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Homélie pour le 4ème dimanche du temps ordinaire 2017 (JGA)

  Publié le samedi 4 mars 2017 , par Philippe Roy

La joie parfaite.

Certains passages de cette homélie sont repris de "La charité parfaite et les béatitudes" du Père dominicain Réginald Garrigou-Lagrange publié dans le n°196 de "La vie spirituelle" de janvier 1936.


La page de l’évangile que nous venons d’écouter exprime admirablement toute l’élévation de la perfection chrétienne, à laquelle Jésus nous appelle tous. Le Sermon sur la Montagne est l’abrégé de la doctrine chrétienne, la promulgation solennelle de la Loi nouvelle, donnée pour parfaire la loi mosaïque et en corriger les interprétations abusives et les huit béatitudes énoncées au début sont l’abrégé de ce sermon. Elles condensent ainsi d’une façon admirable tout ce qui constitue l’idéal de la vie chrétienne et en montrent toute l’élévation.

La première parole de Jésus dans sa prédication est pour promettre le bonheur, et nous indiquer les moyens pour y parvenir. Pourquoi parler tout d’abord du bonheur ? Parce que tous les hommes désirent naturellement être heureux ; c’est le but qu’ils poursuivent sans cesse, quoiqu’ils veuillent ; mais bien souvent ils cherchent le bonheur où il n’est pas, là où ils ne trouveront que misère.
Écoutons le Seigneur, qui nous dit où est le bonheur véritable et durable, où est la fin de notre vie, et qui nous donne les moyens pour y parvenir.

Cette fin est indiquée en chacune des huit béatitudes. C’est, sous divers noms, la béatitude éternelle, dont les justes dès ici-bas peuvent goûter le prélude ; c’est le royaume des cieux, la terre promise, la parfaite consolation, le rassasiement de tous nos désirs légitimes et saints, la suprême miséricorde, la vue de Dieu, notre Père.
Les moyens sont à l’encontre de ce que nous disent les maximes de la sagesse du monde, qui propose un tout autre but.

Tandis que le monde dit : le bonheur est dans l’abondance des biens extérieurs, de la richesse, dans les honneurs, Notre-Seigneur dit, sans autre précaution, avec l’assurance calme de la vérité absolue : «  bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ».
Tandis que le désir des richesses divise les hommes, engendre querelles, procès, violences, guerre même entre les nations, Jésus dit : « bienheureux les doux, car ils posséderont la terre ». Bienheureux ceux qui ne s’irritent pas contre leurs frères, qui ne cherchent pas à se venger de leurs ennemis, à dominer les autres. « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui encore l’autre » (Mt.5, 38). Bienheureux les doux, qui ne jugent pas témérairement, qui ne voient pas dans le prochain un rival à supplanter, mais un frère à aider, un enfant du même Père céleste.
Tandis que le monde dit : le bonheur est dans les plaisirs, Jésus dit encore : « bienheureux ceux qui pleurent, parce qu’ils seront consolés ». Il est dit de même au mauvais riche : «  Tu as reçu tes biens en ce monde, et Lazare le mendiant a reçu ses maux ; c’est pourquoi il est consolé, et tu es dans les tourments » (Lc.16, 25). Bienheureux ceux qui, comme le mendiant Lazare, souffrent avec patience, sans consolation du côté des hommes ; leurs larmes sont vues de Dieu.
Tandis que l’homme d’action, qui se laisse emporter par l’orgueil, dit : bienheureux celui qui vit et agit comme il veut, n’est soumis à personne, et s’impose aux autres. Jésus dit : « bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés  ». La justice, au grand sens du mot, consiste à rendre à Dieu ce qui lui est dû. « Quand les hommes sont en état de péché, ils n’éprouvent point cette faim spirituelle ; quand ils sont purs de tout péché, alors ils la sentent » (Saint Thomas d’Aquin, Commentaires sur l’évangile de Saint Matthieu).

« Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ». Le Seigneur rendra le centuple à ceux qui donnent un verre d’eau par amour pour lui, à ceux qui appellent à leur table les pauvres, les estropiés, les aveugles, dont il est parlé dans la parabole des invités. Le chrétien doit être heureux de donner, plus que de recevoir.
« Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu  ». Il ne dit pas : bienheureux ceux qui ont reçu une puissante intelligence, qui ont le loisir et les moyens de la cultiver, non, mais : bienheureux ceux qui ont le cœur pur, fussent-ils naturellement moins doués que beaucoup d’autres. S’ils ont le cœur pur, ils verront Dieu. Un cœur vraiment pur est comme l’eau limpide d’un lac où l’azur du ciel se reflète, ou comme un miroir spirituel où se reproduit l’image de Dieu. Mais pour que le cœur soit vraiment pur, une généreuse mortification s’impose : «  Si ton œil te scandalise, arrache-le ; si ta main droite est pour toi une occasion de chute, coupe la » (Mt. 5, 29-30).
« Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés les enfants de Dieu  ».
Enfin, la huitième béatitude, la plus parfaite de toutes : «  Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux  ». Cette parole surprenante n’avait jamais été entendue. Non seulement elle promet le bonheur futur, mais elle dit qu’on doit s’estimer heureux au milieu même des afflictions et persécutions souffertes pour la justice. Béatitude toute surnaturelle qui n’est pratiquement comprise que par les âmes éclairées de Dieu. Cette béatitude s’applique à ceux qui, convertis à une vie meilleure, ne trouvent qu’opposition dans leur milieu ; elle s’applique aussi à l’apôtre dont l’action est entravée par ceux-là mêmes qu’il veut sauver, lorsqu’on ne lui pardonne pas d’avoir dit trop nettement la vérité évangélique. Des pays entiers endurent parfois cette persécution, telle la Vendée sous la Révolution française, à d’autres époques l’Arménie, la Pologne, le Mexique, et aujourd’hui la Syrie .
Cette béatitude est la plus parfaite parce qu’elle est celle de ceux qui sont le plus marqués à l’effigie de Jésus crucifié pour nous. Rester humble, doux, miséricordieux : au milieu de la persécution, à l’égard même des persécuteurs, et, dans cette tourmente, non seulement conserver la paix, mais la donner aux autres, c’est vraiment la pleine perfection de la vie chrétienne. Tous les saints n’ont pas été des martyrs, mais ils ont, à des degrés divers, souffert persécution pour la justice, et ils ont connu quelque chose de ce martyre du cœur qui a fait de Marie la Mère des douleurs. Jésus insiste sur la récompense promise à ceux qui souffrent ainsi pour la justice : « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux  ». De cette parole est née dans l’âme des apôtres le désir du martyre, qui inspirait les sublimes paroles d’un saint André, d’un saint Ignace d’Antioche. Saint Thomas dit même de ces béatitudes : « sont comme le prélude de la béatitude future ».

Comme saint François allait une fois de Pérouse à Sainte-Marie des Anges avec frère Léon, au temps d’hiver, et que le froid très vif le faisait beaucoup souffrir, il appela frère Léon qui marchait un peu en avant, et parla ainsi : « O frère Léon, alors même que les frères Mineurs donneraient en tout pays un grand exemple de sainteté et de bonne édification, néanmoins écris et note avec soin que là n’est pas la joie parfaite ».
Et saint François, allant plus loin, l’appela une deuxième fois : « O frère Léon, quand même le frère Mineur ferait voir les aveugles, redresserait les contrefaits, chasserait les démons, rendrait l’ouïe aux sourds, le marcher aux boiteux, la parole aux muets, et, ce qui est plus grand miracle, ressusciterait des morts de quatre jours, écris qu’en cela n’est point la joie parfaite ».
Marchant encore un peu, saint François s’écria d’une voix forte : « O frère Léon, si le frère Mineur savait toutes les langues et toutes les sciences et toutes les Écritures, en sorte qu’il saurait prophétiser et révéler non seulement les choses futures, mais même les secrets des consciences et des âmes, écris qu’en cela n’est point la joie parfaite ».
Allant un peu plus loin, saint François appela encore d’une voix forte : « O frère Léon, petite brebis de Dieu, quand même le frère Mineur parlerait la langue des Anges et saurait le cours des astres et les vertus des herbes, et que lui seraient révélés tous les trésors de la terre, et qu’il connaîtrait les vertus des oiseaux et de poissons, de tous les animaux et des hommes, des arbres et des pierres, des racines et des eaux, écris qu’en cela n’est point la joie parfaite ».
Et faisant encore un peu de chemin, saint François appela d’une voix forte : « O frère Léon, quand même le frère Mineur saurait si bien prêcher qu’il convertirait tous les fidèles à la foi du Christ, écris que là n’est point la joie parfaite ».
Et comme de tels propos avaient bien duré pendant deux kilomètres, frère Léon, fort étonné, l’interrogea et dit : « Frère, je te prie, de la part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite. »
Et saint François lui répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie des Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu’il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres ; allez-vous-en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu’il nous fera rester dehors dans la neige et dans la pluie, avec le froid et la faim, jusqu’à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d’injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.
Et si nous persistons à frapper, et qu’il sorte en colère, et qu’il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets, en disant : « Allez-vous-en d’ici, misérables petits voleurs, allez à l’hôpital car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.
Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et supplions pour l’amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu’il dise, plus irrité encore : « Ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et qu’il sorte avec un bâton noueux, et qu’il nous saisisse par le capuchon, et nous jette à terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe avec ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu’en cela est la joie parfaite.
Et enfin, écoute la conclusion, frère Léon : au-dessus de toutes les grâces et dons de l’Esprit Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi¬-même, et de supporter volontiers pour l’amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités ; car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons-nous glorifier, puisqu’ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon que dit l’Apôtre : « Qu’as-tu que tu ne l’aies reçu de Dieu ? Et si tu l’as reçu de lui, pourquoi t’en glorifies-tu comme si tu l’avais de toi-même ? » (1 Co 4, 7). Mais dans la croix de la tribulation et de l’affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c’est pourquoi l’Apôtre dit : « Je ne veux point me glorifier si ce n’est dans la croix de Notre Seigneur Jésus Christ  » (Ga 6, 14).

A qui soit toujours honneur et gloire dans les siècles des siècles.

Amen.










 

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