"Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire".
Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens
Publié le lundi 17 octobre 2011 , par

Yann de Rauglaudre a réalisé l’interview du père François Laborde, à l’origine des foyers Howrah South Point en Inde. Cette émission réalisée dans les studios de Cançao Nova est diffusée sur www.webtvcn.fr et sur RCF Méditerranée.
Retrouvez ici le texte de cet interview et le son en écoute.
Le père François Laborde est connu spécialement en Inde. Il a vécu longtemps à Calcutta, il y vit toujours dans ces célèbres "slums" dont on parle dans La cité de la joie de Dominique Lapierre. Né en 1927, ordonné en 1951 (60 ans de sacerdoce) comme prêtre du Prado il vit pleinement l’appel qui est « vivre l’évangile auprès des pauvres ».
Nous l’avons interviewé lors de son passage pour une rencontre avec les Séminaristes de La Castille.
Vous êtes prêtre du Prado et vous vivez en Inde depuis 1965. Pourquoi êtes-vous arrivez là-bas ?
J’espère que c’est l’Esprit-Saint qui m’a conduit par là. Etant membre des "prêtres du Prado" qui par vocation veulent partager l’évangile avec les pauvres et découvrir l’évangile avec les pauvres, je pense que Calcutta, une ville de plus de 18 millions d’habitants maintenant, constitue un appel. Près de 40% de la population de l’Inde (1 milliard 200 millions habitants), soit plus de 500 millions de gens vivent dans la précarité voire dans l’extrême pauvreté.
Alors père Laborde en 1965 vous arrivez avec votre soutane blanche. Qu’est-ce que vous avez voulu faire premièrement en arrivant là-bas ?
Je pense que j’ai voulu faire un petit peu ce que faisait Jésus, c’est-à-dire d’abord vivre avec les gens et découvrir l’incarnation : Jésus pendant 30 ans a appris en tant qu’homme au milieu des hommes dans son pays à Nazareth.
Les pauvres ont des choses à nous révéler. J’étais venu avec l’intention de faire une recherche sur les populations marginales ; on m’avait conseillé de commencer par le Sud. J’ai étudié cette population marginale, soit dans des "slums" soit dans des quartiers pauvres, soit dans la partie hors castes des villages, soit dans les villages de pêcheurs qui sont aussi des exclus à leur manière. Cela m’a beaucoup servi pour comprendre la texture sociale de l’Inde. Et je me suis senti plus fort, un peu mieux préparé pour vivre à Calcutta dans un "slum". Je n’ai vécu que huit ans et demi dans un "slum". Au départ j’ai demandé et j’ai visité plusieurs "slums" et celui où je suis allé finalement est lié à l’invitation d’un laïc et d’un prêtre de la paroisse. Le laïc m’a dit « on vous a trouvé une chambre dans ce slum ». Alors là j’ai été coincé et il fallait accepter ce que j’ai fait de bon cœur. Ce fut le démarrage de ce compagnonnage avec cette population de pauvres qui nous révèlent énormément. Comme je l’ai dit souvent mais c’est vrai, j’étais parti pour les évangéliser mais ce sont eux qui m’ont évangélisé. C’est pour ça que je dis qu’on ne découvre finalement la profondeur de l’évangile que par la médiation des pauvres.
Qu’est ce que vous avez réalisé en particulier ?
J’ai d’abord fait un partage de vie et c’est là que justement ils m’ont beaucoup apporté. Je fais toujours appel à des laïcs. Un jour un père Jésuite est venu me visiter et m’a dit « si vous voulez je peux vous obtenir des rations pour des enfants ». J’ai demandé aux laïcs du coin s’ils voulaient s’occuper de cela. Un homme qui travaillait au collège Saint-Xavier a accepté de prendre cette responsabilité. Je leur ai dit : "trouvez moi un local, trouvez moi des gens qui peuvent s’occuper de ces enfants". Ce "slum" était un cloaque, les ruelles étaient vraiment ignobles, il y avait un point d’eau et deux ou trois cabinets pour vingt familles. Il y avait donc des urgences, je leur ai dit "à quoi vous voudriez d’abord que l’on s’attaque ?" et bien la réponse m’a surpris : "on voudrait d’abord une étude du soir pour nos enfants parce que l’on se saigne pour les envoyer dans les écoles et puis dans les conditions de vie dans lesquelles nous vivons c’est absolument impossible qu’ils puissent travailler. Donc les résultats sont très faibles". Donc c’était des gens dont le ressort humain n’est pas cassé, qui ont le souci d’éducation de leurs enfants et qui veulent que leurs descendants puissent émerger un peu de la condition dans laquelle ils vivent.

Donc ensemble, depuis maintenant plus de 45 ans, vous avez réalisé des écoles, des accueils pour les handicapés ?
D’abord dans ce "slum" et puis après ailleurs, des foyers pour enfants handicapés et une collaboration avec des médecins allemands pour des dispensaires ambulants se rendant dans les coins les plus pauvres.
Mais je voudrais revenir sur le "slum" si vous le permettez, pour vous dire que j’ai découvert que ce "slum" était un mélange extraordinaire de musulmans, d’indous, de quelques chrétiens. J’ai découvert combien ces gens avaient encore le sens de Dieu que nous avons perdu. Les musulmans vont à la mosquée. Le soir, j’entendais les femmes qui se réunissaient pour lire le Coran. Les indous, chaque soir, vont mettre un bâton d’encens pour se réunir et prier ensemble… Un ouvrier qui a la chance d’avoir un travail régulier. La première chose qu’il va faire c’est de mettre son salaire sur l’autel pour dire "c’est vrai c’est le fruit de mon travail de mes luttes mais ceci est le don de Dieu", et va ensuite le remettre à sa femme. Ce sont des actes de gratuité qui font une vie d’une autre qualité. Il y a aussi la somme des prières parce que vous pouvez penser que dans un "slum" comme ça il y a beaucoup de misères, il y a des gens qui meurent…
Cette somme de misères offertes est un don, un complément du sacerdoce pour offrir à l’Eucharistie tout ce que le Seigneur voulait faire avec tous ces gens là.
Père François Laborde vous avez été invité par le séminaire de La Castille où de nombreux jeunes séminaristes sont présents. Que voudriez-vous transmettre en priorité à ces jeunes futurs prêtres ?
La docilité à l’Esprit Saint : savoir recevoir des autres pour offrir. On ne peut offrir que ce qu’on reçoit et on reçoit beaucoup à travers les pauvres.
Et pour nous qui sommes des laïcs, souvent on voit la mission comme quelque chose d’assez extérieur : on part en mission en Inde, en Afrique…Or la plupart d’entre-nous restons dans nos quartiers. Qu’est ce qu’il faut faire ?
Je pense que dans notre société actuelle, la pauvreté n’est pas une vertu acétique, c’est une vertu de communion. Pour être vraiment le frère (pas en mot mais en disciple) de Jésus, je pense que si on se contentait un peu plus du nécessaire ("Savoir se contenter du nécessaire" est une des règles du père Chevrier)… ce serait bien. Pouvoir être plus à l’écoute, donner du temps, dans des gestes simples, à ceux qui en ont besoin, donner un peu d’amour, un peu de simplicité. Je pense que le problème c’est d’ouvrir son cœur et après l’Esprit Saint montre la voie.
Père Laborde merci pour cette leçon de prière, puisque je pense que c’est là que vous puisez toutes vos forces.
C’est la leçon que j’ai reçu d’eux.
Ainsi priait Jésus
Livre de François Laborde
Editions de l’Emmanuel – 19€
« Maître, apprends-nous à prier ! » En prenant la condition d’homme, le Christ a assumé et conduit à leur perfection tous les aspects de notre existence, y compris la prière. Dans cet ouvrage, le père François Laborde prend appui sur les évocations de la vie spirituelle du Christ dans les Evangiles et, à la suite des Apôtres, se met à son école pour entrer dans une union renouvelée avec le Père, dans l’Esprit. Imiter le Christ dans la prière, tel est le meilleur moyen d’invoquer son nom avec justice.
Le Père Laborde a côtoyé Mère Teresa et créé les foyers Howrah South Point, qui accueillent et scolarisent les enfants pauvres et démunis, en particulier ceux qui souffrent d’un handicap.
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