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"Que Dieu lui-même achève en vous
ce qu’il a commencé"

(Rituel de l’ordination)

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14° DIMANCHE ORDINAIRE

".." Paix à cette maison !..."

  Publié le dimanche 3 juillet 2016 , par Père Thierry Galant


Quel titre donner à ce passage de l’évangile ?

’dispositif d’évangélisation des premiers disciples’ ?

’Conquête de L’Évangile ’ ?

’Mission des moissonneurs de l’Évangile’ ?

’Programme’ ou ’plan de campagne’ de Jésus ?

Tout cela ne serait pas faux et intéressant à développer. Je l’ai déjà fait d’ailleurs.

Mais je vais cibler sur un autre aspect, en le nommant :

- ’petit traité de tolérance évangélique’ -

Car je vois dans ces lignes, une magnifique aventure où la tolérance est reine.

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Les disciples partent, envoyés par Jésus.

avec un message : « Le Royaume de Dieu est tout proche »

Et Jésus est très précis sur la méthode à suivre. Il n’était pas obligé d’être si précis.

Vous frappez.... les portes, bien sûr, pas les personnes !

Si on vous ouvre, vous vous présentez. Sinon vous n’insistez pas.

Cela est plus facile à comprendre pour ceux qui ont déjà évangélisé en porte à porte.

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La pratique de la tolérance a beaucoup varié dans l’Histoire.

Mais elle s’associe toujours à une conception de la vérité.

On critique l’intolérance ambiante du Moyen Age. De l’Église tout autant que de la société de l’époque.

« Tu menaces l’unité de la société, donc je te punies, je t’exclue et même je t’élimine si tu insistes », c’était, en gros, la base des relations.

Bien que, souvent, ce n’était pas quelqu’un dans l’erreur qu’on combattait, mais bien l’ennemi qui cherchait lui aussi à nous tuer.

Quand Charles Martel, rappelez vous, 732, Poitiers, lève ses armées, ce n’est pas par intolérance, c’est par défense contre un ennemi attaquant.

Les croisades, plus tard, furent mêlées d’un principe de protection armée, d’un principe aussi d’intolérance, pour finir dans une conquête sans vergogne pour des intérêts de seigneurs.

Nos croisades actuelles ne sont pas loin de reproduire le même schéma :

protection armée – tolérance mal comprise – et intérêts économiques et politiques bien évidemment en final …

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Ensuite, après le Moyen-Age, comment s’est développé la tolérance ?

La tolérance est tellement subtile à bien tenir en équilibre ....

En fait il y a deux attitudes qui se font la guerre :

la première est celle-ci :

« tu te trompes, tu me fais mal, mais j’admets que tu sois là, en espérant que tu trouves la lumière. En t’aidant même à la chercher »

la seconde attitude c’est :

« tu ne t’occupes pas de moi. Erreur ou pas, tu fais silence »

autrement dit, « je ne veux pas avancer dans la vérité. Je veux être tranquille même dans mon erreur »

Et donc peu à peu, cette dernière attitude va devenir une lutte contre la vérité.

Voilà la fausse tolérance qui pointe son nez !

On ne veut pas reconnaître l’erreur, ni celle du voisin, ni la nôtre bien sûr.

Alors on doit se taire. Et faire taire...

parfois en criant plus fort que l’autre : ’intolérance, intolérance ! »

Une seule intolérance est admise : On ne peut pas tolérer celui qui cherche la vérité.

Parce qu’il nous apparaît avec une supériorité.

Celui qui s’appuie sur une recherche de vérité est insupportable, car il risque de me remettre en question.

Même s’il ne me dit rien, du reste. Par le fait même qu’il interroge ma conscience.

Il doit se taire. D’abord en public, puis, de plus en plus, en privé.

Et même de dire par hasard une vérité, nous rend agressif.

C’est le cas des enfants dans certaines écoles, qui ne peuvent pas s’exprimer selon la vérité de leur cœur.. La maîtresse se met en colère.

C’est normal, celui qui est dans le flou, déformé moralement, en cachette ou visiblement, ne peut pas entendre même de loin, une parole de vérité qui ravive ses remords.

Celui qui n’admet pas une démarche de conversion, ne peut pas laisser approcher sa blessure intérieure, fusse par le regard d’un enfant qui ne fait pas exprès.

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Vous voyez, chers frères et sœurs, l’évolution faussée.

La tolérance, la fausse tolérance, devient synonyme de silence sur la vérité des choses.

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Mais cette évolution depuis quelques temps va plus loin.

Il ne suffit pas d’être toléré, c’est à dire d’être respecter avec ses erreurs et même que personne ne me fasse de remarques sur mes insuffisances.

Le stade suivant, très actuel, c’est que je veux qu’on approuve mes erreurs et mes égarements.

J’exige qu’on approuve, au nom de la tolérance, ce que personne n’approuve en son for interne.

J’exige que plus personne n’exerce son jugement sur des valeurs ; Au nom de la tolérance !

Tant que mon voisin ne sera pas aussi déboussolé que moi, il restera comme un accusateur secret de mes dérèglements. Et me paraîtra intolérant.

Il doit m’approuver en tout, en devenant déréglé. Sinon c’est un sectaire intolérant. !

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La Vérité, brave homme, te poursuivra malheureusement toujours, jusqu’au fond de ta blessure, que je respecte pourtant

Mais sache que le Règne de Dieu est proche.

Celui qui ferme sa porte à un message de vérité, de foi et d’Évangile, va grandir en amertume et en haine. Il sait qu’il a raté quelque chose...

Revenons au « petit traité de tolérance de Jésus »

Comment Jésus résout à tout jamais le conflit entre l’annonce de la vérité et le respect de celui qui est dans l’erreur ?

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Il y a 5 portes :

celle de la brebis égarée

celle de l’agneau et de la simplicité

celle de la grâce qui ne craint rien.

Celle du débordement du message

enfin, celle de la paix du disciple

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Ces cinq conditions, ces cinq portes, très chrétiennes, vont ensemble.

Il ne peut en manquer une.

Et au final, il y en aura une sixième, que je vous réserve en conclusion. .

Premièrement

il ne peut y avoir tolérance que si nous allons rencontrer notre frère.

Si nous le rejoignons dans sa pauvreté. Pas si nous nous en protégeons.

Rencontrer notre frère tel qu’il est. Chez lui, le meilleur endroit.

Je dirais presque : « dans son jus »

C’est toi, mon frère que je viens rencontrer, avec tout ce que tu es, dans ton environnement qui n’est pas toujours évangélique. Avec ton péché aussi.

Jésus dit : « entrez dans les maisons ! »

êtes vous frères et sœurs, entrés dans les maisons de vos frères ? Êtes-vous capables de rejoindre l’inconnu, là où il est ?

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Deuxièmement. Vous ne pouvez le faire que si vous êtes simple avec vous-même.

Désencombrés. Sans votre bourse, sans bagages, sans a priori.

C’est cela atteindre l’agneau en nous.

Si nous gardons un couteau à la ceinture, ou simplement des épines en notre sac, notre sourire sera faux. Et notre amour de l’autre, bien limité. Il le sentira rapidement.

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Mais ça ne suffit pas. Troisièmement, la porte de l’audace.

« absolument rien ne pourra vous nuire » dit Jésus

parce que vous ne possédez pas la vérité ; Vous n’avez pas à la défendre.

Votre message, s’il est chrétien, vous dépasse et votre Père vous aime.

C’est lui qui tracera son chemin dans les cœurs. Vous n’avez rien a craindre.

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Quatrièmement : Ça doit déborder. C’est parce que nous brûlons de partager, d’annoncer, d’aimer, que nous serons tolérants. Parce que nous sommes lumière sur le monde.

Nous n’avons pas à plaquer des idées ou à défendre un trésor spirituel.

Ni à courir derrière les gens pour les vacciner de force !

Vous débordez de joie. Vous mangez. Vous buvez. Vous chantez vos prières au milieu de la nuit. Et c’est tout.

Et vous répondez aux questions, si on vous en pose.

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Cinquièmement : Nous approchons du sommet de la tolérance chrétienne. La plus belle.

C’est la paix.

Voilà l’originalité divine de Jésus.

Que direz-vous ? : « paix à cette maison »

parce que le message premier de la mission, ce n’est pas « Jésus est vivant », ni même « le Règne de Dieu est proche », ou le credo récité sans faute.

C’est la paix que je porte en moi.

La paix de Jésus que je viens te partager, mon frère.

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La paix, non pas dite, mais vécue.

Tu ne veux pas... je garde ma paix. Et je poursuis mon chemin.

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La tolérance, elle grandit dans ce qu’elle a de plus fort et de plus précieux.

Plus loin qu’une vérité, même respectueuse.

La plus belle tolérance, elle est dans la paix vécue, qui irradie autour d’elle.

Plus que les dialogues à favoriser, c’est la paix en nous qu’il faut viser

En fin de compte, ça revient à dire que le plus tolérant et le plus évangélisateur, c’est celui qui est disciple.

Qui boit à la source.

Seul celui qui est disciple est dans une paix profonde. Il sait que son nom est inscrit en lettre célestes et divine.

Il le sait des lèvres et du regard du maître.

En fait celui qui peut à la fois être porteur de vérité et à la fois pratiquer la tolérance en toute son amplitude, c’est celui qui est disciple de cœur.

Qui reçoit la paix du Christ jusqu’à la paix de son cœur.

Et qui peut la porter, comme le suggère saint Paul, jusqu’à la croix.....

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La voilà, la sixième porte, ! La Croix. La souffrance du chrétien.

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Toute autre tolérance aura ses limites et ses dérapages, surtout face à des loups intolérants et faux.

Paix et miséricorde, dit Saint Paul. Le plus grand évangélisateur et le parfait tolérant.

Mais il le dit avec les marques des souffrances de Jésus....










 

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