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Intérêt général et bien commun

  Publié le mardi 12 mars 2013 , par Falk Van Gaver

Par Philippe Conte, responsable de la Commission Environnement et Modes de vie de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon


Comme moteur de l’action politique et sociale, la doctrine sociale catholique distingue depuis toujours la recherche du bien commun et celle de l’intérêt général. Il est assez facile de voir la profonde différence entre ces deux concepts, mais il est encore plus intéressant de déceler dans les décisions concrètes au jour le jour lesquelles ressortent de l’un ou l’autre de ces deux principes.

La recherche de l’intérêt général s’inscrit dans le paradigme de la société libérale. On suppose alors qu’une arithmétique assez simple, assurant la combinaison des différents intérêts particuliers, permet d’atteindre l’objectif. Les premiers philosophes libéraux allaient même plus loin ; lorsque que Bernard Mandeville écrit la fable des abeilles en 1714, son argument décisif consiste dans la démonstration que ce sont les vices privés qui forment l’intérêt public et qu’au contraire la vertu individuelle détruit la prospérité de la nation ! On voit par là combien cela est étranger au catholicisme ! Comment croire en effet que le bien puisse provenir du mal ?

Il est facile de reconnaître cette conception dans le consumérisme dominateur de notre société post-moderne qui s’appuie radicalement sur l’assouvissement des appétits. Ainsi on comprend mieux pourquoi la publicité, et les valeurs qu’elle promeut, poussent systématiquement au renforcement des vices individuels. Pour être un peu polémique, on peut affirmer que la « boboïtude » est paradigmatique de cette vision du monde et que le dérèglement moral de nos sociétés y est ancré si profondément, qu’il est illusoire d’imaginer en « sortir » sans une remise en cause préalable des « structures de péchés » qui le renforcent en permanence.

Une autre conséquence des décisions concrètes fondées sur la physique des intérêts particuliers est le raccourcissement du temps. En effet, il s’agit in fine d’une opération assez simple dans laquelle il suffit d’additionner les différents points de vue affectés d’un coefficient multiplicateur correspondant à la puissance du groupe qui soutient celui-ci ou celui-là. Foin du long terme ! La concaténation immédiate des intérêts « produit » automatiquement la décision.

A l’inverse de ce type de processus est la recherche du bien commun. Le Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise précise : le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. Étant à tous et à chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu’il n’est possible qu’ensemble de l’atteindre, de l’accroître et de le conserver, notamment en vue de l’avenir (§164).

Y parvenir nécessite de prendre en compte le point de vue de chacun, point de vue lui-même éclairé par les vertus cultivées en privé. A partir de cette première approche, de rechercher par le raisonnement et la discussion, le consensus le plus large. Si en dernier recours ce consensus ne peut être acquis, il revient alors à l’autorité légitime de trancher et d’arrêter la décision.

Exercice pratique

Comme évoqué plus haut, il est particulièrement instructif de discerner dans les options les plus techniques la trace de ces deux visions opposées. Deux décisions récentes en matière de politique du transport vont servir d’illustration à notre propos.

Les inconvénients liés à la massification du transport routier au détriment des autres modes de communication sont connus depuis des années. Pollutions locales (bruit, gaz d’échappement, impact sur la faune et la flore des infrastructures), pollution générale (émissions de gaz à effet de serre), conditions de travail et rémunération problématique des travailleurs du secteur, sécurité routière, etc… Pour y obvier les « décideurs » ont, depuis longtemps déjà, opté pour un encouragement à des modes de transport alternatifs, essentiellement ferroviaires et fluviaux. Il semblait que la cause était entendue, au moins à entendre les discours. La mise en œuvre concrète était manifestement plus complexe !

Il se trouve cependant que l’algorithme de résolution qui est le même tant à Bruxelles qu’à Paris a produit récemment deux décisions « abracadabrantesques » ! Le ministère du transport vient d’autoriser la circulation de camions lourds de 44 tonnes (décret du 6 décembre 2012) tandis que la commission européenne, pour sa part, a donné le feu vert à des super camions de 60 tonnes (circulaire du 13 juin 2012), de véritable trains sur route, qui pourront donc bientôt traverser notre pays avec les conséquences qu’on imagine facilement, particulièrement en matière de sécurité !

De plus, ces deux décisions quasiment concomitantes vont encore accroître la compétitivité du transport routier alors que celle-ci repose essentiellement sur l’externalisation massive des coûts par cette branche de l’économie. Cela permettra également aux différents acteurs économiques de bénéficier de ces externalités pour jouer à fond la carte des avantages concurrentiels des différentes régions européennes et exacerber la concurrence intra-communautaire.

Deux décisions marquées donc par un utilitarisme à courte vue, guidées par les intérêts immédiats fondés eux-mêmes sur des exigences particulières et transitoires.











 
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