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Homélie pour le 3ème dimanche de Carême 2016

  Publié le samedi 27 février 2016 , par Philippe Roy

L’aumône est plus utile à celui qui donne qu’à celui qui reçoit...

Une vie chrétienne doit prévoir le don de son temps régulièrement.

Méditer sur la Croix qui est la pauvreté extrême : en donnant sa vie pour nous, Jésus a tout donné ! Plaçons-nous face à l’éternité, la mort remet les compteurs à zéro.


Un jeune homme désire entrer au monastère. Le maître des novices sonde ses intentions pour savoir s’il est vraiment décidé à abandonner le monde :
« Si tu avais trois pièces d’or, les donnerais-tu aux pauvres ?
Oui Père, de tout cœur.
Et si tu avais trois pièces d’argent ?
Bien volontiers.
Et si tu avais trois pièces de cuivre ?
Non, Père !
Et pourquoi ? Demande le moine stupéfait.
Parce que les trois pièces de cuivre, je les ai ! »

Après avoir parlé de la concupiscence de la chair et de l’orgueil de la vie les deux premiers dimanche de Carême, aujourd’hui, disons quelques mots sur la troisième ficelle par laquelle le démon essaie de nous faire tomber : à savoir la concupiscence des yeux, la soif de posséder.
S’il est rare qu’un chrétien parie son salaire aux courses ou le joue au casino, il est beaucoup moins rare qu’il fasse de son portefeuille le premier de ses soucis : que donne la bourse aujourd’hui ? Quel taux d’imposition ? Comment investir dans l’isolation pour réduire la facture de fuel et avoir un retour sur impôt ? Mettons toujours un peu de côté, malgré mon âge avancé, car on ne sait jamais et puis les maisons de retraite coûtent cher, un imprévu est toujours possible. En fait la question financière accapare l’esprit, et si l’on peut dire d’une personne aisée “qu’elle a les moyens” , nous pouvons dire que “les moyens” sont devenus une fin :“fin” mais aussi “faim” !

Une deuxième facette de cet attachement déréglé aux richesses est ce désir d’acquérir sans cesse de nouveaux biens : nouveaux meubles, nouveaux habites, bibelots, vieux livres…On amasse, on entasse…Ou alors on achète le tout dernier téléphone portable type 6, puis le 7, le 8 ; le tout dernier téléviseur avec écran rétroéclairé…Ou une voiture sportive, un 4x4 qui ne servira pas à grand-chose. Comme si la valeur de notre personne dépendait de notre richesse, de nos biens et non pas de ce que nous sommes et surtout de ce que nous sommes pour Dieu. La vraie sécurité de l’âme, que seul Dieu peut donner, fait place à une fausse sécurité de l’avoir. Ni notre portable, ni notre compte en banque, ni nos propriétés ne nous empêcherons de mourir, on ne les mettra pas dans notre cercueil ! Elles seront bientôt partagées, peut être dilapidées, en tout cas elles ne nous seront d’aucune utilité, et peut être même nous accuserons-t-elles !

Une troisième facette de notre amour immodéré des richesses est l’opiniâtreté dans la possession i.e. la difficulté à donner, l’absence de générosité. Pourtant, si Dieu nous a accordé quelques richesses, c’est à fin de faire le bien, c’est afin d’investir dans cette banque du Paradis que sont les chrétiens d’Orient persécutés, les communautés religieuses sans ressources, la promotion de la vie que l’on veut supprimer, l’éducation vraiment chrétienne, la formation des prêtres et tant d’autres œuvres et de personnes pauvres qui sont le Christ, « c’est à moi que vous l’avez fait » dit Jésus. Les parents de la Sainte Vierge Marie, Sainte Anne et Saint Joachim, faisaient trois parts de leurs revenus : une pour eux, une pour le Temple (denier de l’Eglise de l’époque) et une pour les pauvres.
L’évêque qui m’a ordonné en Belgique, Mgr Léonard, disait aux jeunes prêtres que nous étions : une fois nourris, vêtus, logés et la voiture, donnez tout le reste de votre traitement. Si nous voulons des intercesseurs qui plaident notre cause auprès du Seigneur à notre mort- «  Seigneur, ouvre- lui ton Paradis, il m’a donné de quoi vivre sur terre »- il nous faut être généreux, très généreux.

Saint Jean Bosco disait à son bras droit, le Bienheureux Don Rua, qui s’occupait de demander de l’argent pour ses écoles : «  n’aie pas peur d’y aller franchement avec eux. Ce ne sont pas eux qui te font la charité, c’est toi qui la fais à leurs âmes. Leur aumône est une œuvre de miséricorde dont ils te remercieront » ; et Saint Thomas d’Aquin : «  l’aumône est plus utile à celui qui donne qu’à celui qui reçoit ».

Si la propriété est parfaitement légitime, s’il est nécessaire pour des parents de mettre de côté pour prévoir l’avenir, pour ne pas vivre aux crochets de la société, assurer l’éducation des enfants. Il reste que l’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître : il rend le cœur insensible, comme le mauvais riche de la parabole qui est indifférent au pauvre Lazare, mais qui va en enfer ; il pousse à la tristesse, comme ce jeune homme riche de l’Evangile qui refuse de tout donner pour suivre le Seigneur ; il rend inquiet comme Picsou qui vérifie sans cesse et toujours ses comptes en banque et ses coffres. Saint Jean Chrysostome dit : «  le riche, même quand il n’éprouve aucune perte, a peur d’en éprouver ». Il peut entrainer conflits et destructions des liens les plus forts, lors des héritages par exemple. «  La cupidité est une idolâtrie » nous dit Saint Paul (Col3,5 ; Eph5,5) et nous savons combien l’attrait du profit est la cause également d’injustice, de haine, de guerres et de malheurs planétaires. Quand les trois cent cinquante personnes les plus riches de la planète représentaient en 1998 un patrimoine supérieur au revenu annuel de la moitié de la population, l’injustice crie vengeance !

Notons que ce besoin de posséder peut toucher également le temps, les services et même la vie spirituelle. Une vie chrétienne doit prévoir le don de son temps régulièrement.

Quel remède appliquer ?

Tout d’abord, ne pas négliger ce péché dont on pense rarement qu’il nous concerne si nous n’avons rien volé. C’est oublier que l’on peut être honnête mais trop près de son portefeuille. Ensuite, se rappeler que si l’argent vient de notre travail, il n’ que si l’argent vient de notre travail, il n’en reste pas moins un bien que Dieu nous donne en gérance et qu’il nous faut administrer en vue de notre salut.

Sachons pratiquer la sobriété et lever le pied pour être en famille, donner de sa personne, notamment le dimanche qui permet de recentrer notre vie sur l’essentiel.
Pratiquer la confiance également : la thésaurisation marque souvent une désespérance de la Providence.

Soyons généreux : pour mémoire l’Ancien Testament demande de verser la dîme i.e. le dixième de ses revenus, cela fait réfléchir !
Ne pas se dire, « je donnerai quand j’aurai assuré le nécessaire », sinon la vieille veuve n’aurait jamais mis les deux piécettes dans le tronc du Temple, ce qui lui vaut les louanges du Christ.

Enfin, méditer sur la Croix qui est la pauvreté extrême : en donnant sa vie pour nous, Jésus a tout donné ! Plaçons-nous face à l’éternité, la mort remet les compteurs à zéro.

Amen










 

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