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Homélie pour le 24ème dimanche du temps ordinaire 2017 (JGA).

  Publié le dimanche 24 septembre 2017 , par Philippe Roy

Le pardon c’est, d’abord, se débarrasser du ressentiment envers celui qui nous a injustement offensés ou blessés ; ensuite, renoncer à la revanche à laquelle, si la blessure est objectivement injuste, la justice humaine nous donne droit ; enfin, s’efforcer de répondre avec bienveillance à l’agresseur, c’est-à-dire avec compassion, générosité et amour.


« Un roi règle ses comptes avec ses serviteurs ».

Dans l’imaginaire biblique, le roi représente toujours Dieu lui-même ; on comprend facilement de quelles dettes il s’agit et combien nos péchés sont des obstacles dans notre relation avec Lui. Puis le serviteur « trouva un de ses compagnons », et la parabole nous transporte sur la scène de nos relations fraternelles. La conclusion de Jésus relie ces deux dimensions : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. » (Mt 18,35). Nous avons donc un roi qui est Dieu le Père et des compagnons qui sont nos frères.

Je voudrais aujourd’hui que nous réfléchissions ensemble sur le pardon chrétien, le pardon dont Jésus nous parle dans l’Evangile que nous venons de proclamer.

Une histoire du pardon.
L’après-midi du 5 juillet 1902, une toute jeune fille nommée Maria Goretti agonisait depuis cinq heures dans un hôpital de la ville de Nettuno. Son agresseur, le jeune Alessandro Sereneli, l’avait sauvagement frappée de quatorze coups de poinçon de fer dans le ventre et la poitrine parce qu’elle se refusait à lui.
Au prêtre qui interrogeait Maria en proie à d’épouvantables souffrances : « Es-tu disposée à pardonner à ton agresseur ? », elle répondit, dépassant en cela toute forme de rejet bien humain : « Oui… non seulement je lui pardonne, mais encore je veux qu’il vienne avec moi au Ciel ».
Trente-six ans plus tard, on sonna à la porte du presbytère de la paroisse de Corinaldo. Ce fut l’employée de maison, Assunta Goretti, la mère de Maria, qui ouvrit. Face à elle, un homme au visage contrit marqué par des années de prison. « Vous me reconnaissez, Madame Assunta ? ». «  Oui, Alessandro, je te reconnais », répondit la vieille femme. « Vous me pardonnez ? », supplia le visiteur. « Si Dieu t’a pardonné, Alessandro, comment ne le ferais-je pas moi-même ?  ». Cette nuit de Noël, Alessandro Serenelli la passa dans la demeure du curé et les villageois de Coraldino purent voir la mère et l’assassin de Maria Goretti communier ensemble lors de la messe de Minuit. Bien plus tard, tous deux allaient également être témoins ensemble de la canonisation de la vierge et martyre de la pureté.

Définir le pardon.
Avant tout, pardonner, c’est plus qu’accepter ce qui s’est passé. Le pardon va au-delà de la simple acceptation. On pourrait accepter une offense dans le simple but égoïste “d’aller de l’avant” tout en conservant une froide indifférence envers l’autre.
C’est plus que faire taire sa colère. Ce n’est là qu’une partie du processus. Avec le temps, celui qui pardonne devra parvenir à un réel changement d’attitude envers l’offenseur.
C’est plus qu’avoir une attitude neutre envers l’autre. Certains croient que pardonner se réduit à ne pas garder de ressentiment. Cette posture ne suffit pas ; le processus du pardon a pour but de faire naître chez celui qui pardonne des pensées et sentiments positifs envers l’offenseur. Evidemment, cela peut prendre du temps. En ce sens, la neutralité peut être une étape, mais en aucun cas le résultat final.
C’est également plus que faire en sorte de se sentir bien. Il n’y a rien de répréhensible à se sentir bien. De fait, le pardon augmentera la santé émotionnelle et le bien-être de celui qui pardonne. Beaucoup entament le processus du pardon précisément parce qu’ils sont las de se sentir mal et veulent aller mieux. Toutefois, cela ne suffit pas et il s’avère souvent contreproductif d’avoir placé tous ses espoirs dans un état purement émotionnel.
Par ailleurs, il est important de comprendre que pardonner n’est pas excuser l’offenseur ou l’agresseur. L’épouse injustement frappée peut excuser la violence de son mari, en se sentant elle-même coupable de l’avoir provoquée en actes ou en paroles même lorsque ce n’est pas vrai ou pas totalement vrai (comme c’est le cas chez les personnes co-dépendantes). Cela dénature le vrai pardon, en donnant à penser que pardonner signifie accepter d’être une personne battue, utilisée ou dont on abuse, en laissant ces situations perdurer sans solution. Il n’en est pourtant pas ainsi : pardonner signifier admettre que ce qui est arrivé était mal et ne devrait pas se reproduire.
Cela ne revient pas non plus à oublier les mauvais souvenirs. Le pardon ne provoque pas d’amnésie. Bien au contraire, il est parfois nécessaire de se rappeler des éléments très concrets des évènements qui ont blessé pour soigner la mémoire. Toutefois, si cela est bien fait, le pardon changera la façon nous nous souvenons du passé : ce dernier cessera d’être marqué par l’angoisse, la peur et l’anxiété.
Il ne s’agit pas non plus de se calmer. On peut maîtriser l’énervement provoqué par certaines situations ingrates ou injustes sans pour autant pardonner à ceux qui en sont responsables. Je peux apprendre à dominer l’agacement que fait naître en moi le compagnon qui, jour après jour, m’humilie de ses blagues sans pour autant lui pardonner. Cette maîtrise sur mon caractère, ou la capacité à me détendre, est une étape importante pour pouvoir pardonner, mais ce n’est pas le pardon.
Ce n’est pas non plus dire « je te pardonne » quand nos paroles s’apparentent à du mépris, comme le fait le personnage d’Alberto Blest Gana dans Martin Rivas : « Lâche ! Tu me fais pitié, et je te pardonne !  ». Il n’y a pas de pardon sincère lorsqu’il se mue en un fleuret aussi blessant que le dédain.
Enfin, il ne peut être confondu avec la réconciliation, même s’il y a là un lien. Le pardon est une étape dans le processus de réconciliation, car cette dernière, sans pardon, devient une simple trêve pendant laquelle chaque partie cherche l’occasion de relancer les hostilités. La réconciliation réelle demandera le pardon des deux parties puisqu’il y aura bien souvent des dommages des deux côtés. La réconciliation requiert également une confiance retrouvée, ce qui est parfois impossible. Il faut aussi que les deux parties soient d’accord pour renouer une relation, et il arrive qu’une seule soit préparée à faire cet effort. Il se peut donc que l’on pardonne sans se réconcilier (parfois parce que l’autre ne veut pas franchir ce pas), mais jamais on ne pourra se réconcilier vraiment sans pardonner. Si l’offenseur s’obstine dans son mal et ne change pas, la réconciliation est alors impossible.

Pour parler de façon positive, le pardon c’est, d’abord, se débarrasser du ressentiment envers celui qui nous a injustement offensés ou blessés ; ensuite, renoncer à la revanche à laquelle, si la blessure est objectivement injuste, la justice humaine nous donne droit ; enfin, s’efforcer de répondre avec bienveillance à l’agresseur, c’est-à-dire avec compassion, générosité et amour.

Suivons donc l’invitation du Christ : apprenons à nous pardonner inlassablement et à construire l’unité, que ce soit dans nos familles, nos communautés....
Allons au-delà des différences dans nos sensibilités, bannissons les reproches réciproques, n’acceptons plus l’envie et tant d’autres mesquineries qui polluent notre vivre-ensemble ! Pour cela, rappelons-nous l’invitation de saint Paul : « La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. » (1Co 13,4-7).

En sortant de la messe, nous sommes comme le serviteur dont la dette a été remise. Ne le prions plus comme Juge implacable ou Roi en procès, mais comme Père de Jésus-Christ, notre Père qui est plein de Miséricorde.

Ainsi soit – il.










 

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