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Homélie pour le 8ème dimanche du temps ordinaire 2017 (JGA)

  Publié le samedi 11 mars 2017 , par Philippe Roy

Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.

Apprenons cette attitude de l’âme pauvre, qui sait tendre l’oreille et le cœur vers son Seigneur, et recevoir chaque jour ce dont elle a besoin pour elle-même, pour sa famille, pour sa communauté. Si ce détachement nous habite, alors nous pourrons accomplir nos tâches quotidiennes, nos engagements matériels qui sont si nécessaires, avec la liberté des enfants de Dieu.


Avec toute l’Église, nous écoutons ce dimanche une partie du Discours sur la montagne (Mt 6, 24-34), qui nous invite à mettre toute notre confiance dans la Providence divine.

Un verset donne la clé de tout ce que le Christ nous dit ce dimanche : «  où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21). Il dénonce ainsi l’idolâtrie de l’argent, lorsque le trône de notre cœur, réservé pour Dieu, est usurpé par les intérêts matériels. Nous sommes parfois étonnés, en lisant l’Ancien Testament ou l’histoire antique, des multiples formes d’idolâtrie, de ces divinités étranges et pittoresques devant lesquelles les hommes pliaient le genou, nous rions volontiers de l’épisode du veau d’or (Ex. 32) et nous aurions tendance à croire que l’humanité est devenue adulte, enfin libérée de ces esclavages : rien n’est plus faux.

Notre cœur a toujours tendance à révérer des réalités plus palpables qu’un Dieu transcendant, et l’argent occupe souvent cette première place qui devrait Lui revenir. Le Catéchisme le dénonce en ces termes : « L’idolâtrie ne concerne pas seulement les faux cultes du paganisme. Elle reste une tentation constante de la foi. Elle consiste à diviniser ce qui n’est pas Dieu. Il y a idolâtrie dès lors que l’homme honore et révère une créature à la place de Dieu, qu’il s’agisse des dieux ou des démons (par exemple le satanisme), de pouvoir, de plaisir, de la race, des ancêtres, de l’État, de l’argent, etc. ».
L’alternative est claire, notre cœur ne peut avoir qu’un maître et doit choisir entre Dieu et l’argent, qui sont incompatibles : «  il haïra l’un et aimera l’autre…  ». L’expression qu’il utilise pour désigner son propre concurrent est mystérieuse : « Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent [μαμωνᾷ, mamôna] » (Mt 6,24).
Le pape Benoît XVI nous en offre une explication : « Mammon est un terme d’origine phénicienne qui évoque la sécurité économique et le succès dans les affaires ; nous pourrions dire que dans la richesse est indiquée l’idole à laquelle on sacrifie toute chose pour atteindre sa propre réussite matérielle et ainsi cette réussite économique devient le vrai dieu d’une personne. Une décision fondamentale est donc nécessaire entre Dieu et Mammon, il faut choisir entre la logique du profit comme ultime critère de notre action et la logique du partage et de la solidarité  ».

Jésus nous pose personnellement deux questions. Dans le concret de notre existence, la vie vaut-elle plus que le vêtement, ou bien consacrons-nous le plus clair de nos énergies à satisfaire notre confort physique et notre sécurité matérielle ? Le corps vaut-il plus que le vêtement ou bien sommes-nous surtout préoccupés d’être reconnus professionnellement, socialement, voire ecclésialement au lieu de nous contenter, comme saint Paul, d’être «  regardés seulement comme les serviteurs du Christ » (deuxième lecture) ?

Aujourd’hui, nos comportements et nos convictions les plus intimes sont modelés par la logique d’une “société de consommation” , qui non seulement nous endort dans un doux sommeil hédoniste, mais réclame de plus une légitimité sans borne au nom du progrès social, en faisant passer pour nécessaires des désirs tout à fait superflus, au mépris de la simplicité de vie et du partage fraternel. Peu de nous y échappent : matériel électronique sans cesse plus performant, voyages, sorties, sports de l’extrême, multiplicité de résidences, placements en tous genres, etc. Pour le dire en deux mots, tout nous pousse à “dépenser toujours plus”, pour entretenir une croissance économique essoufflée qui est devenue le seul but de nos efforts communs, la seule perspective de nos pensées politiques.
Plus nous perdons la dimension spirituelle de notre vie, plus nous nous cramponnons frénétiquement à des sécurités matérielles.

Mais Jésus ne se borne pas à dénoncer cette idolâtrie de l’argent : il nous donne aussi un moyen de la dépasser, qui est la confiance en la Providence.
Lorsque son doigt désigne les oiseaux du ciel et les lis des champs, il nous offre une voie très concrète pour nous libérer. Il semble choqué par notre attachement aux soucis du monde, qui nous rendent aveugles aux réalités plus hautes. Il ne s’agit pas de nous désintéresser totalement des nécessités matérielles. Il s’agit de les remettre à Dieu avec la certitude qu’il pourvoira à ce qui est nécessaire. Notre cœur a besoin de sécurité, certes, mais notre manque de vision surnaturelle, à nous les “hommes de peu de foi”, nous pousse à calmer cette inquiétude par ces drogues illusoires que sont les appuis matériels.

Dieu seul est notre vraie sécurité, comment l’oublions-nous si facilement ? Comment pouvons-nous penser, dans la pratique, qu’il ne s’intéresse pas à nos nécessités vitales, et chercher à les résoudre tout seuls ?

L’argument est très fort et Bossuet l’a repris ainsi : «  Depuis les plus grandes jusqu’aux plus petites créatures, sa Providence se répand partout ; elle nourrit les petits oiseaux qui l’invoquent dès le matin par la mélodie de leur chant ; et ces fleurs, dont la beauté est si tôt flétrie, elle les habille si superbement durant ce petit moment de leur vie, que Salomon dans toute sa gloire n’a rien de comparable à cet ornement. Vous, hommes, qu’il a faits à son image, qu’il a éclairés de sa connaissance, qu’il a appelés à son royaume, pouvez-vous croire qu’il vous oublie et que vous soyez les seules de ses créatures sur lesquelles les yeux toujours vigilants de sa providence paternelle ne soient pas ouverts ? » (Sermon sur la providence, prêché au Louvre en 1662).

Aucun doute que Mère Teresa fut un extraordinaire exemple de cette confiance absolue en la Providence, souvent héroïque. On sait que ses œuvres de charité demandaient énormément de moyens financiers et matériels ; mais elle a toujours refusé les subventions publiques, voire même de concevoir un budget à court terme.

En voici une description frappante : « C’est avec une vieille machine à écrire que deux sœurs font tout le travail administratif pour une œuvre de secours particulièrement efficace qui compte 4 600 religieuses sur tous les continents et dans la seule Inde plus de 170 écoles, asiles pour sans-abri et villages de lépreux… Je ne pense jamais à l’argent, avait-elle l’habitude de dire en riant et en haussant les épaules. Il arrive toujours. C’est le Seigneur qui nous l’envoie. Nous accomplissons son œuvre, il s’occupe des moyens. S’il ne nous donne pas, c’est qu’il ne souhaite pas cette œuvre. Pourquoi donc s’énerver ? » (Mère Teresa de Christian Feldmann, saint Augustin 2002, p. 45-46).

Apprenons donc cette attitude de l’âme pauvre, qui sait tendre l’oreille et le cœur vers son Seigneur, et recevoir chaque jour ce dont elle a besoin pour elle-même, pour sa famille, pour sa communauté. Si ce détachement nous habite, alors nous pourrons accomplir nos tâches quotidiennes, nos engagements matériels qui sont si nécessaires, avec la liberté des enfants de Dieu.
Jésus souhaite nous faire comprendre que Dieu nous aime, que Dieu est notre Père, et que alors nous devons mettre notre confiance en Lui d’une manière absolue... c’est Amour et cette confiance peuvent changer notre vie.

« Il y a quelque chose de changé dans une âme le jour où elle a compris qu’elle était aimée personnellement de Dieu. Elle est une poussière infime dans la multitude innombrable des êtres. Et cependant, l’Amour Infini de Dieu se penche sur elle comme si elle était seule au monde » (Mgr. Émile Guerry, Vers le Père, Parole et Silence, 1999, p. 105).

Jérusalem disait : «  Le Seigneur m’a abandonnée, mon Seigneur m’a oubliée. »
Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne l’oublierai pas, dit le Seigneur.

Ainsi soit-il.










 

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