Fête
de la Trinité
année B
-
évangile : finale de saint Matthieu "Et moi, je suis avec vous
tous les jours jusqu’à la fin du monde !" MatT. 28, 2O
2ème lecture : l’Esprit que vous avez reçu
ne fait pas de vous des esclaves ; poussés par cet Esprit, nous
crions vers le Père : "Abba" ! Romains, 8, 14 - 17
C
hers amis, vous avez en face
de vous, trois magnifiques bouquets : ils sont composés de
mêmes couleurs, de la même vie, de la même eau ! Mais
ils sont différents. Dans la Trinité, : vous avez aussi
trois personnes différentes, mais qui s’aiment tellement,
qu’elles ne font plus qu’un ! Nous fêtons aujourd’hui la
Trinité. Et dans le mot "Trinité", il y a le mot "trois".
Le problème, c’est que hélas, dès qu’on parle de
la Trinité, tout de suite on voit un casse tête chinois,
une énigme, un rébus ! On dit bien : "Vous savez, c’est
un mystère : on n’y comprend rien !" Car, là-haut, ils
sont à la fois trois, et ils sont aussi "un". Mais un
mystère, ce n’est pas une obscurité. Au contraire.
Un
mystère, ce n’est pas une obscurité, mais au contraire
une super lumière qui nous éclaire sur tout le reste
Un mystère,
c’est exactement comme le soleil de nos plages sur nos bords de mer,
que les estivants vont bientôt venir chercher à
Hyères. Lorsqu’ils regardent le soleil, ils sont éblouis
; sans doute, ils fermeront les yeux, ils ne pourront pas supporter une
telle lumière. Mais grâce au soleil, ils pourront regarder
tout le reste. Eh bien Dieu, c’est pareil ; Il est un peu comme le
soleil ! On en est éblouis ; au départ, on ne peut pas
voir Dieu, dit la bible. Mais grâce à Lui, on peut tout
voir, grâce à notre Dieu.
Vivre
tout seul, ça serait de l’égoïsme !
Et vous savez, que dans le mot "Trinité, il y a le mot :
"trois", ça veut dire qu’ils sont plusieurs. pourquoi ? parce
qu’on ne peut pas vivre tout seul. Dieu n’est sûrement pas tout
seul . Seul, ça serait de l’égoïsme, frères
et sœurs ! On ne peut pas être tout seuls. Il ne peut pas
être non plus seulement "deux", car deux est un peu fermé.
Le cercle est vite parcouru. Il faut un troisième. Et regardez
dans votre vie, dans vos amours, c’est bien ça. Tenez, dans
votre couple, il y a deux personnes : vous me direz, "Mais il n’y en a
pas trois !" : si ! il y en en a trois : il y a votre amour, qui forme
une troisième personne. Votre amour, sans lequel vous ne seriez
pas là. Ou votre lien du passé, qui vous a fait tel que
vous êtes en ce moment.
Regardons bien : quand
on aime, on est "un", parce que amour unit.
Quand on aime, on est "deux", parce que l’amour respecte. Quand on
aime, on est trois, parce que l’amour est toujours fécond, d’une
façon, ou d’une autre.
Dieu
n’a pas d’amour pour nous : pourquoi ? Parce qu’Il est l’amour !
en personne !
Oui, on pourrait presque dire que Dieu n’a pas d’amour pour nous,
frères et sœurs : qu’ Il n’a jamais eu d’amour ! Pourquoi ? Parce
qu’Il est l’amour ! L’amour pour lui, ce n’est pas une qualité,
quand on s’appelle Dieu : c’est son être même.
Et, qui est donc ce Père, ce Fils, et cet Esprit Saint ? On ne
comprend pas toujours très bien ! :
Le Père, c’est tout l’amour donné. Le Fils (Jésus)
c’est tout l’amour reçu. Et l’Esprit Saint, c’est tout l’amour
échangé.
Le Père, c’est le tout Puissant ; le Fils, c’est le tout
obéissant ; l’Esprit Saint, c’est le tout unissant. Et l’homme,
c’est le tout ressemblant.
Dire
que Dieu est unité, c’est dire aussi qu’Il est à la fois
différence, et … unité !
Et c’est toute la question que je voudrais vous poser ce matin : dans
un couple, par exemple, comment devenir "un", en restant "deux", quand
on est amoureux ? Eh bien, les trois personnes qui sont très
différentes s’aiment tellement, qu’elles ne font plus qu’un.
Dire que Dieu est Trinité, c’est dire qu’Il est à la fois
différence et… unité !
Dans
l’ancien testament : plutôt le Dieu "un" ; mais dans le nouveau
testament , c’est plutôt le Dieu "trois" !
Dans l’ancien testament, on nous parle très peu de la
Trinité. Un petit peu quand même, mais pas beaucoup : on
emploie le pluriel des trois, quand Dieu fait la création, vous
vous rappelez , "Faisons l’homme à notre image et à notre
ressemblance !" Là, la Trinité est
suggérée. Il y a aussi quelques autres passages. Mais
c’est pas souvent ! En fait devant les dieux très nombreux des
païens qui les entouraient à l’époque, Israël
affirmera avec force que Dieu est d’abord un ! Quelques courants
spirituels, quelques religions ont tendu à ça, mais
c’était très dur, quand même, d’oser affirmer qu’il
n’y a qu’un seul Dieu, devant les dieux innombrables, et d’affirmer que
Dieu est un ! Mais vous entendez, jamais, mais jamais, frères et
sœurs, on aurait pu penser que dans cette unité, dans ce monde
de Dieu, il y a une communion d’amour en trois personnes. Cela, jamais
! il nous fallait quelque un pour venir nous le dire , et c’est
Jésus qui nous l’a enfin communiqué, qui nous en a
informé !
Dans
l’ancien testament, Dieu est présenté comme "un" d’abord.
Dans le nouveau teste manent Dieu est présenté comme
trois d’abord !
Saint Paul dans la 2ème° lecture est très
marqué par l’esclavage, courant à l’époque. Vous
savez qu’au temps de Paul, une personne sur cinq, dans l’empire romain,
était esclave. Et Paul ajoute que les esclaves et les fils ont
quelque chose en commun : c’est qu’ils obéissent. Oui, mais
attention, ils obéissent, mais différemment ! car les
esclaves obéissent par peur. Tandis que les fils
obéissent par confiance, en toute confiance.
Le
petit enfant de 8 ans dans le train
Il y avait un contrôleur dans un train, il y a quelques
années, qui voyait un petit garçon de 8 ans, dans un
compartiment. Alors il lui dit : "Mais mon petit bonhomme, tu n’as pas
peur, - la peur, comme saint Paul-, tout seul, dans le train ?
Mais m’sieur, j’ai pas peur, répond le petit garçon ;
j’ai pas peur : c’est mon papa qui conduit le train !"
C’est votre Papa du ciel, qui conduit le train de votre vie ! Si vous
l’acceptez, bien sûr.
Frères et sœurs, vous vous rendez compte de la richesse de la
relation ? Vous vous rendez compte, que jamais plus vous n’êtes
seul ?
Le
petit bonhomme sur la plage, qui rencontre saint Augustin
Est-ce que vous vous rappelez de l’histoire qui était
arrivée à saint Augustin, sur la plage ? Il voit un petit
enfant jouer au sable.
Alors, Augustin lui dit : "Mais qu’est-ce que tu fais là, petit
bonhomme ?
ben ce que je fais, c’est très simple : je prends ma pelle, je
creuse un trou dans le sable. Et puis, je prends mon seau, et je vais
mettre la mer dans le trou ! Dans quelques heures, dans quelques jours,
la mer sera là, dans le trou !
tu es complètement fou ! de mettre la mer dans le trou !
répond saint Augustin. Parce que la mer, elle est très
grande, et que le trou, il est très petit !
Eh bien le petit bonhomme de quatre ans lui dit :
mais c’est toi, qui es fou ! Tu réfléchis trop : tu
veux tout capter, dans ton intelligence. Tu veux tout comprendre ! mais
on est limités, dit le petit. Tu ne pourras jamais tout
comprendre, sur la Trinité." En effet, saint Augustin,
réfléchissait énormément à ce
moment-là sur Dieu, et sur la sainte Trinité.
Accepter de ne pas tout comprendre de notre vie, et de Dieu aussi.
Ce que dit saint Paul : "Nous sommes fils, enfants, et nous crions vers
Lui en disant : "Abba, ce qui veut dire : Papa !" C’est vrai que nous
rencontrons l’amour, sans avoir toujours tout compris ; si vous
attendez de tout comprendre pour commencer à aimer, mais jamais
vous aimerez ! hein, les intellectuels ?
"Quand
j’arriverai dans l’éternité, c’est l’enfant que j’ai
été, qui me précèdera !" Georges Bernanos
Et j’aime cette parole que vous connaissez, de Bernanos, qui m’a
toujours bouleversé :
Quand
j’arriverai dans l’éternité, c’est l’enfant que j’ai
été, qui me précédera !"
"Mais vous avez compris, l’enfant, ça ne veut pas dire : rester
infantile ! Ce n’est pas cultiver l’infantilisme. C’est tout
Thérèse de Lisieux qui affirmait que la voie
d’accès la plus rapide pour aller chez Papa le bon Dieu, c’est
la petite voie, la voie de l’enfance spirituelle. C’est, disait le
cardinal Daniélou : "L’infini du désir, dans la totale
impuissance !"
La
plus belle parole de Jésus dans l’évangile, c’est
finalement la dernière de tout l’évangile : "Je suis avec
vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde !"
Frères et
sœurs, la pus belle phrase de l’évangile, c’est la
dernière ! C’est celle que vous venez d’entendre à
l’instant. "Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du
monde !" C’est la plus belle parole de toute la bible, de toute la loi,
des prophètes, de tout ce qui a été dit à
Nazareth. Tout est contenu dans cette parole, quand Jésus a
quitté notre sol : "Je suis avec vous tous les jours,
jusqu’à la fin du monde !" Et, remarquez, qu’Il n’a pas dit :
"Je suis au dessus de vous !" Remarquez, Il n’a pas dit non plus : "je
suis à coté de vous !" Non ! Mais Il a dit : "Je suis
"avec" vous ! A toutes les messes, tous les prêtres du monde
prononcent cette parole, au moins 3 fois pendant la messe : "Le
Seigneur soit avec vous" Et vous répondez : "Et avec votre
Esprit !" C’est la parole pour moi la plus belle de toute la liturgie.
Et ce n’est pas sans émotion, je vous l’avoue, chaque fois que
je la prononce devant vous !
L’évangélisation
doit être notre travail, pas notre angoisse !
Alors, Jésus dit : "Allez baptiser, allez-y !"
L’évangélisation doit être notre travail mais pas
notre angoisse ! C’est toute sainte Bernadette : "Le monde entier
s’écroulerait, amour de Dieu demeurerait !"
L’évangélisation, c’est normal. Mais ce n’est pas
forcément parler de Dieu. C’est abord en vivre. Ce que tu vis
parle plus fort que ce que tu dis. Être chrétien,
ça se sent ! c’est pour ça, qu’on a mis, le jour de votre
baptême, un petit peu de parfum sur votre front : on appelle
ça du "saint chrême" !
Alors, j’aime cette phrase : "Je suis avec vous tous les jours,
jusqu’à la fin du monde !" L’Emmanuel, dont on parle à
Noël, Emmanuel, en hébreu, ça veut dire : "Dieu,
avec nous !" C’est trop beau : Dieu avec nous.
Enfin, avec le christianisme, nous passons d’une relation de
supériorité, (Dieu au dessus de nous ) ou de
juxtaposition, à une relation de communion. Ce que vous faites,
vous les gens mariés, au moment de recevoir le sacrement de
mariage, c’est ça. Vous n’êtes plus à coté
de l’autre, mais vous êtes avec l’autre.
Je termine
par une petite histoire. C’est surtout des histoires dont on se
rappelle. Les idées, pas toujours.
Le
bienheureux Jean XXIII, et l’évangélisation
Comme je vous plains …
Je me dis : Angelo, tu es pape maintenant !"
C’est l’histoire du bienheureux Jean XXIII, car il a été
béatifié, vous le savez, depuis quelques années.
Pape vers les années 1959-1963. Cette histoire, c’est sur
l’évangélisation. Il venait d’être élu pape.
Et il y a un de ses amis, qui vient de trouver, et qui lui dit : "Comme
je vous plains, d’être pape ! Comme la charge doit être
écrasante !" Et le bienheureux répond à son ami :
"C’est vrai ! le soir, je me dis : "Angelo, tu es le pape maintenant !
C’est effrayant : comment je vais faire ?" Et je n’arrive pas à
m’endormir. Mais quelques secondes plus tard, je me mets à
prier, et je dis : "Comme tu es bête, Angelo Le responsable de
l’Église, c’est pas toi : c’est l’Esprit Saint !" Et alors, je
me retourne, et je dors !
Alors, moi, je vous
donne ce conseil : "Dormez !" C’est une façon de lâcher
prise.
Il
y a une scène où Jésus dort, dans l’évangile
Vous savez, à Jésus aussi, il lui arrivait de dormir.
Jésus dormait. Il y a un passage d’évangile, où on
parle du sommeil de Jésus. Vous vous rappelez ? C’est quand la
barque est secouée. Ce n’est pas quand tout va bien, quand je
suis en bonne santé, quand j’ai du boulot, quand j’ai des
enfants charmants, et un conjoint adorable, quand tout baigne dans ma
vie, que je peux dormir ! non ! mais quand tout va mal, n’oublions pas
de dormir, de lâcher prise, comme Jésus aussi dormait au
milieu des flots en furie. Jésus dort ! Vous vous rendez compte
? C’est pendant la tempête. Et je vous redis encore : "Pourquoi
avez-vous peur ? Nous sommes les grands vainqueurs !"
Alors, nous allons tous nous lever ! Tous, dans cette église !
Allez, levez-vous ! levons-nous, tous !
On va faire le signe de la Trinité ! Le signe de croix !
hélas ! quand on le fait sur nous, c’est souvent quelque chose
à la "va vite", on ne sait pas très bien ce qu’on fait.
Et, quand on y pense un peu, on pense hélas bien plus à
la croix, qu’à la Trinité. Or, c’est d’abord le signe de
la Trinité, l’audio-visuel de la Trinité, avant
d’être l’audiovisuel de la croix. Ca veut dire que je suis
habité, depuis mon baptême, par Dieu, Père, Fils et
saint Esprit. Quand je fais le signe de croix, je me rappelle que je
suis devenu la demeure du roi !
Alors,
tous ensemble : "Au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit"
AMEN !
Père
GILLES LE TOURNEUR
fête de la Trinité, juin 2OO6
|