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Le mariage gay : et après ?

  Publié le mardi 12 mars 2013 , par Falk Van Gaver

Voté à l’Assemble en février, le projet de loi de « mariage pour tous » le sera certainement au Sénat en avril. Cette issue quasi certaine ne doit pas masquer le formidable sursaut d’une société civile en mal d’expression démocratique.


Après 2 semaines de débats houleux, le projet de loi dit « mariage pour tous » ouvrant le mariage civil aux personnes de même sexe a été adopté en première lecture le mardi 12 février à l’Assemblée nationale par 329 voix pour face à 229 contre. Le vote a été marqué par une très forte discipline de parti. Seulement 10 élus de gauche, dont 4 socialistes, ont voté contre, et 5 autres députés socialistes se sont abstenus. Se sont distingués contre les élus antillais, notamment le député de Martinique Bruno Nestor Hazérot par sa brillante intervention. A noter que tous les élus du parti écologiste ont voté pour. Même discipline polarisée à l’inverse à droite : 2 députés UMP et 5 centristes dont Jean-Louis Borloo ont voté pour, 5 UMP se sont abstenus. Les 7 députés frontistes, villiéristes et indépendants ont voté contre.

La gauche de gouvernement a applaudi sa propre victoire dans l’adoption de cette loi « progressiste » qui s’inscrit dans les grandes conquêtes de l’humanité, juste après l’abolition de l’esclavage et le droit de vote des femmes. Triomphe de la gauche « sociétale », exit les questions économiques et sociales sur lesquels le gouvernement est en recul constant : après le « mariage gay », l’austérité rose…

Un résultat attendu, donc, malgré la « guérilla » législative des députés de droite emmenés par l’Entente parlementaire pour la famille (qui compte dans ses rangs 140 députés et 82 sénateurs), qui ont déposé près de 5000 amendements pour retarder le projet. Une résistance symbolique, un baroud d’honneur qui ne coûte pas grand-chose à l’ancienne majorité, par ailleurs largement favorable à une union civile ouverte aux personnes de même sexe, mais qui lui permet de déployer une forte opposition médiatique à la gauche gouvernementale et de rassurer son électorat, toujours plus droitier que ses représentants. Quelques personnalités étaient notamment sur le devant de la scène et à la pointe de l’action législative : les députés UMP Hervé Mariton, Philippe Gosselin, Jean-François Poisson, ou encore Laurent Wauquiez, Henri Guaino et Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Le président de l’UMP, Jean-François Copé a également surfé sur la vague protestataire pour asseoir sa position de candidat naturel de la droite populaire, dans la lignée de la démagogie sarkozyste. La course à la légitimité est ouverte pour les politiciens professionnels de l’opposition actuelle en quête d’électorat : horizon 2017.

Car c’est en marge des débats parlementaires et des appareils partisans que s’est constituée la véritable contestation du « mariage pour tous », contestation dont l’ampleur a surpris non seulement la majorité mais l’opposition qui a saisi la balle au bond. C’est une réaction très vive de la société civile et notamment du monde des associations qui a donné le la, dans le sillage de certaines initiatives nées pendant la campagne présidentielle, comme « L’Humanité durable » de Frigide Barjot, avec « La Gauche pour le mariage républicain » de Laurence Tcheng et « Plus gay sans mariage » de Xavier Bongibault, « la catho, la socialo et l’homo », le trio ou le « trouple » le plus célèbre de l’année comme humorisent certains… Humoriste elle-même justement qui a sévi longtemps avec son époux Basile de Koch au sein du groupe parodiste « Jalons », Virginie Tellenne assume depuis quelques années une conversion foudroyante et a réussi depuis quelques mois une reconversion tout aussi fulgurante, désormais « icône », « égérie », « figure de proue » du mouvement d’opposition au « mariage pour tous ». Son côté « pom-pom girl » sur le retour, « déjantée » et « gay-friendly », n’est pas toujours bien compris ni accueilli de ses partisans et alliés, et fait grincer bien des dents dans les rangs, mais il faut porter au crédit de cette professionnelle de l’ « agit-prop » décalée d’avoir su médiatiser et personnifier la lutte anti « mariage pour tous » en jouant avec les codes médiatiques et en brouillant les clivages symboliques pour embrasser une audience bien plus large que les seuls « cathos de droite ».

Mais la personnalisation médiatique ne doit pas cacher le formidable travail commun, collectif et associatif, qui a contribué au succès continu des différentes initiatives – et l’on pense ici au rôle d’associations bien établies aujourd’hui comme l’Alliance Vita avec Tugdual Derville ou le Collectif pour l’enfant avec Béatrice Bourges. Comme les pétitions : les principales, « Référendum officiel », « Non au mariage homo » et « Tous pour le mariage », la plus importante, cumulent des centaines de milliers de signatures et ont mis en place un véritable arsenal de « lobbying » électronique. Jusqu’au succès incroyable de la pétition pour saisine du Conseil économique, social et environnemental, qui en un temps incroyablement bref a recueilli 700 000 signatures, soit bien plus que les 500 000 requises. Au-delà de l’efficacité relative de cette démarche, le CESE rendant un avis consultatif qui n’aura pas d’influence décisive sur le processus législatif en cours, c’est un véritable référendum d’initiative populaire par défaut qui a eu lieu et qui en dit long sur le déni de démocratie de notre pays. Et bien sûr, les manifestations : depuis les manifestations locales et régionales jusqu’à la grande manifestation nationale du dimanche 13 janvier qui a rassemblé plus d’un million de personnes, la mobilisation portée par le collectif « La Manif pour tous » et relayée entre autres par tous les réseaux catholiques est un succès en soi – quelle que soit l’issue législative.

Car l’Eglise catholique n’a pas été en reste et s’est largement et unanimement impliquée dans l’opposition au « mariage pour tous », avec une liberté de ton égale à l’unité de fond, tant parmi le clergé, - et notamment les évêques, dont l’archevêque de Paris le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, et le primat des Gaules le cardinal Philippe Barbarin dont les sorties ont fait du bruit -, que chez les fidèles. Les représentants des principales confessions et religions de France ont emboîté le pas avec une relative unanimité, qu’il s’agisse du pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, de Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, ou encore de Gilles Bernheim, grand rabbin de France, dont le brillant essai « Mariage homosexuel, homoparentalité et adoption » a été longuement cité par Benoît XVI.

En marge de cette contestation à la fois variée et unitaire, Civitas et quelques autres groupuscules font bande à part du côté de l’extrême-droite, tandis que de l’autre côté, « poil-à-gratter » habituel, des publications minoritaires comme Témoignage chrétien, Golias, David et Jonathan ont pris sans surprise position pour le « mariage homosexuel », alors que la majorité des « cathos de gauche » sont ouvertement critiques à son égard – que ce soit des publications comme La Vie ou La Croix ou des mouvements comme « Les Chrétiens de gauche » ou « Les Poissons Roses » – un courant personnaliste d’inspiration chrétienne au sein du Parti socialiste.

Ce formidable sursaut d’une société civile en mal d’expression démocratique excite les appétits, et les tentatives de récupérations politiques ou même associatives l’ont accompagné depuis le début, avec de sourdes luttes de pouvoir en arrière-boutique. Cependant, en axant l’opposition au projet de loi sur la question de la filiation et l’intérêt supérieur de l’enfant – « droits de l’enfant » contre « droit à l’enfant » -, la campagne contre le « mariage pour tous » a fait fléchir l’opinion : les sondages montrent une érosion croissante du soutien des Français au « mariage homosexuel » et une opposition constante à la PMA et a fortiori à la GPA.

Le Sénat examinera le texte de loi à partir du 2 avril, et certains conjecturent que les premiers « mariages homosexuels » pourraient être célébrés en mairie dès le mois de mai. Si le « mariage gay » est voté, le divorce est consommé entre le peuple et ses représentants. La démocratie représentative fait ici encore la preuve du déficit démocratique de nos institutions politiques : c’est à une véritable démocratie participative intégrant initiatives populaires et motions référendaires que le peuple français aspire. Pour le meilleur comme pour le pire.

Falk van Gaver

(La Nef de mars 2013)











 
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