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Pourquoi fête-t-on Noël le 25 décembre ?

  Publié le vendredi 14 décembre 2007 , par Françoise Girard

On entend souvent dire que la date de la fête liturgique qui commémore la naissance du Christ aurait été choisie par l’Eglise au hasard. Evidemment, l’acte de naissance de Jésus n’est pas conservé dans les archives du Vatican, et on ne voit pas de raison qu’il soit né plutôt en décembre qu’en février ou en octobre.
Alors, pourquoi fête-t-on Noël le 25 décembre ?


L’hypothèse d’une fête païenne

On a pensé que la date de Noël avait été fixée en fonction d’un calendrier religieux païen. Le solstice d’hiver se situe, suivant les années, entre le 21 et le 23 décembre et le 25 décembre correspond, à peu près, à la date où les jours commencent à croître. Cela expliquerait d’une manière liturgique et spirituelle les fêtes de Noël et de la Nativité de Jean Baptiste. La naissance de Jésus serait la venue du "Soleil levant" (cf. Lc 1, 78-79) ; la naissance de Jean Baptiste, six mois auparavant, correspondrait à sa mission d’effacement devant le Christ : "Il faut que Lui [le Christ] grandisse, et que moi [Jean] je diminue" (Jn 3, 30). Cette explication est intéressante et permet de donner une illustration spirituelle des grands rythmes de l’année et des saisons. Toutefois, elle n’explique pas l’histoire liturgique. Il faut toujours manier avec précaution l’idée selon laquelle les fêtes chrétiennes seraient des cérémonies païennes christianisées. Qu’il y ait eu dans l’Empire romain un culte du soleil, et que ce culte ait célébré les solstices est vraisemblable. Mais il ne faut pas déduire d’une telle coïncidence une filiation entre les mystères païens et la liturgie de l’Eglise.

La date de la Pâque

Une piste plus sérieuse, mais moins évidente, se présente si on prend la question un peu plus loin. Si on célèbre la naissance de Jésus le 25 décembre, cela implique qu’on célèbre sa Conception (dans le mystère de l’Annonciation) neuf mois avant, soit le 25 mars. C’est cette date qui va nous donner la clef de l’énigme. Car le choix du 25 mars comme date de l’Annonciation est très explicitement commandé par l’idée que le Christ a vécu un nombre parfait d’années (33 ans exactement) et donc qu’il est mort le jour de sa Conception. Or le jour de sa mort nous est donné par les évangiles : il s’agit d’un vendredi du printemps, situé aux environs de la Pâque juive. Dans la liturgie catholique, comme dans la liturgie juive, la date de Pâque est définie par une double référence au calendrier solaire (d’après l’équinoxe de printemps) et lunaire (d’après la pleine lune). C’est donc une fête “mobile”, mais deux dates vraisemblables, moyennes, pourraient être, par exemple… le 25 mars ou le 6 avril. Revenons à notre raisonnement : si Jésus est mort un 25 mars, c’est qu’il a été conçu un 25 mars… et c’est donc qu’il est né un 25 décembre, neuf mois après la Pâque juive.

Cette démonstration peut paraître un peu naïve. Elle est en fait bien attestée dans la littérature ancienne, juive et chrétienne. On sait que le rite de la Pâque juive contient une forte attente de la venue du Messie : en cette sainte nuit, le Peuple attend la venue du libérateur qui viendra triompher définitivement. Le Messie n’est pas venu de cette manière visible, mais c’est bien au cœur de la liturgie pascale que le Messie a pris chair dans l’intimité de Marie. C’est ainsi dans le contexte de la Pâque juive qu’il faut situer le récit de l’Annonciation. Un détail de l’évangile l’illustre de façon convaincante : il nous est dit que Marie, une fois que l’ange l’a quittée, se rend "en hâte" chez sa cousine (Lc 1, 39). Cette expression, pour un lecteur juif attentif, renvoie immédiatement à la "hâte" liturgique qui spécifie bien l’ambiance spirituelle de la sortie d’Egypte (Ex 12, 11). La littérature chrétienne a ainsi repris et développé toutes ces traditions, de sorte que de nombreux événements ont été rapportés à ce jour. La coïncidence de l’Annonciation et du Vendredi Saint a toujours été tenue. Une hymne médiévale chantait ainsi : "Salut jour de fête qui panse nos blessures ! L’Ange a été envoyé, le Christ a souffert sur la Croix. Adam a été créé et, ce même jour, a péché… et Isaac est conduit sur l’autel…". Gn 2-3, Gn 22, l’Annonciation et la mort du Christ sont ainsi mis en perspective d’une manière saisissante.

Noël et l’Epiphanie

Cette explication rend compte également de la double fête de Noël. Si le 25 décembre correspond à une date pascale du 25 mars, en usage dans certaines traditions liturgiques, le 6 avril a été également retenu par ailleurs. Cela explique que le 6 janvier soit, pour la plupart des rites orientaux, “le” jour de la célébration de l’avènement du Christ, en écho à cette seconde date de la Pâque.

Il convient donc de rappeler que toute la liturgie de l’année chrétienne – même Noël – dépend de Pâque et que c’est bien de ce centre de gravité que partent toutes les grâces de la prière de l’Eglise. Certes, on ne possède pas l’acte de naissance de Jésus, mais on voit qu’une vraie convergence d’indices, tirés du Judaïsme et de la Tradition chrétienne, rend convenable la date du 25 décembre, et donne à cette fête sa juste place, en légitime relation avec le mystère pascal.

En quelle année est né Jésus ?

Si la date "annuelle" de la fête de Noël est donc à peu près cernée, il est plus difficile de fixer l’année de la naissance de Jésus.

Une première méthode, utilisée par les Pères de l’Eglise, cherchait à dater la Nativité à partir de la création d’Adam ! Le théologien médiéval, Jacques de Voragine reconnaissait : "La Nativité de notre Seigneur selon la chair se produisit, d’après certains, 5228 ans après Adam, ou, selon d’autres, 6000 ans après… Mais Méthode a établi le chiffre de 6000 ans de façon plus mystique que chronologique". Evidemment, cela reste fantaisiste. Avant la science moderne, Voragine n’accordait déjà pas beaucoup de crédit à une telle méthode. Le martyrologe est aujourd’hui plus évasif : "Des siècles innombrables après la création du monde, quand Dieu, au commencement créa le ciel et la terre…".

On peut aussi chercher à dater la naissance de Jésus avec les indices que donne Luc sur quelques événements contemporains : "Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie" (Lc 2, 1-2). Toutefois, ces faits ont laissé une trace bien faible dans l’Histoire et restent objet de polémique.

Il est plus utile de chercher à situer la Nativité par rapport à quelques repères de l’histoire antique. En accord avec les recherches historiques, le martyrologe actuel retient : "dans la 194° Olympiade, la 752° année de la fondation de Rome, l’an 42 du règne de César Octavien Auguste, le monde entier étant dans la paix, Jésus Christ, Fils éternel du Père éternel… naît à Bethléem de Judée". Ces dates sont traditionnelles et n’engagent pas la foi de l’Eglise, mais donnent une indication fiable de l’époque à laquelle naquit Jésus, il y a un peu plus de 2000 ans. Une légère incertitude demeure peut-être, alors que l’éternité de Dieu entre dans le temps des hommes…







- Source : article du père Matthieu Rouillé d’Orfeuil, professeur au séminaire de La Castille, d’après l’article publié dans le mensuel diocésain "Eglise de Fréjus-Toulon - n° 113, de décembre 2007

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