc 10, 9). Cette formule s’applique aussi au mystère du prêtre. Ce dernier trouve son identité en conjuguant union au Christ et ancrage dans l’Eglise. C’est cette alliance que nous célébrons en ce jour d’ordination. Le sacrement qui va être conféré aux ordinands scellera pour toujours en leur cœur ce double amour, dont ils auront à vivre jusqu’à la mort : être au Christ pour porter avec Lui la mission de l’Eglise.

+ Dominique Rey
28 juin 2015
Séminaire de La Castille











 
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