Eglise Catholique du Var - diocese-frejus-toulon.com

"Que Dieu lui-même achève en vous
ce qu’il a commencé"

(Rituel de l’ordination)

FR | EN | PT |
Newsletter de l'église du var



devenir prÍtre faire un don nouveaux articles

Homélie pour le 1er dimanche de Carême 2016

  Publié le lundi 15 février 2016 , par Philippe Roy

On lutte contre un vice par la vertu contraire : il nous faut retrouver l’harmonie, l’unité intérieure par une intégration réussie de la sexualité. La beauté de celle-ci ne tolère ni double vie ,ni double langage.


Le temps de Carême que nous débutons, et qui nous prépare à la solennité de Pâques, nous invite à suivre le Christ au désert, désert lieu du face à face, lieu de dépouillement de tout ce qui nous alourdit, de tout ce qui nous embarrasse, de tout ce qui nous empêche d’avancer vers le Seigneur, à commencer par le péché. Le désert, le Carême, est donc un temps de vérité qui nous appelle “ à faire du neuf” , à repartir plus légers, plus joyeux dans notre marche à la suite du Christ ressuscité.

Pour nous débarrasser du péché, qui nous encombre si bien, il nous faut connaître les pièges de l’adversaire et c’est pourquoi l’Evangile nous rappelle les trois grosses ficelles par lesquelles le démon nous fait tomber :
Les tentations de la chair : gourmandise, impureté, luxure, sensualité, paresse… « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ».
Deuxième point d’attaque : l’orgueil de la vie, la soif du pouvoir, des honneurs, du paraître, la présomption, la suffisance, le manque de respect, envers Dieu également… « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas car il est écrit que les anges te porteront sur leurs mains ».
Troisième ficelle du démon : l’égoïsme, l’avarice, l’attachement excessif aux richesses, au compte en banque, aux biens de consommation qui deviennent des idoles… « Tout cela je te le donnerai, si tu te prosterne pour m’adorer ».

La première tentation est d’une actualité brulante, spécialement quant à la luxure et à l’impureté en général, qui est la principale tentation de la chair.
En effet, dans notre monde hyper érotisé, il semble qu’il n’y ait quasiment plus de faute en la matière…Mai 68 est passé par là !
Il est d’ailleurs très étonnant qu’on légifère sur le harcèlement sexuel dans les lieux de travail, dans les transports en commun etc, alors que l’on étale les revues licencieuses dans les kiosques à journaux, les grandes surfaces, sans compter l’accès direct d’internet à tout et à n’importe quoi, dès le plus jeune âge !
Les enfants ayant un téléphone portable branché à internet, la grande majorité au collège, ont accès en quelques clics à une véritable “sex-shop” , loin de leurs parents, de façon anonyme et gratuite. Plus de 90% des garçons et de 60% des filles de 16 ans ont visité un site pornographique (d’après le dernier symposium sur les « dommages de la pornographie sur les enfants et les jeunes » tenu en Australie) ; les agressions sexuelles d’enfants par des enfants sont de plus en plus fréquentes.
Si l’on veut vraiment promouvoir le respect de personnes, on ne commence pas à encourager le vice solitaire et le préservatif dans les manuels scolaires en animalisant la sexualité en en faisant un jeu inoffensif pourvu que l’on respecte la technique. Où est la cohérence ? Où est l’éducation à la beauté ?

En quelques mots, nous pouvons dire que la vertu de pureté libère l’amour de l’égoïsme et de l’agressivité par une conduite humaine et responsable du désir sexuel. Cette relation au corps sera bien sûr, différente en fonction des états de vie : personne mariée ou célibataire.
L’impureté blesse ce juste rapport, elle dévoie la sexualité de sa finalité voulue par le créateur ; ce faisant elle déshumanise en séparant le plaisir de la communion vraie des personnes. L’autre ou soi-même est comme réduit à un objet ; la personne est réduite comme en morceaux ; il y a aliénation, réduction à l’état de marchandise.

Notons que bien souvent les choses commencent par la vue ; cela peut être une certaine façon de regarder, d’un regard qui réduit l’autre, d’où la nécessité d’une certaine pudeur dans la façon de s’habiller, pudeur qui peut s’allier avec l’élégance.
D’une manière générale, l’image exerce sur nous un attrait important : nous sommes faibles, alors ayons le courage de fuir. C’est si facile d’aller voir “juste une fois” et alors l’image s’imprime, trouble notre regard sur l’autre et puis c’est l’engrenage.
Mettre le petit doigt dans cette machine infernale, c’est se faire engloutir, c’est fausser son esprit qui fantasme et sa liberté qui devient dépendante, c’est fausser sa relation au prochain et abîmer ou même briser sa capacité d’aimer. Combien de ménages sont abîmés, détraqués, explosés pour n’avoir pas dit non à cette tentation, c’est fausser sa relation à Dieu et risquer de perdre la foi.

Notons, sans être exhaustif, que si le péché d’impureté embrume l’intelligence et aliène la liberté jusqu’à la dépendance, il transforme rapidement le plaisir en tristesse et provoque repli et dégoût de soi. Dépendance rime avec souffrance : on devient prisonnier d’images, d’écrans…La luxure est un supplice de Tantale : c’est une soif dévorante et jamais assouvie.

Comment remédier au péché d’impureté ? Ici comme ailleurs, on lutte contre un vice par la vertu contraire : il nous faut retrouver l’harmonie, l’unité intérieure par une intégration réussie de la sexualité. La beauté de celle-ci ne tolère ni double vie ni double langage. Il y a un apprentissage à la maîtrise de soi qui est nécessaire, qui libère de la dépendance des passions et donne la paix. Cela n’est pas toujours facile mais c’est possible si on le veut et que l’on s’appuie sur Dieu. « La chasteté nous recompose et nous ramène à cette unité que nous avions perdue en nous éparpillant  » dit Saint Augustin, qui eut l’expérience d’une sexualité éclatée durant sa jeunesse agitée.

Voici quelques considérations pour un chemin de conversion. Tout d’abord, vouloir arrêter en prenant les décisions qui s’imposent. Cette décision doit être renouvelée après chaque rechute. Se faire aider, par exemple par un ami vertueux qui nous écoutera et nous aidera sans nous juger.
Pour les ordinateurs et les smartphones, il existe des logiciels qui évitent les mauvaises rencontres, les tentations : ils sont nécessaires.
Bien sûr recourir à la Miséricorde divine dans le sacrement du pardon et prier. En effet, nous ne sommes pas seuls. Dieu marche à nos côtés et aide puissamment les personnes de bonne volonté.
Enfin, se donner gratuitement dans un service auprès de ceux qui nous entourent, autrement dit pratiquer les œuvres de miséricordes, qui nous tournent vers le prochain, comme nous y invitent le Carême et l’année de la Miséricorde.

Amen.










 

Conception et développement : bonnenouvelle.fr