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Homélie pour le dimanche de l’Epiphanie 2017 (JGA)

  Publié le dimanche 8 janvier 2017 , par Philippe Roy

Aujourd’hui nous pouvons nous mettre à la place des rois mages et faire la même démarche ; notre feuille de route est tracée : chercher les signes de l’action de Dieu aujourd’hui, se mettre en marche (accepter de changer), rencontrer le Messie, lui offrir le trésor de notre vie, de notre liberté, de notre amour et repartir chez nous transformés par un autre chemin.


Un enfant est né à Bethléem : il ne parle pas encore, il dort blotti contre sa mère, le silence l’enveloppe. Jésus ne fait rien de particulier pour se manifester, si ce n’est de naître et de s’abandonner aux soins de Marie et Joseph. Et pourtant tout se met en mouvement vers lui : les bergers, l’étoile, les païens.

Matthieu insiste pour montrer que sa naissance est l’accomplissement des prophéties : Bethléem est le lieu indiqué par Michée et l’épisode des mages accomplit l’oracle d’Isaïe de la première lecture («  les rois marcheront vers ta lumière... apportant l’or et l’encens  »). Les Pères de l’Église ont souvent décrit ces mages comme des “chercheurs de Dieu” : des hommes qui n’ont pas reçu la Révélation mais qui suivent en eux le désir de voir Dieu, motivés par la contemplation des choses créées.
Voici comment Saint Léon le Grand nous les présente : «  Trois mages des pays de l’Orient voient apparaître une étoile d’une clarté nouvelle plus brillante, plus belle que les autres astres, elle attire aisément les regards et captive les cœurs de ceux qui l’observent ; ils comprennent d’emblée qu’une chose si extraordinaire n’est pas sans portée. Celui qui suscite ce signe en donne l’intelligence à ceux qui le voient ; ce qu’il leur fait comprendre, il les fait chercher, et il les fait chercher pour se laisser trouver ».

En cette fête de l’Épiphanie, les mages offrent trois présents à l’enfant qui vient de naître. Or visiblement, il n’en a aucun usage immédiat ! Il eût mieux valu donner des vêtements chauds, une chambre à l’auberge…
La question redouble quand on fait attention au terme grec utilisé pour ces fameux cadeaux des mages : δῶρον (dōron). Dans le Nouveau Testament, il y a 19 usages de ce mot, essentiellement pour désigner des offrandes faites à Dieu lui-même.
Par exemple : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande » (Mt 5, 23-24).
Première indication donc : Mathieu veut nous dire que les mages reconnaissent déjà la divinité de cet enfant, puisqu’ils lui font des présents comme si c’était le Dieu du Temple de Jérusalem. Étonnant !
Leurs trois présents ont une signification symbolique. Saint Hilaire interprète ainsi leurs trois cadeaux : « L’offrande des présents a exprimé l’être du Christ dans toute sa signification, en reconnaissant le roi dans l’or, le Dieu dans l’encens, l’homme dans la myrrhe. Et, par la vénération des mages, se réalise pleinement la connaissance de l’ensemble du mystère, de la mort chez l’homme, de la résurrection chez Dieu, du pouvoir de juger chez le roi ».
Nous pouvons aussi découvrir dans ces cadeaux des rois mages la manifestation de Jésus comme roi, prêtre et prophète.
L’or désigne la royauté étonnante de cette enfant, annoncée par les prophètes, accomplie de manière déroutante sur la croix. Cette royauté est devenue celle des baptisés qui eux aussi, le Christ vivant en eux, exercent leurs responsabilités, leur pouvoir, leur profession comme un service royal.
L’encens désigne la prêtrise exercée par le Christ, puisque les parfums d’encens brûlaient sur l’autel du Temple lorsque les prêtres offraient des sacrifices. Or le Christ s’est offert lui-même au lieu des animaux. C’est de ce sacerdoce dont vivent les baptisés dans le Christ, faisant de leur existence «  une vivant offrande à la louange de la gloire de Dieu » (prière eucharistique n° 4). Le sacerdoce commun des baptisés consiste à s’offrir soi-même en présent pour ceux qu’on aime et plus encore pour ceux que nous n’arrivons pas à aimer ou qui ne nous aiment pas.
La myrrhe est un produit funéraire pour embaumer les corps. Elle annonce symboliquement, prophétiquement, l’ensevelissement de Jésus, après la croix, cette déchéance inacceptable pour les Juifs comme pour les Romains ou pour le Coran. Offrir de la myrrhe à un enfant serait une faute de goût si le bois de la mangeoire n’annonçait pas déjà celui de la croix. Cette capacité prophétique à discerner ce qui est en jeu dans le présent est devenue celle des baptisés.

Les Mages ont apporté leurs trésors à l’enfant, les trésors de leurs pays et leur savoir-faire. Et nous, qu’allons-nous apporter comme trésors à l’autel de la crèche ?
A Noël, on a encore coutume, et on a raison, de dire que « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu  » (Irénée de Lyon). Aujourd’hui nous pouvons nous mettre à la place des rois mages et faire la même démarche ; notre feuille de route est tracée : chercher les signes de l’action de Dieu aujourd’hui, se mettre en marche (accepter de changer), rencontrer le Messie, lui offrir le trésor de notre vie, de notre liberté, de notre amour et repartir chez nous transformés par un autre chemin (à l’image des mages). Avec le pain et le vin, dans cette eucharistie, offrons nous aussi à l’enfant nouveau-né notre vie afin que cette célébration soit vraiment une manifestation, une épiphanie du Christ dans notre existence transformée.

L’Épiphanie (manifestation) du Christ aux mages montre clairement que les païens peuvent rencontrer le Christ, et revenir chez eux “par un autre chemin”, c’est-à-dire profondément transformés par cette rencontre.
Une seule ombre au tableau de Noël : la ville de Jérusalem, aux mains du tyran Hérode, ne se réjouit pas… La peur, l’attachement au pouvoir avec ses privilèges et sa corruption, l’empêchent de participer à ce mouvement universel vers la joie. Benoît XVI l’explique ainsi : « Celui qui n’a pas reconnu, c’est Hérode, qui ne comprit rien quand on lui parla de l’enfant mais qui se laissa aveugler par sa soif de pouvoir et la folie de persécution qu’elle entraîne. Celui qui ne le reconnut pas, ce furent les docteurs, les biblistes, les spécialistes de l’herméneutique qui connaissaient précisément le passage de la Bible et cependant ne comprenaient rien (…) Mais qu’en est-il de nous ? Sommes-nous si éloignés de l’étable parce que nous sommes trop raffinés et trop intelligents pour cela ? (…) ne sommes-nous pas trop enfermés à « Jérusalem », au palais, en nous, dans notre superbe, ou dans notre peur de la persécution (…)  ».

Amen.










 

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