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Le sanctuaire de Notre-Dame-de-Consolation

  Publié le samedi 6 juin 2009

Sur la colline de Costebelle, à Hyères, venez prier Notre-Dame-de-Consolation !


Cette présentation reprend le contenu d’un livret de Jacques Berger, disponible à la boutique du sanctuaire (ouverte tous les jours sauf lundi de 14h à 18h).

- Dès le Xème siècle, les Provençaux gravissaient la colline de Costebelle pour venir prier dans une chapelle dédiée à Saint-Michel.

- En 1254, la première croisade commandée par saint Louis débarque à l’Ayguade à Hyères et la statue de bois polychrome liée à cet événement, est l’objet d’une constante vénération. Elle n’a pu être réellement datée. Sculptée à la manière du XIIIème siècle, elle sera restaurée au début du XIXème siècle, mais, hélas, au goût de l’époque qui n’a pas tenu compte de son originalité première.

- En 1909, elle sera couronnée solennellement, témoignage de la confiance populaire en la Vierge Marie, qui jamais n’a déçue aucun de ceux qui ont eu recours à son assistance, recevant grâces, réconfort et consolation. A l’extérieur, la grande Vierge en fonte qui se trouvait sur le clocher de l’ancienne chapelle détruite le 15 août 1944 lors du débarquement de Provence, a été retrouvée pratiquement intacte debout devant les ruines.

- Aujourd’hui, elle domine la ville de Hyères et nous invite à la rejoindre dans son nouveau sanctuaire inauguré en 1955, toujours accueillante dans ce site qui reste exceptionnel. Ce sanctuaire construit par Raymond Vaillant dans l’esprit du renouveau de l’art sacré a été décoré par deux artistes.

La belle colline...

colline
Costebelle - la belle colline - : une modeste éminence, somptueusement parée d’une séduisante végétation méditerranéenne notamment de pins, de chênes, d’oliviers, de lentisques, de cistes, qui, cependant, de sa centaine de mètres d’altitude domine la cité d’Hyères, sa plaine avec ses cultures florales et maraîchères, sa base aéronavale et son aéroport, ses plages, la presqu’île de Giens, les Iles d’Or.

On comprend bien que ce fut un lieu idéal pour se mettre à l’abri des incursions ennemies, pour prévenir tout danger. Les archéologues y ont décelé les traces d’une vie sociale organisée en des temps préhistoriques.

Les premiers habitants avaient pressenti le souffle de la divinité comme c’est souvent le cas sur les hauteurs. Il est probable que là des cultes ont été rendus. Le christianisme a supplanté le paganisme en sacralisant de sa marque ce lieu où s’exprimait la vénération des hommes.

monument aéronavaleLa séduction de Costebelle ne s’est jamais démentie. Au XIXème siècle, artistes, écrivains, y cherchèrent l’inspiration. Les Anglais, qui "inventèrent" le tourisme hivernal sur la Côte d’Azur, y trouvèrent paix et détente. La Reine Victoria, elle-même, vint y passer un mois. Vestige de cette époque, une église anglicane dédiée à "Tous les Saints" se meurt dans l’oubli à quelques pas du sanctuaire de Notre-Dame de Consolation.

C’est sur cette colline aussi qu’a été érigé le monument commémoratif de l’Aéronautique Navale qui domine la base militaire du Palyvestre. Une grande aile d’avion stylisée s’étend sur la courbe du soleil, une autre indique la direction du ciel vers lequel se sont envolés pour une dernière mission tant de marins.

L’histoire et la légende

À quand remonte un culte de la Vierge à Costebelle ?

Le cartulaire de Saint-Victor de Marseille signale déjà l’existence au XIème siècle d’une chapelle dédiée à saint Michel, dans un acte de donation du Seigneur de Fos et Hyères, daté de 1062. Confirmation sera faite en d’autres actes, notamment une bulle du Pape Pascal II en 1113, une autre d’Innocent II en 1135. Plus tard, en 1395, une bulle de Benoît XIII met sous la dépendance de la Chartreuse de Montrieux "le prieuré de Saint-Michel ou de Notre-Dame de Consolation".

St Louis

Y a-t-il eu deux sanctuaires distincts, l’un dédié à Saint-Michel, l’autre à Notre-Dame ? Le premier aurait-il été détruit lors d’une incursion des Sarrasins ?

La légende qui embellit les faits, mais qui a un fond historique, voudrait qu’une mère, dont le fils était parti en croisade, soit venue prier en ce lieu et ait promis à la Vierge d’y édifier un sanctuaire si elle la consolait en le lui ramenant. Et ce fils bien-aimé lui fut rendu lorsque le 12 juillet 1254 Louis IX, saint Louis, rentrant de la 7ème Croisade, débarqua sur le rivage hyérois, à l’Ayguade.

L’oublierait-on, elle ne cesse d’être là-haut, même la guerre ne lui a pas fait abandonner sa mission.

Chaque année, pour l’Assomption, elle accueille de nombreux pèlerins de toute la région hyéroise auxquels se mêlent les vacanciers. Et il n’est pas une fête mariale qui ne soit l’occasion de resserrer les liens affectueux entre une Mère et ses enfants.

La chapelle de la tradition détruite par la guerre

Il semble bien que le sanctuaire qui est signalé sous le vocable de Notre- Dame-de-Consolation date du XIIIème siècle. C’est celui qu’ont connu les anciens Hyérois, du moins dans sa structure essentielle, avant sa destruction en 1944 par les Allemands.

On disait l’Ermitage, parce que près de la chapelle, dans une petite maison, ont vécu des religieux. Au fil des ans, le sanctuaire, dont l’architecture rappelait l’église Saint-Louis en ville, s’est agrandi, ses murs se couvrirent d’ex-voto (un grand nombre de ceux-ci sont réunis à la collégiale Saint-Paul).

ancienne église

Restaurée en 1828, la chapelle fut dotée en 1860 d’un clocher surmonté d’une grande statue de la Vierge en fonte, celle qui se trouve actuellement à l’extérieur du chevet, face tournée vers la ville.

Notre-Dame de Consolation a de tout temps attiré les foules, notamment le 15 août, jour de pèlerinage exceptionnel. Or, c’est un 15 août qu’elle connut les meurtrissures irréparables de la guerre.

Site stratégique important pour l’armée allemande occupante, la colline de Costebelle, sur la fin de la dernière guerre, était transformée en place forte et l’accès à la chapelle fut interdit. Le clergé avait eu la bonne idée de mettre à l’abri tout ce qui représentait une valeur aux yeux des fidèles, notamment la très ancienne statue de la Vierge qui y était vénérée depuis toujours.

Les terrains furent minés, les murs de la chapelle aussi, contrairement aux engagements pris par le commandement allemand. Le 15 août 1944 on avait appris le débarquement des Alliés sur les côtes de Provence, à 25 kilomètres à vol d’oiseau. Dans l’après-midi une cérémonie se déroulait dans l’église Saint-Louis. Le bruit d’une forte explosion retentit : le sanctuaire s’était écroulé sur lui-même. Seule, la statue du clocher était restée intacte, ce qui parut miraculeux.

Il en est resté la clé de voute datée de 1667. Cette clé de voute est conservée dans la "Galerie du Park Hôtel" à Hyères.
clé de voute

Les Hyérois n’eurent plus qu’une idée : reconstruire leur chapelle. En attendant, la très vieille statue de Notre-Dame de Consolation, restaurée pour effacer quelques méfaits des ans, avait été placée dans l’église Saint-Louis, où son culte se poursuivit avec une ferveur aussi grande qu’avant.

Une nouvelle parure pour Notre-Dame Dans les années d’après-guerre, Hyères eut la chance d’avoir un maire actif, à l’écoute de sa ville, Joseph Clotis. Avec son Conseil municipal il mit tout en œuvre pour que l’État et les administrations chargées de la réparation des dommages de guerre s’activent dans la reconstruction du sanctuaire. Bien des Hyérois souhaitaient le retrouver tel qu’ils l’avaient connu, pensant qu’il ne pouvait en être autrement.

Un esprit nouveau de spiritualité soufflait dans l’Église et chez nombre d’artistes désireux d’aller à l’essentiel en s’exprimant. Il en fut ainsi au sein de l’équipe qui fut réunie pour penser et réaliser la nouvelle chapelle : l’architecte hyérois Raymond Vaillant, le sculpteur parisien Jean Lambert Rucki, le maître-verrier de Chartres Gabriel Loire.

Leur œuvre, inaugurée en 1955 allait surprendre : Notre-Dame de Consolation avait changé totalement de parure.

André MALRAUX aux Hyérois : "Vous avez de la chance d’avoir une aussi belle chapelle."

Toute expression d’un sentiment religieux, quelle que soit sa forme, est de l’art sacré. Cependant, la notion contemporaine d’art sacré est née dans les années 1930 par réaction à une signification de la piété à travers un style qui se veut traditionnel, qui accumule parfois les fautes de goût et frôle même la superstition et est dit "art sulpicien", en référence au quartier parisien où se tient le commerce de la religion.

Aujourd’hui l’art sacré tend à s’adapter aux principes de l’esthétique contemporaine telle que la définissaient les Dominicains en créant en 1935 la revue " Art Sacré".

Ainsi, on a vu surgir des églises auxquelles ont travaillé des artistes de grand renom et qui ont étonné le monde : Assy en 1950 (Novarina, Rouault, Bonnard, Bazaine, Léger, Germaine Richier), Vence en 1951 (Matisse), Audincourt (Bazaine, Léger). Il y eut en 1955 Notre-Dame-de-Consolation à Hyères.

Si certains nouveaux sanctuaires n’ont suscité qu’une "guerre" de spéculation sur le bien-fondé du renouveau de l’expression religieuse, à Hyères il en fut autrement, parce que la nouvelle chapelle s’est substituée à l’ancienne.

Les Hyérois, profondément attachés à leurs traditions, repoussèrent pour la plupart l’édifice qu’ils découvraient avec effarement. Aujourd’hui encore les guides se contentent souvent de citer la chapelle "moderne" de Costebelle, sans plus.

Chef d’œuvre d’art sacré pour un haut lieu de spiritualité

façade
Monument artistique d’une qualité rare, pièce maîtresse du patrimoine hyérois, témoin privilégié de la floraison de l’art sacré dans l’après-guerre, Notre-Dame de Consolation est aussi, et surtout, un haut lieu de spiritualité. C’est ce qu’ont voulu exprimer ses concepteurs et créateurs qui ont réussi, en unissant leurs talents d’architecte, de sculpteur, de maître-verrier, une œuvre qui approche de la perfection en une osmose tout à fait réussie. C’est ainsi qu’ils avaient compris leur mission en l’acceptant même s’ils avaient des personnalités très fortes et des notoriétés déjà confirmées dans leurs domaines respectifs.

Les sculptures de Jean Lambert-Rucki, sobres, imprégnées d’un mysticisme puisé aux sources de la religion, ne pouvaient, dans le jaillissement de la lumière des vitraux de Gabriel Loire, que mieux exprimer la foi profonde de leur auteur, reflet de la foi de l’Eglise dans le cadre architectural volontairement dépouillé de Raymond Vaillant.

LA FAÇADE

À gauche l’église, à droite la partie ermitage, au centre le clocher qui s’appuie au sol. Ce dernier évoque le mystère de la rédemption auquel Dieu a fait participer intimement Marie. Une longue croix s’élève vers le ciel, la Vierge-Mère de Lambert-Rucki fait pratiquement corps avec elle. On remarquera son visage plein de paix et de bonté, comme celui de l’enfant Jésus, bras ouverts (le mystère de la rédemption sur la croix est déjà engagé) qui semble exprimer sa joie d’accueillir, les visiteurs.
façade
La façade de l’église composée de sujets sculptés, modelés, ciselés dans le ciment brut par Lambert-Rucki, a la particularité de servir de support à un grand vitrail intérieur de Loire, ce qui a nécessité une collaboration intime entre les deux artistes. Comme un beau livre d’images elle raconte les principaux événements de la vie de Marie faciles à identifier : l’annonciation, la visitation, la nativité, la fuite en Égypte, l’assomption. Les scènes sont soulignées par les nervures qui soutiennent les dalles de verre du vitrail de Loire. De même, à l’intérieur, on remarquera que les motifs de celui-ci sont dessinés par le ciment de Lambert-Rucki.

En cela la chapelle de Notre-Dame de Consolation est un cas tout à fait exceptionnel que Gabriel Loire aimait à souligner. Ce chantier avait d’ailleurs intimement rapproché les deux artistes.

LE CHŒUR
choeur Christ







Le chœur est à voir comme un tout. On ne peut plus dépouillé que ce lieu où se célèbre l’Eucharistie, mais quelle impression d’aura surnaturelle ! Là encore la magie de l’association de trois arts se révèle : une verrière de cinq lancettes de Gabriel Loire sur le thème "la prière et le chant de la création", donne une présence particulière aux saints qui assistent l’officiant autour de l’autel en arc de cercle, en signe d’union intime des participants au repas sacré, ce que soulignent la sobriété et la forme des murs voulu par l’architecte Raymond Vaillant.

Ces saints, longues figures sculptées de Jean Lambert-Rucki sur fond de mur nu, semblent perpétuer dans leur attitude figée le moment important du mystère de la rédemption dont ils ont été les témoins privilégiés et qui se renouvelle à la messe : ce sont les apôtres.

Il faut restituer cette collaboration à trois dans les cheminements artistiques :
- Gabriel Loire l’a dit : à Hyères, il a franchi une nouvelle étape de sa quête de la foi en explorant l’expression symbolique.
- Jean Lambert-Rucki : de son expérience de la Grande Guerre il a acquis une réflexion mystique avec un nouveau regard sur le monde, et une intuition de la divinité qui lui est très intime. Imprégné de spiritualité franciscaine, il s’était choisi le prénom de Jean. (À la Cène il s’identifiera à St Jean sous la bure de St François.)

Le chœur de la chapelle c’est le Cénacle. La table est mise. Le mur d’abside arrondi enveloppe la pièce, la création toute entière que suggère le vitrail est invitée à la Cène au même titre que les apôtres. Jésus préside, symbolisé par le pain et le poisson et l’Alpha et l’Omega.

Manque Judas qui a quitté la table avant l’institution de l’eucharistie.

Les apôtres s’identifient aux attributs que l’iconographie chrétienne leur donne traditionnellement :

Jean plus de détail (65,5Ko)
- Simon le Zélote
- Jacques le Mineur (le plus jeune des deux Jacques, il est imberbe)
- Jean (le jeune homme, le plus proche de Jésus)
Pierre
plus de détail (171Ko)
- Pierre (la clé du Royaume) ;
- Paul (l’épée qui lui a tranché la tête, déclaré apôtre a posteriori par le Christ sur le chemin de Damas) ;
- Barthélémy (le coutelas qui l’a écorché vif) ;
- Jude (une branche de palmier) ;
- André (la croix en sautoir sur laquelle il est mort) ;
- Jacques le Majeur (en pèlerin de Compostelle avec le chapeau, la bourse et la coquille) ;
- Philippe ;
- Matthieu (le livre de l’Évangile)
- Thomas (montre les paumes des mains comme Jésus).


"Au fond une seule chose est vraie pour Lambert-Rucki : la tendresse, le grand amour compatissant. Et c’est bien pourquoi il a aimé le Christ. Chez peu d’artistes, chez peu d’hommes on trouve cette sorte de connaissance profonde, expérimentale en quelque sorte de la charité humaine et divine du Christ. Et c’est bien ce qui fait l’extraordinaire valeur chrétienne de ses œuvres."

Revue des Arts Religieux et Liturgiques éditée par les bénédictins de l’abbaye de Saint-André.

"Lambert-Rucki attache à toute son œuvre un profond sentiment religieux et la nostalgie d’un monde transcendant... foi et amour de la vie incluse dans l’homme, et aussi de toute vie."

Georges-Henri Pingusson
LA NEF DE LA VIERGE

nef de la ViergeLa partie nord, située en regard du grand vitrail source de clarté mariale, est consacrée à la seule Vierge. Elle forme une nef qui conduit à l’autel au-dessus duquel trône Notre-Dame de Consolation, la statue vénérée depuis au moins 800 ans. Exceptionnellement les murs apparaissent en pierre brute du pays comme pour l’ancienne chapelle, rappelant la pérennité du culte rendu ici.

Une fresque de Jean Lambert-Rucki, dessinée à la pointe sèche dans le ciment, encadre l’autel.

La partie supérieure rappelle divers épisodes de la vie de Marie : la visitation, l’annonciation, le songe de Joseph, la fuite en Egypte, la présentation de Jésus au temple, et au centre la glorieuse assomption dans une rayonnante clarté qui fait écho au vitrail sud de Gabriel Loire.

La partie inférieure de l’autel est consacrée à l’épiphanie, la révélation de Jésus au monde par l’intermédiaire de sa mère, avec l’adoration des Rois mages qui ont été guidés par une étoile. Le mur est percé de quatre lancettes. Gabriel Loire a voulu pour ces vitraux des tons discrets pour respecter l’effet créé par la grande verrière. On y remarque, émergeant du bleu marial, divers symboles de la création : oiseaux, poissons, produits de la terre, signes zodiacaux sur lesquels règne Marie.

LE REVERS LUMINEUX DE LA FAÇADE

revers façade
Loire, unissant son talent de verrier à celui du sculpteur Lambert-Rucki qui s’est exprimé sur la façade extérieure, a réalisé en contre-point dans la partie supérieure de la porte, une étonnante composition de couleurs lumineuses, que guident les traits de ciment obtenus par transparence : elle chante joyeusement les litanies de la Vierge : Rose mystique, Tour de David, Maison d’or, Arche d’alliance, Étoile du matin...

À droite, sur toute la hauteur, il reprend le sujet du sculpteur obtenu comme par décalque et le superpose : les scènes extérieures en relief de l’Annonciation et de la Visitation sont maintenant mises en lumière de dalles de verre. Il y a interpénétration intime de la sculpture et du vitrail. Réussite artistique exceptionnelle, dont Gabriel Loire a conservé toute sa vie un souvenir ému.

LE VITRAIL SUD

vitrail sud plus de détail (443Ko) ou (179Ko)

Première impression en pénétrant dans la chapelle : une subtile lumière répand paix, recueillement et provoque une sensation de bien-être intérieur. Les verrières de Gabriel Loire jouent leur rôle essentiel : rapprocher le visiteur, croyant ou pas, du divin. Pour l’artiste le vitrail est un élément important de l’architecture et non un décor qui vient s’y ajouter.

Le vitrail sud de Notre-Dame de Consolation a offert au maître verrier sa première occasion de travailler sur une paroi entière. Il est composé de quinze lancettes étroites de cinq mètres de hauteur.

Le sujet principal est une rayonnante Vierge-Reine présente aux événements de l’histoire d’Hyères, et notamment de la chapelle de Costebelle. Les saints locaux ont leur place près d’elle :

L’abbé Jean Journoud, curé de Saint-Louis à l’époque de la reconstruction de la chapelle, et qui, à ce titre, et en tant que correspondant de la Commission d’Art Sacré du Diocèse, a suivi pas à pas le travail des artistes, mieux que nul autre commente ce splendide livre d’images.

Notre-Dame de Consolation laisse tomber du ciel sur la terre les grâces souvent demandées sur cette colline sainte : la pluie sur le sol desséché, la guérison sur les malades.

- 1248 : c’est le départ de la septième croisade qui se termina le 12 juillet 1254, par le débarquement de Saint Louis dans la Rade d’Hyères. On voit les soldats accostant le rivage, tandis que le Saint Roi - devant l’ancien temple qui s’élevait sur la colline de Costebelle, selon la légende - remet un de ses valeureux Croisés à sa mère qui l’attendait depuis six ans. Au-dessus de cette scène est figurée la silhouette de la chapelle que cette noble Dame aurait promis de faire édifier en ce même emplacement.
- 1572 : essai de destruction de la chapelle par les Huguenots.
- 1789 : la Révolution française s’attaque aux lieux de culte, détruisant ou profanant églises, chapelles, couvents. Les objets précieux enfermés dans le trésor du sanctuaire sont dérobés par l’administrateur du district. Au-dessus du groupe de profanateurs s’acharnant dans cette œuvre de démolition, on voit, dans le vitrail, l’épisode d’une protection céleste toute particulière dont la statue fut l’objet, alors que des ravisseurs impies l’emportaient sur un chariot vers la ville dans un dessein sacrilège.
- 1815 : après ces années troublées, le calme est revenu ; le curé Bouix décide de rendre au culte la chapelle éprouvée.
- 29 janvier 1883 : la statue est encore miraculeusement préservée des ravages du feu.

Dominant tous ces sujets, ce sont :

- À droite les Saintes Marie débarquant en Provence ;
- À gauche, les saints en vénération en ce lieu, parce qu’ils en sont originaires, comme la sainte hyéroise, sainte Douceline et la sainte varoise, sainte Roseline, ou parce qu’ils y étaient invoqués, comme saint Roch, dont la fête est commémorée le 16 août, grand jour de pèlerinage traditionnel.
- Don Bosco y figure également, car en visitant sa fondation à La Navarre, il a, pense-t-on, célébré ici la Sainte Messe, comme il l’a fait en l’église Saint-Louis, où il eut la vision anticipée de ses futures missions de Patagonie.

Trois statues , trois images d’une même Vierge consolatrice

statue façade détails (341Ko)Première rencontre : la statue monumentale, dressée dans la verticale du clocher.
La Vierge-Mère présente son fils au monde, un enfant, bras largement ouverts pour accueillir tous ceux qui ont besoin d’être consolés. C’est Notre-Dame Auxiliatrice, l’avocate des causes les plus indéfendables, et que Jésus reçoit avec miséricorde.

Œuvre de Jean Lambert-Rucki, décriée dans un premier temps, elle fait corps avec le sanctuaire. La stylisation des lignes ascendantes modelées dans le béton, rappelle la simplicité de la statuaire du moyen-âge et ne fait que souligner la sérénité, la bonté de la Mère et de son Fils. En même temps, elle inspire une élévation de 1’âme vers le ciel.

Chef d’œuvre de la sculpture contemporaine, cette statue marquera dans l’histoire de l’art religieux, comme un retour au sens profond du sacré.

Deuxième rencontre : la Vierge en fonte, dressée derrière le chevet.
statue chevet détails (119Ko)
C’est la rescapée de la destruction de la chapelle, le 15 août 1944. Les hyérois qui ont vécu la période antérieure à la guerre, ont pour elle une vénération spéciale, parce qu’elle est restée le seul témoignage de ce que fut le sanctuaire autrefois, ce qui est pour eux, d’une certaine façon, miraculeux.

Vierge de miséricorde, dans une attitude très maternelle, les bras ouverts, les mains tendues vers ses enfants. Pendant près de 90 ans, du haut du clocher, elle assura l’accueil sur la colline, elle fut un phare pour ceux qui montaient vers elle. Elle est maintenant tournée vers la ville qu’elle ne quitte pas des yeux et qu’elle protège.

Du sommet de Costebelle, Notre-Dame a le regard tourné vers les Hyérois. Qu’ils soient citadins, ruraux, gens de la mer, militaires, elle veille sur eux et ils le savent sans avoir besoin même de tourner les yeux dans sa direction.


Troisième rencontre : la Vierge miraculeuse.
vierge miraculeusedétails (268Ko)
C’est la Vierge de la tradition invoquée sous le vocable de Notre-Dame de Consolation, celle qu’on a toujours connue

Cette statue taillée dans le bois est très ancienne, antérieure certainement au précédent sanctuaire, elle pourrait dater du XIe ou XIIe siècle.

Elle a subi maints outrages. Mutilée, défigurée du fait des razzias des Sarrasins, des guerres de Religion, de la Révolution, des incendies, elle fut chaque fois restaurée. Ainsi porte-t-elle sur elle la marque de la dévotion de ses fidèles apportée après chacune de ses épreuves.

C’est une Vierge-Mère tendre qui tient son enfant sur le bras droit, auquel autrefois elle présentait un fruit de la main gauche. Celui-ci a été remplacé par un sceptre depuis que les Hyérois l’ont faite Reine, en la couronnant en 1909.

L’histoire et la tradition attribuent à cette statue des faits merveilleux. Ainsi, durant la Révolution, elle échappa à deux profanations. D’abord les démolisseurs ne purent l’atteindre parce que, dirent-ils, elle s’éleva au-desssus de son autel.

Puis, alors que d’autres la traînaient vers la ville sur un chariot pour aller la brûler, celui-ci, au passage du Roubaud, refusa de rouler. Les ravisseurs épouvantés 1’abandonnèrent. Pour lui éviter d’autres profanations, un jeune prêtre vint la prendre de nuit pour la cacher. Notre-Dame de Consolation ne retrouva sa vraie place qu’au début du XIXème siècle.

Autre fait surprenant : le 29 janvier 1889, la statue parée d’une robe de soie, de broderie, de pieux bijoux, s’enflamma au contact des cierges qui l’entouraient. Le feu dévora les tissus, les images saintes et reliques qui la couvraient, il s’attaqua au bois et s’éteignit subitement avant qu’on ne soit intervenu. Seul le visage de la Vierge a alors été légèrement touché, mais la blessure n’était pas irréparable.


"Le regard de la Vierge est le seul regard vraiment enfantin, le seul vrai regard d’enfant qui se soit jamais levé sur notre honte et notre malheur. Pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n’est pas tout à fait celui de l’indulgence, mais de la tendre compassion... "
Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne
(Hôte de la famille Vernier, Bernanos a résidé à Hyères, aux Maurels, quartier de la Bayorre. On peut penser qu’il a prié Notre-Dame de Consolation.)



LES "CRÉATEURS" DE LA CHAPELLE

POUR MIEUX COMPRENDRE L’ŒUVRE DES ARTISTES :

- Jean Lambert-Rucki
Un artiste devient "grand" parce qu’il est humain et simple.
Jean Lambert-Rucki
Georges Rouault et Jean Lambert-Rucki sont les deux grands artistes réformateurs de l’art sacré, de la première moitié du XXème siècle. Avec Péguy, Maritain, Claudel, Lambert-Rucki cherche à exprimer le malaise de son époque, devant l’absence de spiritualité. Comme ses grands contemporains, il réclame le retour à une foi religieuse authentique, à celle du moyen-âge, époque où l’homme s’unissait à Dieu. Jacques De Vos (Jean Lambert-Rucki, 1888-1967)

"Pendant de longs siècles, l’art chrétien a vécu sur une tradition qui était la tradition byzantine. Art hiératique, peinture plate, figuration dont il n’était pas permis de s’écarter. Je ne demande pas que l’on revienne à ces règles sévères, mais il faut convenir que cet art était profondément religieux, qu’il était de plus architectural, qu’il s’inspirait de pensées non pas anthropomorphiques mais vraiment théologiques, et qu’il a été celui de parfaits croyants."
Jean Lambert-Rucki (L’Art Religieux Actuel)

- Gabriel Loire "Pour moi l’abstrait pur n’existe pas. Il y a toujours quelque chose au départ, une base, une source. C’est en partant de cela qu’on peut s’exprimer et atteindre un certain niveau de spiritualité." Gabriel Loire

"(Les vitraux de Hyères) semblent marquer une nouvelle étape dans l’œuvre de Loire par leur abstraction lyrique, les symboles qui semblent flotter sur une mer mouvante. Loire a laissé les entrelacs de Domfront et les motifs de mosaïque décorative de Rennes et de Rouen pour trouver un mode abstrait qui ne crée pas seulement une atmosphère lumineuse propice au recueillement, mais dont l’expressivité, sans être agressive, semble provoquer ce recueillement, susciter la lumière intérieure de celui qui le voit."
Charles Pratt et Joan C. Pratt

Gabriel Loire à propos de Lambert-Rucki :
"Il avait une âme d’enfant qu’il exprimait dans ses sculptures. Il allait à l’essentiel avec une joie et une pureté qui m’ont toujours plu." (Dans "Gabriel Loire, Les Vitraux", Centre inter- national du vitrail. Par Ch. et J. Pratt)

ITINERAIRES DES ARTISTES :

Raymond Vaillant, architecte
- Né à Saint-Tropez en 1907, il a perdu son père au cours de la Grande Guerre.
- Il a fait ses études à Marseille et a choisi l’École des Beaux-Arts, section architecture, où il eut pour condisciple Fernand Pouillon. Pour son diplôme de fin d’études (D.P.L.G.) préparé à l’atelier Expert à Paris il a conçu la Maison des Collectionneurs dans le cadre de Moustiers-Sainte-Marie.
- Il ouvre son cabinet d’architecture à Hyères en 1939. Son premier travail a été la réalisation d’un petit immeuble, sis, légèrement en retrait, au n° 8 de l’avenue Maréchal Lyautey (face à la boutique Télécom).
- Mobilisé, à son retour il poursuit son activité professionnelle. Il obtient sur concours la réalisation de la stèle de la Libération érigée à Hyères au lieu-dit Moulin 1er, où avaient eu lieu des combats.
- Chargé de la maîtrise d’ouvrage de la reconstruction de la chapelle, de Notre-Dame de Consolation à Costebelle, il a choisi pour les vitraux Gabriel Loire, dont le style et la technique convenaient à son projet. Et Gabriel Loire lui a indiqué Jean Lambert-Rucki pour les sculptures. De sorte qu’ils ont pu travailler ensemble dans une harmonie parfaite pour réaliser une œuvre d’une unité artistique exemplaire.
- Raymond Vaillant est décédé en décembre 1979.

Gabriel Loire, maître-verrier
- Né en 1904 en Anjou. Pionnier du vitrail en dalle de verre dans les années 1930 dans l’atelier de Charles Lorin à Chartres. Il a réalisé des vitraux dans plus de 400 lieux en France, et dans plus de 300 dans le reste du monde. Il restera dans l’histoire de l’art comme l’un des plus grands maîtres-verriers du XXe siècle, sinon le plus grand, et il laisse certainement l’œuvre la plus considérable.
- 1929 : participation à l’exposition d’Art Religieux au musée Galliera à Paris.
- 1932 : première exposition à la Société Nationale des Beaux-Arts. Elu membre associé de la section Art-Décoratif.
- 1936-46 : il excelle dans la peinture, la décoration, les émaux, l’illustration d’ouvrages, la poésie et publie.
- 1940 : sociétaire de la Société Nationale des Beaux-Arts.
- 1946 : fonde son atelier de vitrail.
- 1948 : création de l’Atelier de la Clarté à Lèves, près de Chartres. Participe à divers chantiers de reconstruction d’églises détruites par la guerre.
- 1950 : première commande aux Etats-Unis.
- 1953 : Vitraux de l’église Notre-Dame de la Victoire à Saint-Raphaël.
- 1952-55 : Collaboration avec le sculpteur Jean Lambert-Rucki à Hyères et à Lèves.
- 1960-70 : Vitraux au Maroc, en Egypte, à Berlin.
- 1970-90 : Vitraux en Afrique du Sud, au Niger, cathédrale de Salisbury en Angleterre, tour-vitrail au Japon.
- 1991 : Publication de "Mon clown à la découverte du miroir".
- Il est décédé en 1996

Jean Lambert-Rucki, sculpteur
- Jacques Rucki naît à Cracovie en 1888 de père polonais, vétérinaire, et de mère hongroise.
- 1906 : École des Beaux-Arts de Cracovie, il a pour condisciple Moïse Kisling.
- 1911 : A Paris. Il partage à Montparnasse la bohème de Modigliani. Les deux artistes s’influencent mutuellement.
- 1913 : Première exposition au Salon d’Automne.
- 1914 : S’engage dans le "Bataillon des Volontaires Étrangers" sous le nom de Jean Lambert qu’il conservera. Combat sur le front des Dardanelles. Amis de Miklos et Csaky.
- 1918 : Retour à Montparnasse. On parle de "l’École de Paris" en citant Chagall, Soutine, Modigliani, Utrillo, Kisling, Survage, Orloff, Csaky, Miklos, Lambert-Rucki..
- 1920 : Epouse Monique Bickel, élève de Rodin. Expose à la Section d’Or, au Salon des Indépendants avec Fernand Léger, Gleize, Marie Laurencin, Braque, Survage, Jacques Villon. Il rencontre le dinandier Jean Dunand. Il crée pour lui les laques du "Normandie".
- 1930 : Exposition avec l’Union des Artistes Modernes à laquelle appartient Robert Mallet-Stevens (créateur de la villa De Noailles à Hyères) et dont il deviendra membre.
- 1936 : Expose à l’Office Général d’Art Sacré.
- 1937 : Présent à l’Exposition Internationale avec l’Union des Artistes modernes dont il réalise le mur-sculpture d’accueil. Élabore le manifeste du Groupe avec Mallet-Stevens, Le Corbusier, Pingusson. Il crée des bijoux pour Jeran Fouquet.
- 1938 : À l’Exposition d’Art Sacré. Chemin de croix de l’église des "Trois Ave" de Blois, terminé après la guerre en 1948.
- 1945 : Sculpture du maréchal Ney à Sarre-Louis.
- 1947 : Participe à l’exposition de la Céramique Contemporaine à Baden- Baden et à Vienne.
- 1947-60 : Travaille pour de nombreuses nouvelles églises : Boulogne- Billancourt, Saint-Mandrille, Chanu, Lèves (avec Loire ), Selz, Namur, Beaurain, Malmédy... au Canada (bénédictins de St Benoît-du-Lac).
- 1952-54 : Sculptures intérieures et extérieures de Notre-Dame de Consolation à Hyères.
- 1958 : Expose au Caire.
- 1967 : Meurt dans son atelier.











 

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