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Homélie pour l’anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre

  Publié le dimanche 16 novembre 2014 , par Philippe Roy

Il est impossible de se dire pleinement chrétien si l’on refuse de rendre à la Patrie les devoirs qui lui sont dus ; mais également, tout service de la Patrie est menteur lorsqu’il s’éloigne ou se sépare foncièrement de Jésus-Christ .


L’un des plus illustres évêques français du 19ème siècle, le Cardinal Pie disait à ses compatriotes : «  Vous serez davantage de votre pays à mesure que vous serez plus chrétiens » et Saint Ambroise, Père de l’Eglise du 4ème siècle, affirmait déjà que : « Celui-là s’exile de sa patrie qui se sépare du Christ  ».

En effet, il est impossible de se dire pleinement chrétien si l’on refuse de rendre à la Patrie les devoirs qui lui sont dus ; mais également, tout service de la Patrie est menteur lorsqu’il s’éloigne ou se sépare foncièrement de Jésus-Christ car nous tombons alors dans un nationalisme excessif, voire absolu devant lequel tout doit plier sans plus de respect pour les personnes.
Cet amour de la Patrie est non seulement légitime mais doit être constitutif de nous-même, l’aurait–on oublié ? Ce n’est pas une option, non l’amour de la Patrie est essentiel. Sans lui, la vie en commun sur le même territoire devient impossible, l’égoïsme prend le dessus, le respect des personnes et de l’héritage commun disparaît, la mémoire s’évanouit avec toutes les leçons de sagesse qu’elle porte, c’est un peu comme un divorce à grande échelle.
Le Saint Père Jean-Paul II nous rappelait que «  le patriotisme se situe dans le cadre du 4ème commandement qui nous engage à honorer notre père et notre mère…La patrie est le bien commun de tous les citoyens et, comme tel, elle est aussi un grand devoir  ». De même le Catéchisme de l’Eglise Catholique affirme : «  L’amour et le service de la Patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité ».

Notons que ce n’est pas parce qu’on aime son pays, qu’on le veut beau, prospère, estimé et respecté à l’étranger que l’on déteste les autres ! Bien au contraire, l’amour de notre pays nous fait respecter les autres et nous invite à voir ce qu’il y a de beau et d’estimable chez eux, à l’image d’un maître-artisan qui admire et respecte le chef d’œuvre de son collègue puisqu’il en connaît la valeur et sait ce qu’il en coûte de travail, de délicatesse et d’amour.

Le centenaire de la 1ère Guerre mondiale que nous commémorons cette année vient opportunément raviver en nous l’amour de la France. En effet, le courage, l’abnégation, l’amour du prochain, l’esprit de sacrifice, la prière commune pour la France de nos anciens sont pour nous un exemple et un encouragement.

Permettez-moi de de vous citer deux témoignages qui révèlent cette noblesse d’âme qui a fait la France.
Celui de Charles de Menditte, capitaine d’infanterie, engagé sur les terres de Belgique en août 1914, qui écrit : «  J’avais rêvé le baptême du feu dans l’apothéose de la victoire, je n’eus pas cette joie mais j’ai eu du moins la consolation de voir l’Allemand reculer et de ramener ma compagnie en ordre. Nous n’avons pas été des guerriers heureux mais nous avons fait ce que nous avons pu… Mes hommes ne se sont pas doutés de l’ardente prière que je fis pour eux et au milieu d’eux. Une immense pitié remplit mon cœur au spectacle de cette belle jeunesse étendue autour de moi car je voyais dans l’avenir de nouveaux sacrifices et de sanglantes hécatombes… Plus que jamais j’ai remis mon sort entre les mains de Dieu, je me suis confessé avant-hier et je vais au combat plein de foi. C’est sans doute pour cela que j’ai pu faire mon devoir aussi simplement  ».
Et celui du Père Chevalier, aumônier, qui annonce à madame Pochet la mort de son mari le caporal Robert Pochet tombé au champ d’honneur le 13 avril 1916, près de Verdun : «  le médecin avait examiné son état et avait déclaré inutile de le torturer davantage puisque la mort était certaine… C’est sur ces entrefaites que j’arrivais. Ma présence fit rayonner de joie la pauvre victime qui me cria : “Ah ! Voilà le miracle de Sainte Thérèse, que suis heureux de vous voir. Allez-vous me donner le Bon Dieu ?” Il était vraiment providentiel que je sois venu à cette heure, juste à point pour lui donner le Saint Viatique avec la force de supporter les souffrances qu’il devait endurer. Il voulut voir dans cette circonstance une grâce tout à fait spéciale obtenue par l’intercession de Sœur Thérèse qu’il priait souvent. Je l’exhortais alors à offrir ses souffrances pour la France, sa famille, ses camarades, à accepter la mort avec une parfaite résignation…Robert, la tête appuyée sur mon genou, les mains crispées autour des miennes, poursuivait son action de grâce au milieu des plus horribles souffrances…  »

D’autre part, comment ne pas évoquer le roi Saint Louis dont nous fêtons cette année le 800ième anniversaire de la naissance et qui a tellement fait et souffert pour la renommée et la beauté de notre pays ? Comment ne pas rappeler que, de son vivant, il fut choisi comme arbitre par les souverains étrangers et par le Pape lui-même pour aplanir les conflits, ce qui évita de nombreuses guerres ; que ceux-là même qu’il combattait en Egypte lui ont demandé d’être leur roi, alors qu’il était leur prisonnier ; que la justice ne fut jamais probablement jamais aussi bien rendue en France que durant la seconde partie de son règne ; que ses réformes économiques ont laissé un royaume prospère ; que le savoir se développa grâce à son soutien aux universités naissantes.
Comment l’actualité elle-même de notre pays et du Proche Orient ne ranime-t-elle pas le souvenir de ce Saint Roi, véritable modèle de probité dans la chose publique et protecteur des chrétiens d’Orient, jusqu’à rester quatre ans auprès d’eux en Terre Sainte.
Je dois avouer que je m’explique difficilement le mutisme sur une telle figure de France et sur combien d’autres qui de nos jours encore font que la France est la France, et qui faisait dire à Roosevelt (qui n’est certes pas un Père de l’Eglise) : « Tout homme a deux patries : la sienne et la France  ».

Ce 11 novembre nous appelle donc à la gratitude, à la prière, spécialement pour ceux qui ont versé le prix du sang, à la prière pour la paix ; il nous appelle à retrouver nos racines, à cultiver ces vertus qui ont fait la grandeur et la beauté de notre pays.


A l’heure où notre monde connaît de terribles tensions, spécialement au Proche Orient, demandons au Seigneur, par l’intercession des Saints de notre Patrie, cette paix, cette paix juste, cette paix forte tellement nécessaire.
Puissions-nous coopérer à la grâce de Dieu pour en être les artisans là où nous sommes.
Amen.










 

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