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La Diaconie de l’Eglise de Fréjus Toulon

  Publié le lundi 5 novembre 2007 , par Yann de Rauglaudre

Le 31 mai 1982, à l’occasion de la fête de la Visitation, Mgr Gilles Barthe, évêque de Fréjus-Toulon, institue la Diaconie dans le Var.
Cet article est la reprise du dossier du mensuel Eglise de Fréjus-Toulon n° 110 - août-septembre 2007.


L’utilisation de ce mot "diaconie", repris du langage courant du Nouveau Testament, eut pour effet d’obliger les chrétiens à relire la Parole de Dieu, pour l’actualiser dans le quotidien de leur vie. Au lieu d’inventer un mot nouveau, utiliser celui de "diaconie" lui a redonné visage et sens : comme terme générique désignant tous les ministères (1 Cor 12,5), comme apostolat missionnaire dans sa dimension de proclamation de l’Evangile (2 Co 3, 6), comme action caritative (Rom 12, 7 et 1 Cor 16, 15), comme libération (Ga 5, 13), en référence à la diaconie du Christ qui intervient dans les situations humaines les plus compromises, ou tout simplement comme illustration communautaire de l’attitude de Jésus, humble serviteur, lavant les pieds de ses disciples.

Invité à s’exprimer, cinq ans plus tard, sur l’opportunité de cette institution, monseigneur Barthe le faisait en ces termes : "Il m’a semblé que la Diaconie pouvait favoriser la croissance d’une vraie charité
- en donnant un signe visible de la volonté de ce service par l’Eglise locale ;
- en demandant à la Diaconie, non pas d’absorber, mais de grouper autour d’elle les bonnes volontés individuelles ou collectives déjà engagées ou disposées à s’engager pour servir. La Diaconie doit être un instrument pour regrouper les forces dispersées ;
- en devenant une sorte de tête chercheuse pour détecter les besoins souvent cachés ou négligés. La Diaconie doit ainsi être l’outil de recherche scientifique de l’amour fraternel ;
- en purifiant la charité par une constante révision des méthodes et des attitudes à la lumière de la Parole de Dieu ; pour une vraie charité qui ne "se penche" pas sur les pauvres, mais leur tend une main fraternelle qui n’enlève pas les responsabilités mais les éveille ;
- en gardant la conviction que la défense de la justice est la première étape de la charité. La diaconie dépasse sur ce terrain la charité facile, même généreuse."

Une lettre de mission comme cadre

Le 21 novembre 1982 l’évêque prononce une "lettre de mission" qui dessine les contours de la Diaconie et rappelle que celle-ci doit être l’œuvre de toute l’Eglise : "La Diaconie s’exercera d’une manière toute particulière dans le sens de cette affirmation des Pères conciliaires : "Notre sollicitude veut s’étendre aux plus humbles, aux plus pauvres, aux plus faibles ; comme le Christ, nous nous sentons émus de compassion à la vue de ces foules qui souffrent de la faim, de la misère, de l’ignorance ; nous nous sentons solidaires de tous ceux qui, faute d’une entraide suffisante, n’ont pu parvenir à un développement vraiment humain." En conséquence, votre mission sera de montrer d’une façon visible que l’Eglise veut réaliser ces paroles des Pères conciliaires.

Elle comportera :

Une mission de communion

Cette communion suppose des rencontres entre tous ceux, parmi les chrétiens, qui oeuvrent pour soulager la misère dans l’ordre caritatif et social, depuis le Secours Catholique, les Conférences Saint Vincent de Paul, jusqu’au Nid. Vous étendrez ce désir de communion à tous ceux qui, autour de vous, dans les œuvres non confessionnelles, s’efforcent de faire triompher dans la vie des hommes, les principes de l’Evangile, comme ATD Quart Monde par exemple. Vous aurez à favoriser ces rencontres pour que l’exercice des activités "caritatives se fasse dans un esprit vraiment évangélique et que le plus grand nombre de misères soient secourues en suscitant, s’il le faut, de nouvelles initiatives charitables". Une mission de réflexion apostolique

Il ne suffit pas de faire la charité sous forme d’aumône. Il faut chercher les causes de la misère, les analyser et trouver les moyens d’y porter remède. Dans ce domaine, vous travaillerez avec tous ceux qui partagent les mêmes soucis et veulent réaliser une action efficace pour que les plus déshérités de ce monde puissent accéder aux biens élémentaires d’un habitat décent, d’une instruction qui leur permette une insertion sociale et, avec la grâce de Dieu, d’une lumière évangélique qui atteigne leur intelligence et leur cœur. Une mission d’éducation évangélique

La Diaconie de l’Eglise ne doit pas être assimilée à une aide philanthropique. Elle a pour but d’aider ceux qui sont dans le besoin à faire face eux-mêmes à leurs difficultés et à s’organiser entre eux, pour sortir, par leurs propres efforts, de leur situation d’oppression ou de malheur. C’est pourquoi vous soutiendrez leur lutte sans prendre la place qui leur revient. Vous engagerez toute votre personne au service de ces frères plus démunis, leur consacrant vos facultés intellectuelles et morales dans l’esprit de l’Evangile. Vous créerez, avec d’autres, une instance où les pauvres seront partie prenante de l’Eglise. Une mission de rayonnement

La Diaconie à laquelle vous participez doit être l’œuvre de toute l’Eglise. Il est important que les divers mouvements d’action catholique s’intéressent aux plus pauvres, que les paroisses elles-mêmes ne négligent pas ce devoir primordial de l’Eglise du Christ. Vous aurez à les interpeller.

25 ans : une période de croissance

- Le 30 janvier 1984, monseigneur Joseph Madec confère à la Diaconie "un statut canonique" : l’association diocésaine devient le support juridique de la Diaconie, ce qui, en d’autres termes, signifient que les actions initiées par la diaconie engagent le diocèse. Et durant tout son épiscopat Mgr Madec encourage la Diaconie à prendre toute sa mesure dans la vie associative, l’animation des communautés chrétiennes, l’action sociale et caritative, la vie des quartiers et l’action pastorale auprès des blessés de la vie, etc.

- En 2001, monseigneur Dominique Rey nouvel évêque de Fréjus-Toulon, confirme cette initiative de la Diaconie et la dote d’un outil de gouvernement qu’il préside lui-même : le comité épiscopal de la Diaconie.

- En août 2002, il publie une lettre pastorale "servir dans l’Eglise : bénévolat et Diaconie dans le diocèse de Fréjus-Toulon". Il y précise :

"La diaconie est une manière originale d’habiter la solidarité et d’animer la vie associative. A l’intérieur même des activités, animées par la diaconie, une charte pourra définir l’esprit de service, les régulations internes pour travailler en réseau, gérer les conflits, communiquer en interne, animer le bénévolat, ressaisir le projet diaconal de manière prospective, afin que la diaconie rayonne tout autant par ce qu’elle "est" que par ce qu’elle "fait". Les principes humanistes et évangéliques qui inspirent l’action de service, doivent présider en interne au fonctionnement de la diaconie."

- La publication en 2006 de l’encyclique de Benoît XVI "Deus caritas est" est un encouragement supplémentaire pour mettre en valeur cette action de la diaconie diocésaine. En effet pour la première fois, un texte pontifical rappelle de manière officielle, les fondements institutionnels et ecclésiaux de la diaconie "la diaconie, service de l’amour du prochain exercé d’une manière communautaire et ordonné a été instaurée dans la structure fondamentale de l’Eglise elle-même. Dans ce contexte, il peut être utile de faire référence aux structures juridiques primitives, concernant le service de la Charité dans l’Eglise. Vers le milieu du IV° siècle en Egypte, non seulement chaque monastère, mais aussi chaque diocèse finit par avoir sa diaconie, institution qui se développera ensuite en Orient comme en Occident..."

Que de fruits !

25 ans après sa fondation, la diaconie du Var reste un dispositif d’animation pastorale et sociale encore original en Europe, tant par ses initiatives que par la variété de ses acteurs. En effet, ce dispositif prend appui sur un réseau associatif qui pilote de nombreuses activités d’entraide sociale (accueils de jour pour sans abri, restaurant social, foyers d’hébergement, ateliers d’insertion, centres de soins, aide administrative, soutien scolaire, alphabétisation d’adultes, accueil de réfugiés, centre social et culturel, maisons de quartier, promotion familiale, interface psychiatrique, relais emploi, tourisme solidaire, formation, etc.).

Parallèlement à ce dispositif ou plutôt en croisement, se sont développées plusieurs aumôneries spécialisées auprès des gitans, des migrants, des sans abri, des prisonniers, des malades, des familles en deuil, des jeunes en difficultés… Une association publique de fidèles, "la Fraternité Saint Laurent", permet à ceux qui le désirent, de s’appuyer sur un réseau fraternel d’entraide spirituelle avec les personnes en difficulté pour prier ensemble, partager la parole de Dieu, et vivre de façon communautaire des pèlerinages, des retraites, etc.

Le réseau de la Diaconie concerne au quotidien près de 1500 bénévoles et plus d’une centaine de salariés. Il est composé de laïcs, de diacres, de prêtres et de religieuses. Chacun y trouve sa place d’une manière particulière. Les prêtres ont plutôt des fonctions d’aumôniers ou de conseillers spirituels. Ceux qui sont curés essaient de donner à leur paroisse la dimension diaconale indispensable, pour que la communauté s’ouvre aux pauvres et aux laissés pour compte. Les diacres participent à l’animation du réseau et sont porteurs d’une partie du projet diocésain. Les religieuses s’intègrent de manières diverses, en fonction du charisme de leur communauté (vie de quartier, présence, animation, service...). Les laïcs trouvent dans la diaconie une manière originale de vivre leur vocation baptismale.

C’est l’évêque qui préside la diaconie du Var. Compte tenu du contexte français de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la diaconie respecte le concept de “laïcité” en distinguant dans son action ce qui relève de l’action sociale menée en partenariat avec la société civile, et ce qui relève de l’action pastorale et spirituelle au sein des paroisses, services et mouvements du diocèse.

L’Union Diaconale du Var

Suite à la création de la diaconie du Var en 1982, est apparue la nécessité de créer une association chargée plus particulièrement de servir d’interface avec l’action publique en direction des plus démunis. Ainsi fut lancée l’Union Diaconale du Var (UDV). Aujourd’hui, elle regroupe 29 associations rassemblant plus de 650 bénévoles dont plus d’un tiers d’administrateurs, 150 salariés travaillant sur une trentaine de sites répartis sur tout le département. Son financement est assuré majoritairement par des fonds publics. Vue de l’extérieur, l’UDV représente le visage institutionnel de l’Eglise dans la cité, à travers un tissu associatif varié. Forte de ce réseau et de sa notoriété, l’UDV, incontournable dans l’action sociale du département, peut faire valoir la position de l’Eglise quant à la relation à la personne en difficulté. Elle joue ainsi son rôle de "bras séculier" de la diaconie en s’appuyant sur ses valeurs fondatrices qu’elle applique au service des plus démunis.

L’action publique vise essentiellement à étudier les "droits" d’une personne à accéder à une aide financière. Il s’agit là d’un travail certes indispensable, mais qui trouve ses limites s’il n’est pas adossé à un véritable accompagnement humain des personnes blessées par la vie. C’est ce que s’efforce de faire l’UDV, selon trois axes d’intervention :

- l’accès aux droits : conventionnées par les pouvoirs publics, les associations de l’UDV interviennent directement auprès d’un public défini comme "trop marginalisé" par les services publics pour être suivi par leurs structures tout au long de leur parcours d’insertion ;
- l’accès à la citoyenneté : pour la diaconie, et donc pour les associations de l’UDV, on ne peut "aider les pauvres" autrement qu’en "les rendant acteurs de la transformation de la société" ;
- l’accès à la convivialité : l’UDV propose une véritable "rencontre humaine" dans le plaisir d’être ensemble, de partager, d’échanger, dans des moments de fête, de lutte ou de réflexions. Il s’agit de compléter la lutte contre la misère matérielle par le combat contre la misère affective et relationnelle.

Par sa structure fédérée, l’UDV présente trois avantages : cohérence et synergie au sein d’un réseau, offre faite à la personne accueillie d’une diversité d’accompagnements articulés entre eux (aide d’urgence, accès aux droits, à la santé, au logement, à l’activité culturelle, au tourisme solidaire), économies d’échelle par la mutualisation des moyens de secrétariat, de comptabilité, de gestion administrative, de formation et de communication.

L’UDV est née au sein de la diaconie, en pleine communion avec l’engagement de l’Eglise locale. Elle n’est pas figée dans son organisation. Il est même certain qu’elle est appelée à évoluer, notamment grâce à la coopération étroite avec les autres services et mouvements diocésains engagés dans la solidarité.

Elle fêtera en 2008, ses 25 ans d’existence. Elle profitera de cet événement pour faire un bilan et tracer de nouvelles perspectives.










 
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