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(Rituel de l’ordination)

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Homélie pour le 2ème dimanche de Carême 2016

  Publié le dimanche 21 février 2016 , par Philippe Roy

Cultivons la simplicité du cœur : que de temps perdu et d’épuisement à chercher à paraître quand il suffit d’être ce que nous sommes. Cultivons la discrétion : « le bien ne fait pas de bruit » dit le proverbe, tout en sachant affirmer l’autorité dont nous sommes dépositaires.


Dimanche dernier, Jésus, sous la motion de l’Esprit-Saint, partait comme en grande retraite spirituelle dans le désert afin de préparer sa vie publique, vie de prédication et d’annonce du règne de Dieu. Il nous faut, en effet, prendre les moyens de bien accomplir notre mission : on ne construit pas une maison sans avoir pris le temps de dessiner un plan, on ne part pas en guerre sans avoir mis au point une stratégie, sans s’être renseigné sur l’ennemi, sans avoir pris connaissance de ses armes et de sa tactique.
De même, à la suite du Christ nous sommes invités durant le Carême à nous retirer comme au désert afin de faire le point et de refaire nos forces pour mieux combattre l’ennemi.
Nous savons que le démon utilise trois ficelles pour nous faire tomber : les tentations de la chair (« Leur Dieu, c’est leur ventre » 2ème lecture), l’attachement déréglé aux richesses, l’orgueil de la vie et la soif du pouvoir, des honneurs, de paraître.
Après avoir vu les sollicitations de la chair dimanche dernier, disons quelques mots sur cette tentation de vivre pour soi-même, d’être par soi-même qui se manifeste par ces attitudes :
Savoir se faire mousser. « Vous savez, le préfet est vraiment sympathique – ah bon, comment le savez-vous ? – excusez-moi, je ne vous l’avais pas dit ? J’ai eu un dîner de travail avec lui hier soir, le ministre est venu nous saluer ».
Se mettre en avant. « Monsieur Dupont est chef de projet, c’est bien pour lui…tu sais moi, j’ai monté ma boite « MégaEgo », en trois ans je suis monté à cinq cents millions de chiffre d’affaire, tu sais la pub à la télé où je suis en photo sur tous les emballages  » (ce qu’il ne dit pas, c’est que les emballages sont jetables).
Un regret à géométrie variable. J’ai commis une indélicatesse lors d’un repas entre amis et je rentre désolé à la maison ; c’est moins la gaffe que je regrette, que le fait d’avoir écorné mon image.
Une volonté de dominer. Garder l’initiative en toute chose, tout contrôler. Voyez comment l’homme veut se « faire Dieu » par certaines manipulations génétiques, être maître de la vie et de la mort. Cassien, père du désert, résume quelques traits fréquents chez l’orgueilleux : « le ton de notre voix, généralement élevé, notre silence amer, nos tristesses déraisonnables et pesantes, nos réponses aigres… ; impatients, sans charité, outrageants aux autres mais pusillanimes envers ceux que nous subissons ; désobéissants, sauf lorsque nous avons déjà prévenu par nos désirs ce qu’on nous commande ; durs lorsqu’il faut recevoir un conseil ; faibles lorsqu’il faut mortifier nos volontés propres ; inflexibles lorsqu’il s’agit de nous soumettre à la volonté des autres ; cherchant toujours à imposer nos opinions ».
Ne pas être grand-chose, mais l’être par soi-même, jusqu’à me dégager de ma dépendance de Dieu. Besoin de Dieu ? Pour quoi faire ?

Ici, comme ailleurs, on chasse un vice par son contraire en l’occurrence l’humilité. Cependant, il y a un double obstacle. Le premier c’est de reconnaître son orgueil, de le voir. En effet, non seulement l’orgueil déforme notre vue sur nous-même, mais, en plus, c’est un péché caméléon qui s’adapte parfaitement pour rester caché : le perfectionnisme peut masquer l »amour-propre ; le sentiment d’indignité, le mépris de soi recouvre bien souvent un grand narcissisme ; ne pas se réconcilier avec telle personne sous prétexte de pas être hypocrite montre la signature de l’orgueil sous couvert de vérité.
Le deuxième obstacle, c’est que l’humilité a mauvaise presse ; on la confond avec la pusillanimité et, parallèlement, on confond l’orgueil, qui est un péché avec ce désir d’excellence par lequel nous cherchons à déployer notre vie, à lui donner fécondité… et c’est là la vertu de magnanimité i.e. de la «  grandeur d’âme ». Dans la parabole des talents, celui que Jésus condamne ce n’est pas celui qui a fait fructifier ses cinq talents pour en gagner cinq autres, au contraire c’est celui qui en a un et qui se replie sur lui-même. Celui qui a fait fructifier ses cinq talents est applaudi et récompensé par le maître… seulement il doit reconnaître que ces talents ne viennent pas de lui, mais du Seigneur, et il doit mettre les compétences reçues au service de ce même Seigneur.
« Aimer son prochain comme soi-même » exige que l’on s’aime, mais de manière ordonnée.
L’orgueilleux, lui, veut être sa propre référence, ne pas dépendre d’un autre, être son petit dieu !

Comment combattre cet orgueil ?
Cultivons la simplicité du cœur : que de temps perdu et d’épuisement à chercher à paraître quand il suffit d’être ce que nous sommes.
Si nous sommes généreux avec les démunis devant nos amis, soyons-le quand nous sommes seuls, en payant de notre personne, pas seulement de notre avoir. Cultivons la discrétion : « le bien ne fait pas de bruit » dit le proverbe, tout en sachant affirmer l’autorité dont nous sommes dépositaires. Apprenons à dépendre de nous-mêmes …et des autres. De nous-mêmes en ne voulant pas cacher à tout prix ce que nous considérons comme des marques de faiblesse : à la mort de son ami Lazare, Jésus n’est pas resté stoïque, il pleura. Dépendre des autres en sachant demander une aide là où l’on voudrait faire seul, en reconnaissant ce que l’on doit à ceux qui nous ont enseigné, par exemple en étant soumis à Dieu qui nous a distribué des dons en gérance que nous dévons faire fructifier en lui rendant grâce. Craignons de faire fructifier ces dons pour nous-mêmes et de les perdre à tout jamais.

La méditation sur la Croix, centre du Carême, nous invite à quitter la logique de l’égoïsme et de l’indépendance : Saint Louis roi de France, super puissance d’alors, prenait le temps de soigner les infirmes et d’aider les lépreux, cela ne l’empêchait pas de se faire respecter des grands du royaume. Saint François d’Assise voyait à chaque instant le cosmos jaillir des mains de Dieu, c’est pourquoi il ne cessait de le louer et de lui rendre grâce, car, en vérité, nous sommes poussière et nous retournerons en poussière, seules nos actions faites par amour de Dieu auront du poids pour la vie éternelle.

Amen.










 

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