Notre-Dame de Consolation
Cette présentation reprend le contenu d’un livret de Jacques Berger,
disponible au sanctuaire.
La belle colline...
Costebelle - la belle colline - : une modeste éminence, somptueusement
parée d’une séduisante végétation méditerranéenne
notamment de pins, de chênes, d’oliviers, de lentisques, de cistes,
qui, cependant, de sa centaine de mètres d’altitude domine la cité
d’Hyères, sa plaine avec ses cultures florales et maraîchères,
sa base aéronavale et son aéroport, ses plages, la presqu’île
de Giens, les Iles d’Or.
On comprend bien que ce fut un lieu idéal pour se mettre à
l’abri des incursions ennemies, pour prévenir tout danger.
Les archéologues y ont décelé les traces d’une vie
sociale organisée en des temps préhistoriques.
Les premiers habitants avaient pressenti le souffle de la divinité
comme c’est souvent le cas sur les hauteurs. Il est probable que là
des cultes ont été rendus. Le christianisme a supplanté
le paganisme en sacralisant de sa marque ce lieu où s’exprimait la
vénération des hommes.
La séduction de Costebelle ne s’est jamais démentie. Au XIX
ème siècle, artistes, écrivains, y cherchèrent
l’inspiration. Les Anglais, qui "inventèrent" le tourisme hivernal
sur la Côte d’Azur, y trouvèrent paix et détente. La
Reine Victoria, elle-même, vint y passer un mois. Vestige de cette
époque, une église anglicane dédiée à
"Tous les Saints" se meurt dans l’oubli à quelques pas du sanctuaire
de N. D. de Consolation.

C’est sur cette colline aussi qu’a été érigé
le monument commémoratif de l’Aéronautique Navale qui domine
la base militaire du Palyvestre. Une grande aile d’avion stylisée
s’étend sur la courbe du soleil, une autre indique la direction du
ciel vers lequel se sont envolés pour une dernière mission
tant de marins.
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À quand remonte un culte de la Vierge à Costebelle ?
Le cartulaire de Saint-Victor de Marseille signale déjà l’existence
au XIème siècle d’une chapelle dédiée
à saint Michel, dans un acte de donation du Seigneur de Fos et Hyères,
daté de 1062. Confirmation sera faite en d’autres actes, notamment
une bulle du Pape Pascal II en 1113, une autre d’Innocent II en
1135. Plus tard, en 1395, une bulle de Benoît XIII met sous la
dépendance de la Chartreuse de Montrieux "le prieuré de
St Michel ou de Notre-Dame de Consolation".

Y a-t-il eu deux sanctuaires distincts, l’un dédié à
St Michel, l’autre à Notre-Dame ? Le premier aurait-il été
détruit lors d’une incursion des Sarrasins ?
La légende qui embellit les faits, mais qui a un fond historique,
voudrait qu’une mère, dont le fils était parti en croisade,
soit venue prier en ce lieu et ait promis à la Vierge d’y édifier
un sanctuaire si elle la consolait en le lui ramenant. Et ce fils bien-aimé
lui fut rendu lorsque le 12 juillet 1254 Louis IX, Saint-Louis, rentrant
de la 7ème Croisade, débarqua sur le rivage hyérois,
à l’Ayguade.
L’oublierait-on, elle ne cesse d’être là-haut, même la
guerre ne lui a pas fait abandonner sa mission.
Chaque année, pour l’Assomption elle accueille de nombreux pèlerins
de toute la région hyéroise auxquels se mêlent les vacanciers.
Et il n’est pas une fête mariale qui ne soit l’occasion de resserrer
les liens affectueux entre une Mère et ses enfants.
La chapelle de la tradition détruite par la guerre
Il semble bien que le sanctuaire qui est signalé sous le vocable
de Notre- Dame de Consolation date du XIIIème siècle.
C’est celui qu’ont connu les anciens Hyérois, du moins dans sa structure
essentielle, avant sa destruction en 1944 par les Allemands.
On disait l’Ermitage, parce que près de la chapelle, dans une petite
maison, ont vécu des religieux. Au fil des ans, le sanctuaire, dont
l’architecture rappelait l’église Saint-Louis en ville, s’est agrandi,
ses murs se couvrirent d’ex-voto (un grand nombre de ceux-ci sont réunis
à la collégiale Saint-Paul).

Restaurée en 1828, la chapelle fut dotée en 1860 d’un clocher
surmonté d’une grande statue de la Vierge en fonte, celle qui se trouve
actuellement à l’extérieur du chevet, face tournée vers
la ville.
Notre-Dame de Consolation a de tout temps attiré les foules, notamment
le 15 août, jour de pèlerinage exceptionnel. Or, c’est un 15
août qu’elle connut les meurtrissures irréparables de la guerre.
Site stratégique important pour l’armée allemande occupante,
la colline de Costebelle, sur la fin de la dernière guerre, était
transformée en place forte et l’accès à la chapelle
fut interdit. Le clergé avait eu la bonne idée de mettre à
l’abri tout ce qui représentait une valeur aux yeux des fidèles,
notamment la très ancienne statue de la Vierge qui y était
vénérée depuis toujours.
Les terrains furent minés, les murs de la chapelle aussi, contrairement
aux engagements pris par le commandement allemand. Le 15 août 1944
on avait appris le débarquement des Alliés sur les côtes
de Provence, à 25 kilomètres à vol d’oiseau. Dans l’après-midi
une cérémonie se déroulait dans l’église Saint-Louis.
Le bruit d’une forte explosion retentit : le sanctuaire s’était écroulé
sur lui-même. Seule, la statue du clocher était restée
intacte, ce qui parut miraculeux.
Il en est resté la clé de voute datée de 1667.
Cette clé de voute est conservée dans la
"Galerie du Park Hôtel" à Hyères.
Les Hyérois n’eurent plus qu’une idée : reconstruire leur chapelle.
En attendant, la très vieille statue de Notre-Dame de Consolation,
restaurée pour effacer quelques méfaits des ans, avait été
placée dans l’église Saint-Louis, où son culte se poursuivit
avec une ferveur aussi grande qu’avant.
Une nouvelle parure pour Notre-Dame
Dans les années d’après-guerre, Hyères eut la chance
d’avoir un maire actif, à l’écoute de sa ville, Joseph Clotis.
Avec son Conseil municipal il mit tout en œuvre pour que l’État et
les administrations chargées de la réparation des dommages
de guerre s’activent dans la reconstruction du sanctuaire. Bien des Hyérois
souhaitaient le retrouver tel qu’ils l’avaient connu, pensant qu’il ne pouvait
en être autrement.
Un esprit nouveau de spiritualité soufflait dans l’Église
et chez nombre d’artistes désireux d’aller à l’essentiel en
s’exprimant. Il en fut ainsi au sein de l’équipe qui fut réunie
pour penser et réaliser la nouvelle chapelle : l’architecte hyérois
Raymond Vaillant, le sculpteur parisien Jean Lambert Rucki, le maître-verrier
de Chartres Gabriel Loire.
Leur œuvre, inaugurée en 1955 allait surprendre : Notre-Dame de
Consolation avait changé totalement de parure.
ANDRÉ MALRAUX AUX HYÉROIS : "Vous avez de la chance d’avoir
une aussi belle chapelle."
Toute expression d’un sentiment religieux, quelle que soit sa forme, est
de l’art sacré. Cependant, la notion contemporaine d’art sacré
est née dans les années 1930 par réaction à une
signification de la piété à travers un style qui se
veut traditionnel, qui accumule parfois les fautes de goût et frôle
même la superstition et est dit "art sulpicien", en référence
au quartier parisien où se tient le commerce de la religion.
Aujourd’hui l’art sacré tend à s’adapter aux principes de
l’esthétique contemporaine telle que la définissaient les Dominicains
en créant en 1935 la revue " Art Sacré".
Ainsi, on a vu surgir des églises auxquelles ont travaillé
des artistes de grand renom et qui ont étonné le monde : Assy
en 1950 (Novarina, Rouault, Bonnard, Bazaine, Léger, Germaine Richier),
Vence en 1951 (Matisse), Audincourt (Bazaine, Léger). Il y eut en
1955 Notre-Dame de Consolation à Hyères.
Si certains nouveaux sanctuaires n’ont suscité qu’une "guerre" de
spéculation sur le bien-fondé du renouveau de l’expression
religieuse, à Hyères il en fut autrement, parce que la nouvelle
chapelle s’est substituée à l’ancienne.
Les Hyérois, profondément attachés à leurs
traditions, repoussèrent pour la plupart l’édifice qu’ils découvraient
avec effarement. Aujourd’hui encore les guides se contentent souvent de citer
la chapelle "moderne" de Costebelle, sans plus.
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Monument artistique d’une qualité rare, pièce maîtresse
du patrimoine hyérois, témoin privilégié de la
floraison de l’art sacré dans l’après-guerre, Notre-Dame de
Consolation est aussi, et surtout, un haut lieu de spiritualité. C’est
ce qu’ont voulu exprimer ses concepteurs et créateurs qui ont réussi,
en unissant leurs talents d’architecte, de sculpteur, de maître-verrier,
une œuvre qui approche de la perfection en une osmose tout à fait
réussie. C’est ainsi qu’ils avaient compris leur mission en l’acceptant
même s’ils avaient des personnalités très fortes et des
notoriétés déjà confirmées dans leurs
domaines respectifs.
Les sculptures de Jean Lambert-Rucki, sobres, imprégnées d’un
mysticisme puisé aux sources de la religion, ne pouvaient, dans le
jaillissement de la lumière des vitraux de Gabriel Loire, que mieux
exprimer la foi profonde de leur auteur, reflet de la foi de l’Église
dans le cadre architectural volontairement dépouillé de Raymond
Vaillant.
LA FAÇADE
À gauche l’église, à droite la partie ermitage, au
centre le clocher qui s’appuie au sol. Ce dernier évoque le mystère
de la rédemption auquel Dieu a fait participer intimement Marie. Une
longue croix s’élève vers le ciel, la Vierge-Mère de
Lambert-Rucki fait pratiquement corps avec elle. On remarquera son visage
plein de paix et de bonté, comme celui de l’enfant Jésus, bras
ouverts (le mystère de la rédemption sur la croix est déjà
engagé) qui semble exprimer sa joie d’accueillir, les visiteurs.
La façade de l’église composée de sujets sculptés,
modelés, ciselés dans le ciment brut par Lambert-Rucki, a la
particularité de servir de support à un grand vitrail intérieur
de Loire, ce qui a nécessité une collaboration intime entre
les deux artistes. Comme un beau livre d’images elle raconte les principaux
événements de la vie de Marie faciles à identifier :
l’annonciation, la visitation, la nativité, la fuite en Égypte,
l’assomption. Les scènes sont soulignées par les nervures qui
soutiennent les dalles de verre du vitrail de Loire. De même, à
l’intérieur, on remarquera que les motifs de celui-ci sont dessinés
par le ciment de Lambert-Rucki.
En cela la chapelle de N. D. de Consolation est un cas tout à fait
exceptionnel que Gabriel Loire aimait à souligner. Ce chantier avait
d’ailleurs intimement rapproché les deux artistes.
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LE CHŒUR
Le chœur est à voir comme un tout. On ne peut plus dépouillé
que ce lieu où se célèbre l’Eucharistie, mais quelle
impression d’aura surnaturelle ! Là encore la magie de l’association
de trois arts se révèle : une verrière de cinq lancettes
de Gabriel Loire sur le thème "la prière et le chant de la
création", donne une présence particulière aux saints
qui assistent l’officiant autour de l’autel en arc de cercle, en signe d’union
intime des participants au repas sacré, ce que soulignent la sobriété
et la forme des murs voulu par l’architecte Raymond Vaillant.
Ces saints, longues figures sculptées de Jean Lambert-Rucki sur
fond de mur nu, semblent perpétuer dans leur attitude figée
le moment important du mystère de la rédemption dont ils ont
été les témoins privilégiés et qui se
renouvelle à la messe : ce sont les apôtres.
Il faut restituer cette collaboration à trois dans les cheminements
artistiques :
- - Gabriel Loire l’a dit : à Hyères, il a franchi une nouvelle
étape de sa quête de la foi en explorant l’expression symbolique.
- - Jean Lambert-Rucki : de son expérience de la Grande
Guerre il a acquis une réflexion mystique avec un nouveau regard sur
le monde, et une intuition de la divinité qui lui est très
intime. Imprégné de spiritualité franciscaine, il s’était
choisi le prénom de Jean. (À la Cène il s’identifiera
à St Jean sous la bure de St François.)
Le chœur de la chapelle c’est le Cénacle. La table est mise. Le
mur d’abside arrondi enveloppe la pièce, la création toute
entière que suggère le vitrail est invitée à
la Cène au même titre que les apôtres. Jésus préside,
symbolisé par le pain et le poisson et l’Alpha et l’Omega.
Manque Judas qui a quitté la table avant l’institution de l’eucharistie.
Les apôtres s’identifient aux attributs que l’iconographie chrétienne
leur donne traditionnellement :
- - à gauche - Simon le Zélote ; Jacques le Mineur
(le plus jeune des deux Jacques, il est imberbe) ;
- Jean (le jeune homme, le plus proche de Jésus) ;
- - puis à droite -, Pierre (la clé du Royaume),
Paul (l’épée qui lui a tranché la tête, déclaré
apôtre à posteriori par le Christ sur le chemin de Damas) ;
Barthélémy (le coutelas qui l’a écorché vif)
;
- Jude (une branche de palmier) ;
- André (la croix en sautoir sur laquelle il est mort)
;
- Jacques le Majeur (en pèlerin de Compostelle avec
le chapeau, la bourse et la coquille) ;
- Philippe ;
- Matthieu (le livre de l’Évangile) Thomas (montre
les paumes des mains comme Jésus).
"Au fond une seule chose est vraie pour Lambert-Rucki : la tendresse,
le grand amour compatissant. Et c’est bien pourquoi il a aimé le Christ.
Chez peu d’artistes, chez peu d’hommes on trouve cette sorte de connaissance
profonde, expérimentale en quelque sorte de la charité humaine
et divine du Christ. Et c’est bien ce qui fait l’extraordinaire valeur chrétienne
de ses œuvres."
Revue des Arts Religieux et Liturgiques éditée parles bénédictins
de l’abbaye de Saint-André
"Lambert-Rucki attache à toute son œuvre un profond sentiment
religieux et la nostalgie d’un monde transcendant... foi et amour de la vie
incluse dans l’homme, et aussi de toute vie."
Georges-Henri Pingusson
LA NEF DE LA VIERGE
La partie nord, située en regard du grand vitrail source de clarté
mariale, est consacrée à la seule Vierge. Elle forme une nef
qui conduit à l’autel au-dessus duquel trône Notre-Dame de Consolation,
la statue vénérée depuis au moins 800 ans. Exceptionnellement
les murs apparaissent en pierre brute du pays comme pour l’ancienne chapelle,
rappelant la pérennité du culte rendu ici.
Une fresque de Jean Lambert-Rucki, dessinée à la pointe sèche
dans le ciment, encadre l’autel.
La partie supérieure rappelle divers épisodes de la vie de
Marie : la visitation, l’annonciation, le songe de Joseph, la fuite en Egypte,
la présentation de Jésus au temple, et au centre la glorieuse
assomption dans une rayonnante clarté qui fait écho au vitrail
sud de Gabriel Loire.
La partie inférieure de l’autel est consacrée à l’épiphanie,
la révélation de Jésus au monde par l’intermédiaire
de sa mère, avec l’adoration des Rois mages qui ont été
guidés par une étoile. Le mur est percé de quatre lancettes.
Gabriel Loire a voulu pour ces vitraux des tons discrets pour respecter l’effet
créé par la grande verrière. On y remarque, émergeant
du bleu marial, divers symboles de la création : oiseaux, poissons,
produits de la terre, signes zodiacaux sur lesquels règne Marie.
LE REVERS LUMINEUX DE LA FAÇADE
Loire, unissant son talent de verrier à celui du sculpteur Lambert-Rucki
qui s’est exprimé sur la façade extérieure, a réalisé
en contre-point dans la partie supérieure de la porte, une étonnante
composition de couleurs lumineuses, que guident les traits de ciment obtenus
par transparence : elle chante joyeusement les litanies de la Vierge : Rose
mystique, Tour de David, Maison d’or, Arche d’alliance, Étoile du
matin...
À droite, sur toute la hauteur, il reprend le sujet du sculpteur
obtenu comme par décalque et le superpose : les scènes extérieures
en relief de l’Annonciation et de la Visitation sont maintenant mises en
lumière de dalles de verre. Il y a interpénétration
intime de la sculpture et du vitrail. Réussite artistique exceptionnelle,
dont Gabriel Loire a conservé toute sa vie un souvenir ému.
voir exemple (245Ko)
C’est peu de dire que les deux artistes se sont enrichis mutuellement en
œuvrant dans le cadre que leur offrait l’architecture.
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Première impression en pénétrant dans la chapelle :
une subtile lumière répand paix, recueillement et provoque
une sensation de bien-être intérieur. Les verrières de
Gabriel Loire jouent leur rôle essentiel : rapprocher le visiteur,
croyant ou pas, du divin. Pour l’artiste le vitrail est un élément
important de l’architecture et non un décor qui vient s’y ajouter.
Le vitrail sud de Notre-Dame de Consolation a offert au maître verrier
sa première occasion de travailler sur une paroi entière. Il
est composé de quinze lancettes étroites de cinq mètres
de hauteur.
Le sujet principal est une rayonnante Vierge-Reine présente aux
événements de l’histoire d’Hyères, et notamment de la
chapelle de Costebelle. Les saints locaux ont leur place près d’elle :
L’abbé Jean Journoud, curé de Saint-Louis à l’époque
de la reconstruction de la chapelle, et qui, à ce titre, et en tant
que correspondant de la Commission d’Art Sacré du Diocèse,
a suivi pas à pas le travail des artistes, mieux que nul autre commente
ce splendide livre d’images.
Notre-Dame de Consolation laisse tomber du ciel sur la terre les grâces
souvent demandées sur cette colline sainte : la pluie sur le sol desséché,
la guérison sur les malades.
- 1248 : c’est le départ de la septième croisade
qui se termina le 12 juillet 1254, par le débarquement de Saint Louis
dans la Rade d’Hyères. On voit les soldats accostant le rivage, tandis
que le Saint Roi - devant l’ancien temple qui s’élevait sur la colline
de Costebelle, selon la légende - remet un de ses valeureux Croisés
à sa mère qui l’attendait depuis six ans. Au-dessus de cette
scène est figurée la silhouette de la chapelle que cette noble
Dame aurait promis de faire édifier en ce même emplacement.
- 1572 : essai de destruction de la chapelle par les
Huguenots.
- 1789 : la Révolution française s’attaque
aux lieux de culte, détruisant ou profanant églises, chapelles,
couvents. Les objets précieux enfermés dans le trésor
du sanctuaire sont dérobés par l’administrateur du district.
Au-dessus du groupe de profanateurs s’acharnant dans cette œuvre de démolition,
on voit, dans le vitrail, l’épisode d’une protection céleste
toute particulière dont la statue fut l’objet, alors que des ravisseurs
impies l’emportaient sur un chariot vers la ville dans un dessein sacrilège.
- 1815 : après ces années troublées,
le calme est revenu ; le curé Bouix décide de rendre au culte
la chapelle éprouvée.
- 29 janvier 1883 : la statue est encore miraculeusement
préservée des ravages du feu.
Dominant tous ces sujets, ce sont :
- À droite les Saintes Marie débarquant en Provence ;
- À gauche, les Saints en vénération
en ce lieu, parce qu’ils en sont originaires, comme la sainte hyéroise,
Sainte Douceline et la sainte varoise, Sainte Roseline, ou parce qu’ils y
étaient invoqués, comme Saint Roch, dont la fête est
commémorée le 16 août, grand jour de pèlerinage
traditionnel.
- Don Bosco y figure également, car en visitant sa
fondation à la Navarre, il a, pense-t-on, célébré
ici la Sainte Messe, comme il l’a fait en l’église Saint- Louis, où
il eut la vision anticipée de ses futures missions de Patagonie.
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Trois statues
, trois images d’une même Vierge consolatrice
Celle qui accueille à Costebelle, c’est la Vierge, Notre-Dame de
Consolation, avec son fils. On la découvre sous trois représentations
différentes, trois styles qu’on ne saurait comparer, trois conceptions
de son rôle auprès de Dieu.
Première rencontre : la statue monumentale, dressée dans
la verticale du clocher.
La Vierge-Mère présente son fils au monde, un enfant, bras
largement ouverts pour accueillir tous ceux qui ont besoin d’être consolés.
C’est Notre- Dame Auxiliatrice, 1’avocate des causes les plus indéfendables,
et que Jésus reçoit avec miséricorde.
Œuvre de Jean Lambert-Rucki, décriée dans un premier temps,
elle fait corps avec le sanctuaire. La stylisation des lignes ascendantes
modelées dans le béton, rappelle la simplicité de la
statuaire du moyen-âge et ne fait que souligner la sérénité,
la bonté de la Mère et de son Fils. En même temps, elle
inspire une élévation de 1’âme vers le ciel.
Chef d’œuvre de la sculpture contemporaine, cette statue marquera dans 1’histoire
de l’art religieux, comme un retour au sens profond du sacré.
Deuxième rencontre : la Vierge en fonte, dressée derrière
le chevet.
C’est la rescapée de la destruction de la chapelle, le 15 août
1944. Les hyérois qui ont vécu la période antérieure
à la guerre, ont pour elle une vénération spéciale,
parce qu’elle est restée le seul témoignage de ce que fut le
sanctuaire autrefois, ce qui est pour eux, d’une certaine façon, miraculeux.
Vierge de miséricorde, dans une attitude très maternelle,
les bras ouverts, les mains tendues vers ses enfants. Pendant près
de 90 ans, du haut du clocher, elle assura l’accueil sur la colline, elle
fut un phare pour ceux qui montaient vers elle. Elle est maintenant tournée
vers la ville qu’elle ne quitte pas des yeux et qu’elle protège.
Du sommet de Costebelle, Notre-Dame a le regard tourné vers les Hyérois.
Qu’ils soient citadins, ruraux, gens de la mer, militaires, elle veille sur
eux et ils le savent sans avoir besoin même de tourner les yeux dans
sa direction.
Troisième rencontre : la Vierge miraculeuse.
C’est la Vierge de la tradition invoquée sous le vocable de Notre-Dame
de Consolation, celle qu’on a toujours connue et priée, celle qui,
peut-être, est à l’origine du sanctuaire. On lui attribue de
nombreuses interventions miraculeuses, elle a une place d’honneur dans le
bas-côté nord.
Cette statue taillée dans le bois est très ancienne, antérieure
certainement au précédent sanctuaire, elle pourrait dater du
XIe ou XIIe siècle.
Elle a subi maints outrages. Mutilée, défigurée du
fait des razzias des Sarrasins, des guerres de Religion, de la Révolution,
des incendies, elle fut chaque fois restaurée. Ainsi porte-t-elle
sur elle la marque de la dévotion de ses fidèles apportée
après chacune de ses épreuves.
C’est une Vierge-Mère tendre qui tient son enfant sur le bras droit,
auquel autrefois elle présentait un fruit de la main gauche. Celui-ci
a été remplacé par un sceptre depuis que les Hyérois
l’ont faite Reine, en la couronnant en 1909.
L’histoire et la tradition attribuent à cette statue des faits merveilleux.
Ainsi, durant la Révolution, elle échappa à deux profanations.
D’abord les démolisseurs ne purent l’atteindre parce que, dirent-ils,
elle s’éleva au-desssus de son autel.
Puis, alors que d’autres la traînaient vers la ville sur un chariot
pour aller la brûler, celui-ci, au passage du Roubaud, refusa de rouler.
Les ravisseurs épouvantés 1’abandonnèrent. Pour lui
éviter d’autres profanations, un jeune prêtre vint la prendre
de nuit pour la cacher. Notre-Dame de Consolation ne retrouva sa vraie place
qu’au début du XIXème siècle.
Autre fait surprenant : le 29 janvier 1889, la statue parée d’une
robe de soie, de broderie, de pieux bijoux, s’enflamma au contact des cierges
qui 1’entouraient. Le feu dévora les tissus, les images saintes et
reliques qui la couvraient, il s’attaqua au bois et s’éteignit subitement
avant qu’on ne soit intervenu. Seul le visage de la Vierge a alors été
légèrement touché, mais la blessure n’était pas
irréparable.
" Le regard de la Vierge est le seul regard vraiment enfantin, le seul
vrai regard d’enfant qui se soit jamais levé sur notre honte et notre
malheur. Pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n’est pas
tout à fait celui de l’indulgence, mais de la tendre compassion...
"
Georges Bernanos, Journal d’un curé de campagne
(Hôte de la famille Vernier, Bernanos a résidé à
Hyères, aux Maurels, quartier de la Bayorre. On peut penser qu’il
a prié N. D. de Consolation.)
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POUR MIEUX COMPRENDRE L’ŒUVRE DES ARTISTES Jean Lambert-Rucki
Un artiste devient "grand" parce qu’il est humain et simple. Jean Lambert-Rucki
Georges Rouault et Jean Lambert-Rucki sont les deux grands artistes réformateurs
de l’art sacré, de la première moitié du XXème
siècle. Avec Péguy, Maritain, Claudel, Lambert-Rucki cherche
à exprimer le malaise de son époque, devant l’absence de spiritualité.
Comme ses grands contemporains, il réclame le retour à une
foi religieuse authentique, à celle du moyen-âge, époque
où l’homme s’unissait à Dieu.
Jacques De Vos (Jean Lambert-Rucki, 1888-1967)
Pendant de longs siècles, l’art chrétien a vécu
sur une tradition qui était la tradition byzantine. Art hiératique,
peinture plate, figuration dont il n’était pas permis de s’écarter.
Je ne demande pas que l’on revienne à ces règles sévères,
mais il faut convenir que cet art était profondément religieux,
qu’il était de plus archi- tectural, qu’il s’inspirait de pensées
non pas anthropomorphiques mais vraiment théologiques, et qu’il a
été celui de parfaits croyants.
Jean Lambert-Rucki (L’Art Religieux Actuel)
Gabriel Loire
Pour moi l’abstrait pur n’existe pas. Il y a toujours quelque chose au
départ, une base, une source. C’est en partant de cela qu’on peut
s’exprimer et atteindre un certain niveau de spiritualité.
Gabriel Loire
(Les vitraux de Hyères) semblent marquer une nouvelle étape
dans l’œuvre de Loire par leur abstraction lyrique, les symboles qui semblent
flotter sur une mer mouvante. Loire a laissé les entrelacs de Domfront
et les motifs de mosaïque décorative de Rennes et de Rouen pour
trouver un mode abstrait qui ne crée pas seulement une atmosphère
lumineuse propice au recueillement, mais dont l’expressivité, sans
être agressive, semble provoquer ce recueillement, susciter la lumière
intérieure de celui qui le voit.
Charles Pratt et Joan C. Pratt (Gabriel Loire - Les vitraux)
Gabriel Loire à propos de Lambert-Rucki :
"Il avait une âme d’enfant qu’il exprimait dans ses sculptures.
Il allait à l’essentiel avec une joie et une pureté qui m’ont
toujours plu." (Dans "Gabriel Loire, Les Vitraux", Centre inter- national
du vitrail. Par Ch. et J. Pratt)
RAYMOND VAILLANT, ARCHITECTE
Raymond Vaillant est né à Saint-Tropez en 1907. Son père
a disparu en mer au cours de la Grande Guerre.
Il a fait ses études à Marseille et a choisi l’École
des Beaux-Arts, section architecture, où il eut pour condisciple Fernand
Pouillon. Pour son diplôme de fin d’études (D.P.L.G.) préparé
à l’atelier Expert à Paris il a conçu la Maison des
Collectionneurs dans le cadre de Moustiers-Sainte-Marie.
Il ouvre son cabinet d’architecture à Hyères en 1939. Son
premier travail a été la réalisation d’un petit immeuble,
sis, légèrement en retrait, au n° 8 de l’avenue Maréchal
Lyautey (face à la boutique Télécom).
Mobilisé, à son retour il poursuit son activité professionnelle.
Il obtient sur concours la réalisation de la stèle de la Libération
érigée à Hyères au lieu-dit Moulin 1er, où
avaient eu lieu des combats.
Chargé de la maîtrise d’ouvrage de la reconstruction de la
chapelle, de Notre-Dame de Consolation à Costebelle, il a choisi pour
les vitraux Gabriel Loire, dont le style et la technique convenaient à
son projet. Et Gabriel Loire lui a indiqué Jean Lambert-Rucki pour
les sculptures. De sorte qu’ils ont pu travailler ensemble dans une harmonie
parfaite pour réaliser une œuvre d’une unité artistique exemplaire.
Raymond Vaillant est décédé en décembre 1979.
GABRIEL LOIRE, MAÎTRE-VERRIER
Né en 1904 en Anjou. Pionnier du vitrail en dalle de verre dans les
années 1930 dans l’atelier de Charles Lorin à Chartres. Décédé
en 1996, il a réalisé des vitraux dans plus de 400 lieux en
France, et dans plus de 300 dans le reste du monde. Il restera dans l’histoire
de l’art comme l’un des plus grands maîtres-verriers du XXe siècle,
sinon le plus grand, et il laisse certainement l’œuvre la plus considérable.
- -1929 : participation à l’exposition d’Art Religieux au musée
Galliera à Paris.
- - 1932 : première exposition à la Société
Nationale des Beaux-Arts. Elu membre associé de la section Art-Décoratif.
- - 1936-46 : il excelle dans la peinture, la décoration,
les émaux, l’illustration d’ouvrages, la poésie et publie.
- -1940 : sociétaire de la Société Nationale
des Beaux-Arts.
- -1946 : fonde son atelier de vitrail.
- -1948 : création de l’Atelier de la Clarté
à Lèves, près de Chartres. Participe à divers
chantiers de reconstruction d’églises détruites par la guerre.
- -1950 : première commande aux Etats-Unis.
- -1953 : Vitraux de l’église N. D. de la Victoire
à St Raphaël.
- - 1952-55 : Collaboration avec le sculpteur Jean Lambert-Rucki
à Hyères et à Lèves.
- - 1960-70 : Vitraux au Maroc, en Egypte, à Berlin.
- - 1970-90 : Vitraux en Afrique du Sud, au Niger, cathédrale
de Salisbury en Angleterre, tour-vitrail au Japon.
- -1991 : Publication de "Mon clown à la découverte
du miroir".
JEAN LAMBERT-RUCKI, SCULPTEUR
Jacques Rucki naît à Cracovie en 1888 de père polonais,
vétérinaire, et de mère hongroise.
- - 1906 : École des Beaux-Arts de Cracovie, il a pour condisciple
Moïse Kisling.
- - 1911 : A Paris. Il partage à Montparnasse la bohème
de Modigliani. Les deux artistes s’influencent mutuellement.
- - 1913 : Première exposition au Salon d’Automne.
- -1914 : S’engage dans le "Bataillon des Volontaires Étrangers"
sous le nom de Jean Lambert qu’il conservera. Combat sur le front des Dardanelles.
Amis de Miklos et Csaky.
- - 1918 : Retour à Montparnasse. On parle de "1’École
de Paris" en citant Chagall, Soutine, Modigliani, Utrillo, Kisling, Survage,
Orloff, Csaky, Miklos, Lambert-Rucki..
- -1920 : Epouse Monique Bickel, élève de Rodin.
Expose à la Section d’Or, au Salon des Indépendants avec Fernand
Léger, Gleize, Marie Laurencin, Braque, Survage, Jacques Villon. Il
rencontre le dinandier Jean Dunand. Il crée pour lui les laques du
"Normandie".
- -1930 : Exposition avec l’Union des Artistes Modernes à
laquelle appartient Robert Mallet-Stevens (créateur de la villa De
Noailles à Hyères) et dont il deviendra membre.
- - 1936 : Expose à l’Office Général
d’Art Sacré.
- - 1937 : Présent à l’Exposition Internationale
avec l’Union des Artistes modernes dont il réalise le mur-sculpture
d’accueil. Élabore le manifeste du Groupe avec Mallet-Stevens, Le
Corbusier, Pingusson. Il crée des bijoux pour Jeran Fouquet.
- - 1938 : À l’Exposition d’Art Sacré. Chemin
de croix de l’église des "Trois Ave" de Blois, terminé après
la guerre en 1948.
- - 1945 : Sculpture du maréchal Ney à Sarre-Louis.
- - 1947 : Participe à l’exposition de la Céramique
Contemporaine à Baden- Baden et à Vienne.
- - 1947-60 : Travaille pour de nombreuses nouvelles églises :
Boulogne- Billancourt, Saint-Mandrille, Chanu, Lèves (avec Loire ),
Selz, Namur, Beaurain, Malmédy... au Canada (bénédictins
de St Benoît-du-Lac).
- - 1952-54 : Sculptures intérieures et extérieures
de N. D. de Consolation à Hyères.
- - 1958 : Expose au Caire.
- -1967 : Meurt dans son atelier.
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