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Ordinations 2013 - Tout simplement la joie d’aimer

Homélie de monseigneur Dominique Rey - 30 juin 2013

  Publié le lundi 1er juillet 2013 , par Françoise Girard

A l’occasion de la messe des ordinations, célébrée le 30 juin 2013 au domaine de La Castille, cathédrale de verdure, monseigneur Dominique Rey a donné l’homélie reproduite ci-après.
Au cours de cette célébration Mgr Rey a ordonné 8 prêtres et 4 diacres.



Reproduction du texte ci-dessous non autorisée sans une demande préalable : Eglise catholique du Var
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Ordinations du 30 juin 2013



Solennité Saint Pierre et Saint Paul

Il y a quelques jours, le pape François s’adressant à des étudiants et professeurs parlait de la vie chrétienne comme d’une marche : un pas posé fermement sur le sol qui permet à l’autre pied de se porter en avant vers la zone à risque. « Marcher est un art, disait le pape, et c’est l’art de la foi ».

Les deux grands témoins de la foi que nous célébrons en ce dimanche d’ordinations, personnifient cette double posture. D’un côté, la foi de Pierre, son nom signifie « le rocher » ce qui évoque la solidité, le point de repère, mais également l’invitation à l’ascension. La parabole de la maison bâtie sur le roc prend avec Simon Pierre une signification particulière. Le premier des apôtres reçoit la charge, après être revenu de son reniement, d’affermir ses frères dans la foi. Grâce à la prière du Christ, cette foi de Pierre ne s’éteindra pas.

Je rencontrais il y a peu un chercheur de Dieu qui m’avouait ainsi sa « ferveur inachevée » : « Dieu j’y crois tellement, qu’il finira bien par exister ! » Je pense encore à ce personnage de Pagnol qui confessait « Je ne crois pas en Dieu, mais je ne le dis pas trop fort de peur qu’il m’entende ! »…

Pierre, c’est tout l’inverse. Il a reçu le charisme de la certitude, de la rectitude. Sa mission sera d’authentifier l’intégrité de la foi, la fidélité au dépôt de la foi sur lequel se fonde l’unité de l’Eglise. Son pied repose avec vigueur sur le socle de son adhésion au Christ Ressuscité. «  Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime ».

Lui, Paul, l’Apôtre des gentils, c’est le pied qui se porte en avant. Il a reçu non seulement l’audace de la mission, mais aussi l’intelligence de la mission, l’humilité l’amènera auprès de Pierre à être confirmé dans ses travaux apostoliques afin (je le cite) de « n’avoir pas couru en vain » (Gal 1). Son ardeur le porte aux frontières. « L’Eglise est appelée à sortir d’elle-même pour aller aux périphéries existentielles, là où se trouvent toutes les misères » disait le pape François juste avant son élection.

La marche de l’Eglise a besoin de ce mouvement dynamique et balancé des pas qui représentent la démarche de Pierre et de Paul, chacun complétant l’autre : l’assurance de Pierre, le zèle évangélisateur de Paul. L’universalité du message évangélique se rapporte à ces deux dimensions : d’une part la vérité qu’atteste Pierre et d’autre part sa diffusion en direction de tout homme et de tous les hommes qu’incarne Paul.

Dans quelques instants je vais imposer les mains sur les ordinands, afin qu’ils deviennent pour vous, à la manière de Pierre et de Paul, des témoins de la foi, ses confesseurs et ses ambassadeurs. Derrière eux, nous marchons sur les traces du Christ.

Pierre et Paul ont vécu non pas l’errance, mais l’itinérance car ils étaient guidés par l’Esprit-Saint qui les précédait. Voyages apostoliques, mais aussi déplacements intérieurs. Pierre fut dérouté de son travail de pécheur lorsque l’appel de Jésus au bord du lac de Tibériade se fit pressant « Suis-moi ». Paul, à son tour, sur la route de Damas, entendra cette voix véhémente et douce en même temps « Pourquoi me persécutes-tu ? »

Le danger du disciple c’est de s’installer, alors que le Maître « n’a plus de pierre où reposer la tête ».

L’être humain est ainsi fait que sauf à piétiner, il ne tient debout que dans le perpétuel mouvement qui le porte en avant. D’une jambe à l’autre, le voyageur ne résout le déséquilibre que dans le dynamisme qui en fait un pèlerin. Ainsi en est-il du croyant.

Pierre et Paul ont été détournés, déstabilisés de leurs projets initiaux ; Pierre, lors de la Passion, de l’image de réussite dont il avait investi la mission rédemptrice de Jésus ; Paul, qui expérimenta dans la fragilité de sa chair, la puissance de l’Evangile « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Cor 12).

Chers ordinands, appelés par le Seigneur par pure miséricorde, configurés au Christ Bon Pasteur pour devenir intendants de ses mystères, vous ferez vous aussi continuellement l’expérience dans votre ministère des déplacements auxquels le Seigneur, l’Eglise et le monde vous invitent à consentir. Ce qui implique de vous appuyer constamment sur la grâce reçue en ce jour, et qui vous marque de façon inaltérable. « L’unique interrogation qui doit vous inquiéter est celle de notre fidélité à notre identité sacerdotale » confiait le pape Jean-Paul II à ses prêtres. Il ajoutait « En contact constant avec la sainteté de Dieu, le prêtre doit devenir saint lui-même. Le monde actuel demande de saints prêtres. Seul un saint prêtre peut devenir un témoin transparent du Christ dans un monde sécularisé ». Le pèlerinage intérieur précède et prépare l’aventure de la mission. Il s’agit de s’ajuster sans cesse à la grâce de Dieu afin de mieux y correspondre et de pouvoir l’offrir à ceux qui s’en sont éloignés ou qui s’y sont habitués. Le prêtre agit non seulement au nom du Christ, mail il doit être Christ pour ses frères et sœurs. D’où l’exemplarité de sa vie donnée par amour de l’Eglise. Le prêtre fait vivre le Christ dans son Corps qui est l’Eglise en actualisant sa présence par la Parole et par les sacrements. Telle est sa dignité, mais aussi telle doit être son humilité foncière. «  Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » dira l’apôtre Paul.

L’homme seul est en mauvaise compagnie. Ce dicton vaut aussi pour le prêtre. L’affadissement, le découragement, l’immobilisme pastoral sont le lot d’un isolement dans lequel le prêtre peut s’enfermer. Pour retrouver le goût d’aller toujours plus loin dans le don de soi au Christ et le service de nos frères, rien n’est plus stimulant que la vie fraternelle. L’Eglise doit accueillir des nouvelles formes de vie fraternelle entre prêtres et avec les laïcs. Cette exigence relève, je le crois, de la survie du presbyterium en France. Mais elle réclame de la part des prêtres une conversion spirituelle, celle de dépendre des autres. Car même, si seul on peut aller vite, à plusieurs on va toujours plus loin.

L’itinérance apostolique à laquelle nous convie Paul, l’apôtre des nations païennes, revêt aujourd’hui un caractère d’urgence. Dans un monde pluraliste, qui a perdu ses repères chrétiens, le prêtre devient un défricheur. Il participe à l’enfantement d’un nouveau visage d’Eglise. Les chemins balisés d’autrefois ont disparu ; le sol connu se dérobe sous nos pieds… Comme le peuple hébreu en exode ce n’est pas sans murmures, ni sans combats que s’opère la traversée du désert. Pour les uns la tentation est de regarder en arrière et d’idéaliser le passé révolu, pour d’autres de construire une Eglise à leur mesure et à leur convenance en collant aux revendications narcissiques des gens (« une église aérosol  » disait le pape François), une Eglise où l’on est bien entre soi ; pour d’autres encore d’imposer aux fidèles leurs schémas pastoraux et leurs recettes miracles, de disposer des personnes, bref de confondre le service avec le pouvoir.

Je pense à ce prêtre étranger arrivé depuis quelque temps en France, mais pas suffisamment pour maitriser parfaitement la langue de Descartes, et qui déclarait avec fierté, «  Monseigneur, j’ai complètement « dynamité » la pastorale paroissiale  ». Il voulait dire « dynamisé ». «  Une Eglise qui ne sort pas d’elle-même, sent le renfermé  » affirmait récemment le pape François. Il en est aussi du ministère du prêtre. Il doit s’adresser aussi à ceux qui ne viennent plus du tout ou si peu à l’Eglise (et ils sont la grande majorité), tout autant que ceux qui la fréquentent assidument. Il placera l’annonce de la foi à la pointe de sa pastorale, en faisant en sorte que toute la communauté chrétienne devienne missionnaire.

Il y a quelques mois je visitais près de Sao Paulo une petite communauté religieuse au cœur d’une immense favela ; les sœurs de Sainte-Dorothée. Cette communauté est installée depuis 40 ans dans ce bidonville miséreux. Au milieu des baraques délabrées et nauséabondes, et des immondices, elles ont planté un magnifique petit jardin de plantes potagères et de fruits exotiques. La responsable de la communauté me confiait : « Nous avons ici voulu faire fleurir pour les pauvres quelque chose de beau au milieu des ordures. »

Telle est la vocation du prêtre, le but de notre marche : faire surgir la joie de croire (la joie qu’apporte la foi) au milieu des tragédies du monde, et que tout être, fut-il défiguré par la vie et le péché, retrouve dans le Ressuscité qui porte toujours ses plaies, sa beauté secrète et l’espérance. « Tendus vers le but » comme le rappelait l’apôtre Paul, si nous pressons le pas dans l’urgence du Royaume qui vient, ce n’est pas pour les distancer, mais pour mieux tirer vers le haut ceux qui sont à la peine, pour qu’à travers nous la miséricorde divine puisse accomplir en eux le chemin qu’il leur reste à parcourir.

Chers ordinands, vous marcherez vers le Seigneur, en entraînant les autres, mais en découvrant jour après jour que lui-même marche à nos côtés, comme autrefois avec les pèlerins d’Emmaüs. Sa grâce passe par nos mains malhabiles, par nos lèvres timides, par nos cœurs incertains, par nos prières balbutiantes… « Ma grâce te suffit » dira Jésus à l’apôtre Paul qui revendiquait un meilleur traitement. Ne prétendez pas changer la face du monde. Contentez-vous d’avoir réussi à y inscrire des traces indélébiles et quotidiennes de l’amour de Dieu.

« En marche », c’est ainsi que la Bible de Chouraqui traduit le mot « béatitude ». Oui, notre route est marquée par la joie, la joie d’avoir rendu les hommes dignes de Dieu, de les avoir ouverts à autre chose qu’eux-mêmes.

Dans cette belle propriété de La Castille qui nous accueille cet après-midi et qui héberge le séminaire diocésain depuis 30 ans, il y a certes, des vignes, mais aussi des figuiers. Et le figuier possède une caractéristique unique dans le monde des arbres fruitiers : la fleur se trouve à l’intérieur du fruit.

Chers ordinands, votre joie sacerdotale bourgeonnera à l’intérieur de la fécondité apostolique que le Seigneur vous donnera de réaliser, mais aussi à travers vos vulnérabilités et vos impossibilités qui sont à Dieu offertes. Et cette joie missionnaire a en Dieu sa source : la joie de se donner, la joie de Le donner, tout simplement la joie d’aimer.

+ Dominique Rey
Ordinations du 30 juin 2013
La Castille


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Ordinations 2013

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