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Le scandale de la pauvreté

Les causes et les remèdes

  Publié le mardi 9 avril 2013 , par Falk Van Gaver

Entretien avec Bertrand de Kermel, président du comité Pauvreté et politique.


1 - QUELLE EST LA REALITE DE LA PAUVRETE AUJOURD’HUI, EN FRANCE ET DANS LE MONDE ?
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En Europe, la pauvreté est mesurée par un critère monétaire. Est pauvre, une personne dont le revenu est inférieur à 60 % du revenu médian. Sur ces bases, les chiffres sont les suivants :
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France : 8,5 millions de pauvres en 2011, soit 14 % de la population.
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Europe : 85 millions de pauvres en 2010, soit 17% de la population. (10,5 % en Norvège à 21,8% en Espagne).
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Monde : + d’1 Milliard d’individus souffrent de la faim. Situation d’extrême pauvreté
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Essayons d’aller plus loin, pour mieux prendre la mesure de la souffrance de ces populations, au moins en France.
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- Appels du 115 : Jusqu’en 2011, la majorité des appels du 115 provenaient d’hommes seuls. Aujourd’hui, la moitié émane de familles.
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- Nombre de repas servis par les resto du cœur :
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1986 : 8,5 millions de repas
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2003 : 70 millions de repas
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2012 : 130 millions de repas
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Soit un taux d’augmentation : 1.430 % ! (Sachant que les resto du cœur sont loin d’être les seuls à servir des repas en populations en difficulté).
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- Soins médicaux. En 2011, 29% de français renonçaient aux soins médicaux. En 2009, ils n’étaient « que » 11%. (Baromètre santé europ assistance)
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- Travail - pauvreté : le travail ne protège plus de la pauvreté. A partir des années 1990, on a vu se créer en France la catégorie des « travailleurs pauvres ». Les précarités sont un problème majeur, car elles entravent les projets.
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2- COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVES LA ?
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Les causes de la pauvreté sont grosso modo de trois ordres, sachant que toutes interagissent entre elles, ce qui amplifie leurs effets.
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1 - Certains choix (ou non choix) de société. Ils sont nombreux. Parce qu’ils viennent tout de suite à l’esprit, on peut citer l’individualisme et la concurrence, au détriment de la coopération et de la solidarité. On peut citer également un grand laisser-aller vis-à-vis de valeurs telles que l’honnêteté et la corruption. Près d’un quart des dirigeants de Wall Street et de la Bourse de Londres estiment que des conduites malhonnêtes ou illégales sont nécessaires pour réussir dans le monde de la finance (sondage publié le10 juillet 2012 par le cabinet d’avocats new-yorkais Labaton Sucharow). Voir aussi le financement des campagnes électorales (Karachi), ou encore l’élection sans problème d’élus ayant été condamnés pour malversations.
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Quant à la corruption il suffit de se rendre sur le site de « Transparency International » pour se rendre compte que la France est mauvaise dans la lutte contre la corruption. Ces sujets sont fondamentaux. Ils aggravent la pauvreté partout dans le monde.
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2 - Des choix personnels.
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Dans les années 60, il fallait additionner un nombre impressionnant de « bêtises », pour devenir « clochard ». Aujourd’hui, il suffit d’un divorce mal géré, d’une situation de chômage qui perdure et de la perte de son logement pour qu’une personne de la classe moyenne se retrouve rapidement en situation de pauvreté, si ce n’est, in fine, en situation de SDF. L’individualisme ambiant, le fort taux de chômage, et parfois l’absence de solidarité de la famille au sens large, accélèrent le phénomène.
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3 - Le système économique, l’apparition des nouvelles technologies, et les dérives de la démocratie.
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Voici comment, dans les années 90, plusieurs experts ou Hommes politiques imaginaient publiquement l’avenir sur la planète :
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Premièrement, l’hyperclasse, un groupe composé de plusieurs dizaines de millions de personnes qui disposeront de tous les moyens de la connexité et de la création, qui créeront, qui manipuleront les informations, qui seront des nomades volontaires, et qui seront dans une situation d’individualisme exacerbé.
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Deuxièmement, les nomades de misère, au bas de l’échelle, subissant les technologies et qui seront obligés de bouger pour trouver du travail ou pour survivre. Un groupe d’environ un milliard d’individus.
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Troisièmement tout le reste, une gigantesque classe moyenne, vivant dans l’espérance factice de rejoindre l’hyperclasse et dans la peur réelle de basculer dans le nomadisme planétaire.
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C’est exactement ce que nous constatons aujourd’hui.
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Pourquoi est-ce grave ? Parce que cette réalité montre que le système actuel abandonne un nombre impressionnant de personnes à la misère et l’exclusion, ne leur proposant aucun avenir, aucune perspective, même à long terme. Cette réalité se constate entre les pays et à l’intérieur de chaque pays (Le rêve américain est devenu une fiction). Je sais, il y aura toujours des pauvre sur terre. Toutefois, on ne peut pas rester inertes face à un système qui affiche aussi clairement ses conséquences sans espoir sur les plus fragiles d’entre nous.
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C’est d’ailleurs l’intérêt général de la planète, car ce milliard de miséreux, est un vivier tout trouvé pour recruter des dealers et des terroristes. J’ajoute que l’existence d’une classe moyenne, « vivant dans l’espérance factice de rejoindre l’hyperclasse et dans la peur réelle de basculer dans le nomadisme planétaire » n’est à l’évidence pas durable.
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Concrètement, de nombreux phénomènes expliquent ces dérives. Parmi eux, on peut citer :
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- L’abandon du pouvoir par les politiques au profit d’une oligarchie. Le Figaro Magazine du 1er mars titrait sur sa page de couverture : « ces réseaux qui ont pris le pouvoir ». On ne peut mieux dire !
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- Les manipulations monétaires, ajoutées au refus de prendre en compte les dimensions sociale et environnementale dans les règles du commerce mondial (d’où la classe des nomades de misère qui n’a aucune chance de rejoindre un jour la classe moyenne).
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- L’absence du principe de réciprocité des échanges dans les règles du commerce mondial, ce principe étant pourtant essentiel pour un équilibre minimum des échanges. Sinon, la mondialisation est « gagnante-perdante », d’où le chômage. (Cf Ricardo).
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- Le développement exponentiel des paradis fiscaux et le maintien de compétences nationales aux administrations nationales et aux Tribunaux. Ceux-ci ne peuvent donc pas contrôler correctement les très grandes entreprises multinationales. D’où toutes les dérives du capitalisme et de la finance, les évasions fiscales d’un niveau jamais atteint, la corruption à grande échelle donc le pillage des richesses, et le sentiment d’impunité de leurs auteurs.

- L’évolution du rôle et du management de l’entreprise, ainsi que la financiarisation de l’économie, qui conduit à privilégier avant toute chose le profit immédiat, développant l’égoïsme , la compétition et l’individualisme. (Sachant qu’une saine émulation est un moteur de progrès, et que ce sont les excès qui sont ici dénoncés)
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La généralisation des critiques ne signifie pas que tout le monde est tricheur, bien sur. Mais les tricheurs l’ont emporté, et les dégâts sont là.
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3- COMMENT EN SORTIR ?
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Cela nous ramène au Comité Pauvreté et Politique, fondé en 1994 par Jacques Froget, sur la base d’un projet qui figure sur tous nos documents : « pour une Politique juste et efficace mise délibérément au service de l’Homme, à commencer par le plus démuni »
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Mon livre est grandement inspiré des travaux du Comité. Il propose un cadre d’action pour les trois niveaux que sont : Le monde, l’Europe et les Nations. Sans un plan d’ensemble traçant clairement les chemins à suivre pour chaque niveau, on n’apportera pas de réponse cohérente. Ce cadre suggère d’agir prioritairement dans trois directions :
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Première direction : Remettre la démocratie d’aplomb, pour redonner aux élus la totalité de leurs pouvoirs, et les rendre inéligibles en cas de dérapages.
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Deuxième direction : définir la forme de capitalisme qui permettra de recentrer l’économie sur son rôle d’outil au service de l’Homme, dans le respect de l’environnement.
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Troisième direction : Faire évoluer les mentalités, pour développer plus d’altruisme, de coopération et de solidarité entre les citoyens, aux lieu et place d’un individualisme savamment entretenu.
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A l’intérieur de ces trois chapitres, on trouve plus d’une trentaine de réformes, dont les 2/3 sont des réformes lourdes. Elles portent sur nos choix de société ainsi que sur nos choix économiques et écologiques. Il s’agit rien moins que nous diriger vers le développement durable, seule solution possible pour l’avenir. Il faut commencer par recueillir un consensus minimum des citoyens, en décrivant clairement les problèmes à résoudre, et ce que l’on attend de ces réformes.

Comme il faudra beaucoup de modestie, et que nul n’a la vérité révélée, il y aura lieu de prévoir pour chaque réforme les instruments de contrôles réguliers, pour vérifier que les résultats sont bien au rendez-vous dans les délais prévus. On a le droit de se tromper. Pas de persister dans l’erreur. En cas d’erreur, il faudra corriger le plus vite possible. Aucun politique ne se déconsidèrera à travailler de la sorte, bien au contraire, car c’est rassurant pour les citoyens.
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Propos recueillis pas Falk van Gaver
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Bertrand de Kermel, Le scandale de la pauvreté, L’œuvre, 2012











 
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