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Ordinations du 29 septembre 2007 : "Soyez un frère, un père et un époux"

  Publié le vendredi 5 octobre 2007 , par Mgr Dominique Rey

En la fête des saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël, devant une assemblée nombreuse et de diverses langues, Monseigneur Dominique Rey a eu la joie d’ordonner quatre prêtres et un diacre permanent.
Retrouvez ci-après l’homélie de monseigneur Dominique Rey.
Vous pouvez aussi retrouver les photos et le mot d’accueil.
Et pourquoi ne pas soutenir le diocèse ?




Pour le service de l’Eglise

Monseigneur Dominique REY a ordonné :

- Waldir Rodrigues da Costa Filho de la communauté Cançao Nova, diacre permanent,

- John Sillup, frère de l’Immaculée du Mont Carmel, prêtre,

- José Hervé, Arnaud de Malartic, Jean-Marc Schmitt, membres de la fraternité Molokaï, tous trois prêtres pour le diocèse de Pirana en Argentine.

Homélie

"Dans quelques minutes, je vais imposer les mains aux 5 ordinands de ce jour. L’imposition des mains constitue le geste central de l’ordination. Il signifie la transmission d’une charge, l’entrée dans un ordre déterminé (l’ordre des diacres, ou le presbyterium). Il signifie encore le don de l’Esprit pour accomplir la mission qui va être confiée. Mais, plus qu’un simple don, ou qu’un pouvoir qui serait conféré, il s’agit d’être configuré au Christ. Au Christ serviteur pour le diaconat. Au Christ prêtre, pour agir en son nom.

La mission qui va vous être confiée, vous invite à adopter 3 postures :

1. Etre frère

D’abord à être frère. Dans la célébration eucharistique, la position fraternelle est heureusement rappelée. Pensons à l’usage de la première personne du pluriel : "prions". Le prêtre s’inclut dans cette formule. Pensons à la récitation du "Notre Père". Le prêtre et le diacre reprennent avec l’assemblée la prière du Christ. Mais pensons aussi à "l’Orate fratres [1] ", malheureusement traduit en français par "Prions ensemble". La grâce sacerdotale s’exerce à l’intérieur de la fraternité baptismale. La vie sacerdotale n’est pas une sortie de cette fraternité commune. Elle se situe à l’intérieur de cette fraternité. Le mot même de "fraternité" (adelphotes) n’existait pas avant le christianisme. Le prêtre ou le diacre se dévoue à faire vivre cette fraternité, qui est liée à notre appartenance au Christ et dans le Christ, et par le Christ, au Père.

De mon point de vue, la crise du sacerdoce, de l’identité sacerdotale, soit dans le sens de la cléricalisation, soit dans le sens de la sécularisation, trouve sa source dans cette absence de prise en compte de cette fraternité baptismale. Car toute vocation sacerdotale ou diaconale émerge et s’identifie à partir de la vie baptismale radicalement vécue, et pour le service de cette fraternité en Christ.

Chers ordinands, vous avez la chance d’avoir reçu la foi à l’intérieur d’une famille chrétienne. Ce fut la première expérience de fraternité. Vous avez la chance d’appartenir à une communauté. Et vous avez reçu l’appel au diaconat ou au presbytérat à partir et à l’intérieur de cette communauté. L’expérience de la fraternité a été le terreau porteur de votre vocation. Vous serez prêtre ou diacre, en demeurant plus que jamais frère. Non pas en construisant un mur autour de soi pour se protéger. Non pas en se situant au dessus des autres par un excès de dignité, mais par un surcroît de responsabilité à leur égard. Si le Christ vous a placés à la tête de la communauté, c’est parce que vous vous trouvez aux pieds de vos frères. Le lavement des pieds du Jeudi Saint souligne liturgiquement le rang qui doit être le vôtre.

A la suite et à la manière des apôtres, le prêtre n’entre dans la vraie fraternité que s’il consent jour après jour, à devenir disciple de Jésus. Seule l’intimité avec le Christ nous donne accès à la charité fraternelle.

Le prêtre ou le diacre ne se sent pas meilleur que les autres. Son ministère rencontre ses propres limites affectives, psychologiques, relationnelles, et celles de ceux qui l’entourent. Sa vie n’est pas en rapport avec ce qu’il annonce. Il se reconnaît pécheur, débiteur de la grâce de Dieu. Sa mission le relie à ceux auprès desquels il est envoyé, sans qu’il les ait choisis. Dépendant du Christ, mais relatif à eux. L’attention au frère justifie tous ses efforts, mobilise toutes ses énergies. Et si, par le Seigneur, il a été mis à part, ce n’est pas pour être séparé ou distingué, mais pour se faire encore plus proche.

La fraternité du prêtre ou du diacre est universelle. Il sait que chaque homme a été créé pour rencontrer le Christ. Aussi accueille-t-il chacun comme un don de Dieu, comme une mission, comme une responsabilité, pour lui signifier l’amour dont Dieu nous aime. saint Thomas d’Aquin disait : "La raison d’aimer le prochain, c’est Dieu ; car ce que nous devons aimer dans le prochain, c’est qu’il soit en Dieu".

2. Le prêtre est aussi un père

.

C’est ainsi qu’on le nomme. Sa vocation est de faire découvrir et de faire entrer dans la paternité de Dieu, tout en se retirant devant Lui. La mission du prêtre ou du diacre est d’engendrer les hommes à la foi par la proclamation de la Parole et par la célébration des sacrements. Le prêtre est l’homme du salut de Dieu. Il annonce l’urgence du Salut. Il le communique en agissant au nom du Christ Tête en personne.

Comme tout père, le prêtre a le souci de donner la vie, la vie de Dieu, "par l’annonce de la Parole de Vie", par la célébration des sacrements qui communiquent la grâce de Dieu ; en conduisant la communauté chrétienne sur les chemins de vie. Le prêtre peut prendre à son compte ces paroles de Jésus. "Je suis venu pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait en abondance". Il est l’homme de la grâce de Dieu. Son souci, c’est la croissance des personnes, et la croissance du corps ecclésial qui lui est confié.

Tel un père de famille, le prêtre sanctifie et se sanctifie en étant au service de la construction du Corps du Christ qu’est l’Eglise. Il est serviteur de l’agrégation intime de chacun au Corps du Christ, chacun apportant son charisme particulier pour le service de tous. Parce qu’il est père, le prêtre veille à ce que chacun découvre et déploie le don singulier dont Dieu l’a gratifié et que chacun se découvre comme un don de Dieu, et que chacun reconnaisse et porte estime pour le don des autres, et qu’ainsi se construise l’Eglise, comme échanges de dons, pour le service de l’humanité tout entière, signe et sacrement du don de Dieu. Chaque eucharistie célèbre et atteste de ce don.

Le prêtre est un père car il est prêt à donner sa vie, comme le Christ, pour ceux que le Seigneur lui a confiés. Ils sont sa prière. Sur eux, il prophétise les paroles de bénédiction et les promesses que le Christ a léguées à ceux qu’il aime. Envers eux, il se montre fidèle et sage, les soutenant dans leurs combats, disponible jusqu’au bout, avec le souci d’enseigner la foi de l’Eglise, sans transiger, sans chercher la reconnaissance et la considération.

La paternité du prêtre est aussi marquée par la miséricorde, c’est-à-dire la nécessité de proclamer la vérité de la foi avec une totale bienveillance envers les personnes.

Les plus beaux pommiers du curé d’Ars

Je pense à cet épisode significatif dans la vie du saint curé d’Ars. Dans son petit jardin, se trouvaient les plus beaux pommiers d’Ars. Un jour, au moment de la récolte, quelqu’un vint lui voler les pommes. Certains auraient guetté, ou mis des barrières pour empêcher les voleurs de revenir. Le curé d’Ars, lui, coupera tous les pommiers pour dissuader les voleurs de commettre un nouveau larcin. Sa bienveillance ira jusque là ! Le but n’est pas les pommes ou son propre bien, mais d’empêcher quelqu’un de vivre dans le mensonge et la convoitise. A son procès de béatification, un paroissien fit cette remarque : "Quand on était à côté de lui, on avait envie d’être meilleur." Vous le savez, cette paternité est au-dessus de nos capacités si nous ne la recevons pas de Dieu et de l’Eglise, si nous ne l’accueillons pas à genoux, avec un cœur de pauvre. Seul l’Esprit de Dieu nous rend capables d’accomplir une tâche pour laquelle nous nous savons humainement incapables.

3. Le prêtre est également un époux

Le prêtre est un frère, un père mais également un époux. Faisant mémoire du Salut par les noces de la Croix, le prête dit en époux à l’Eglise, l’épouse du Christ : "Ceci est mon Corps, livré pour vous. Ceci est mon sang, livré pour vous."

Le prêtre prononce ces paroles en époux virginal car il ne cherche pas à posséder celle à qui il se donne. Il parle au cœur de la fiancée conduite au désert, comme le rapporte le livre d’Osée [2] pour l’introduire aux noces de l’Agneau. Le prêtre est époux jusqu’à s’engager au célibat, c’est-à-dire à mettre tout l’amour de son cœur, toutes ses forces, toutes les fatigues de son corps, tous ses désirs, dans le don de sa personne pour l’Eglise.

Dans l’Eglise latine, les prêtres sont consacrés dans le célibat, mais aussi sont appelés à renoncer à l’activité économique ou politique directe, à renoncer à être n’importe quel autre membre du Corps, avec tout ce que cela peut représenter d’enthousiasmant et de fécond, afin d’être tout à tous, afin de promouvoir l’unité de l’ensemble, afin de présenter au Père, par le Fils, dans l’Esprit, en chaque eucharistie, l’offrande de chacun, l’offrande du Corps ecclésial tout entier.

Cet amour sponsal du prêtre confère au prêtre une relation sacramentelle avec l’Eglise. Il est l’homme de l’Eglise. Il se définit à partir d’elle. Il prend en charge sa prière. Il lui reste fidèle. Il fait sien son Magistère. Il parle d’elle avec admiration, avec tendresse. C’est sa mère. Elle est le Corps de son Seigneur. Et chaque eucharistie qu’il préside, la restitue dans sa beauté première et dans sa vocation. Comme le Christ, il est prêt à donner sa vie pour elle.

Chers frères, la première cause de votre joie et de votre émerveillement en ce jour, est de reconnaître que vous avez été choisis et appelés par le Christ pour cette mission. Certes, cet appel du Christ se médiatise par des procédures humaines, avec leurs limites et leurs conditionnements, mais, dans la foi, votre ordination est un choix et une volonté de Dieu lui-même pour que vous fassiez partie du groupe apostolique pour "être avec le Christ" selon la très belle formule de l’Evangile de Marc. Pourquoi vous, plutôt que d’autres ? Pourquoi vous parmi tant d’autres disciples, peut-être plus compétents et sans doute plus saints ?

Cette stupéfaction, cet effroi, cet émerveillement ne doivent pas rester l’affaire d’un seul moment. Il ne s’agit pas d’une stupeur initiale appelée à s’user et à disparaître, mais d’une attitude intérieure qui est constitutive de notre relation au Christ, et cela de manière permanente, tout au long de votre vie presbytérale ou diaconale. A vous d’être fidèles à la grâce reçue, à la mission confiée, en vous appuyant sur la fidélité même de Dieu qui vous a choisis, qui vous a bénis, qui vous consacre, en ce jour, pour le salut de vos frères."


[1] Frères, prions

[2] "C’est pourquoi je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur." Osée 2, 16










 
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