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Primauté de Dieu dans la Liturgie

  Publié le mercredi 6 juillet 2016 , par Yann de Rauglaudre

Dans le cadre du congrès "Sacra Liturgia" organisé à Londres du 5 au 8 juillet 2016, monseigneur Dominique Rey a répondu au discours d’ouverture prononcé par S.E. le cardinal Robert Sarah. Voici la traduction de son propos.


Monsieur le Cardinal,

Je suis certain de parler au nom de chacune des personnes ici présentes en vous remerciant du fond du cœur pour votre allocution, pour votre magistrale présentation de la manière dont nous pouvons progresser dans une mise en œuvre plus fidèle de la réforme liturgique voulue par les Pères du concile Vatican II.

C’est avec une grande joie que nous avons appris aujourd’hui que le Saint-Père vous a demandé d’initier une étude de la « réforme » de la réforme liturgique qui suivit le Concile, et d’étudier les possibilités d’un enrichissement mutuel entre l’ancienne et la nouvelle forme du rit romain, ce que le pape Benoît XVI avait évoqué le premier. En tant que catholiques, nous faisons l’expérience de la plénitude de la communion avec Dieu tout-puissant et avec tous les baptisés – présents, absents, vivants ou morts – dans la sainte liturgie. Eminence, votre ministère au service de la liturgie est crucial pour améliorer cette communion, et nous vous assurons de nos prières et de notre soutien alors que vous commencez un ouvrage important et sensible.

Eminence, votre appel à ce que nous « retournions dès que possible à une orientation commune » dans nos célébrations liturgiques « vers l’Orient ou au moins vers l’abside, là où vient le Seigneur », est une invitation à redécouvrir radicalement quelque chose qui est à la racine même de la liturgie chrétienne. Cela exige de nous de réaliser une fois encore, dans toutes nos célébrations, que la liturgie chrétienne est essentiellement orientée vers le Christ dont nous attendons la venue avec une espérance joyeuse.

Cette pratique nous enseigne aussi la primauté de la grâce dans la vie chrétienne. Ensemble, rassemblés pour le culte rendu par l’Eglise, nous recevons la grâce de Dieu, que nous prions. Cette assemblée ecclésiale et sainte suscite en nous le feu d’une authentique vie chrétienne. Nous tourner vers le Seigneur dans les célébrations permet de « pense[r] aux choses d’en-haut » (Co 3,2) ainsi que saint Paul nous le demande. Après l’avoir fait, nous sommes dans de meilleures dispositions pour le travail d’évangélisation. Permettez-moi de dire, dans ce contexte, que se tourner vers le Seigneur pourrait être le principe fondamental de l’évangélisation : la grâce de Dieu passe avant tout. Sans cette rencontre intime avec Dieu, sans se tourner d’abord (ou se retourner) vers le Seigneur, nous risquons de verser dans un activisme décevant.

Monsieur le Cardinal, je suis seulement un évêque et ne représente qu’un diocèse du sud de la France. Mais afin de répondre à votre appel, je souhaite dire dès à présent que j’aurai l’occasion de célébrer la sainte messe ad orientem, vers le Seigneur qui vient, dans la cathédrale de Toulon lors du dernier dimanche de l’Avent, et chaque fois que l’occasion opportune se présentera. Avant l’Avent, j’adresserai un message à mes prêtres et aux fidèles à ce sujet pour expliquer ma décision. Je les encouragerai à suivre cet exemple. En tant que chef et pasteur de mon diocèse, je leur demanderai de recevoir mon témoignage personnel, dans l’idée de faire leur faire redécouvrir, par la pratique de la messe orientée, la primauté de la grâce au cours des célébrations. J’expliquerai que ce changement est utile pour se rappeler la nature essentiel du culte chrétien : tout doit être toujours tourné vers le Seigneur. Eminence, je vous remercie pour votre suggestion et votre encouragement à franchir cette étape. Je vous demande de prier pour mon diocèse et pour moi.

Pour conclure, permettez-moi, Monsieur le Cardinal, de rappeler les mots du cardinal Ratzinger dans son ouvrage fondateur L’Esprit de la liturgie. Méditant sur l’alliance forgée entre Dieu et son peuple sur le mont Sinaï, le cardinal Ratzinger faisait observer que :
En liant intimement les trois composantes culte, loi et éthique, le règlement de l’alliance du Sinaï manifeste une relation essentielle et indispensable entre ces trois ordres. Une justice sans morale devient injustice ; de même qu’une morale et une justice qui ne font pas référence à Dieu dégradent l’homme, parce qu’elles le privent de sa mesure la plus exigeante, de ses possibilités les plus hautes, en lui barrant le regard sur l’infini et l’éternel. Cette apparente libération soumet l’homme à la dictature des majorités régnantes, à des mesures humaines arbitraires, qui finalement ne peuvent que lui faire violence.

Nous voici en mesure d’apporter une première réponse à la question de l’essence du culte et de la liturgie : un ordre social qui ne connaît pas Dieu diminue l’homme. Culte et justice ne peuvent être totalement dissociés : Dieu a un droit sur la réponse de l’homme, sur l’homme lui-même, et là où cette exigence n’est plus reconnue et disparaît, l’ordre du droit humain s’effondre à son tour, parce qu’il lui manque la pierre angulaire, soutien de tout l’édifice. [1]

Votre discours, Monsieur le Cardinal, nous a puissamment rappelé la primauté de Dieu dans la sainte liturgie et que nous devons donc faire en sorte qu’il ne soit pas éclipsé par nos préférences personnelles. Comme le cardinal Ratzinger l’a dit magistralement, il y a un lien essentiel entre le culte, la loi et l’éthique, entre la liturgie et la vie. Le titre que Votre Eminence a donné à son dernier ouvrage, Dieu ou rien évoque la même chose. Si tout ce que nous faisons n’est pas de Dieu, si ce n’est pas tourné vers Dieu, alors, ce que nous faisons, in fine, n’a aucune importance.

Je vous remercie, Monsieur le Cardinal, pour votre présence à nos côtés. Merci également pour votre enseignement et votre participation dans cette journée. Merci encore pour votre appel à une conversion nécessaire, ce mouvement continu en direction du Seigneur qui est au cœur de toute vie chrétienne et de toute célébration.

Soyez assuré de nos prières pour votre lourde tâche au service de l’Eglise.

+ Dominique Rey
5 juillet 2016


Précisions

Le cardinal Sarah a lancé un appel aux prêtres, aux évêques, et aux fidèles, à célébrer l’eucharistie tournés vers l’Orient, dans toutes les parties où la prière s’adresse à Dieu. Cette évolution concerne la messe en français et ne signifie pas un retour à la messe célébrée suivant la forme extraordinaire du rite romain.

Concrètement, cela concerne essentiellement le rite pénitentiel, l’offertoire et la consécration. Le cardinal Sarah insiste sur le fait que cette évolution liturgique dans la messe du bienheureux Paul VI peut se faire, à partir de l’Avent, avec toute la pédagogie et la prudence nécessaires. Ce geste ne peut être perçu comme une volonté de revenir à des formes du passé, mais comme une invitation à redécouvrir avec des yeux neufs un symbole fort. Le cardinal Ratzinger écrivait que « L’orientation de la prière commune aux prêtres et aux fidèles […] était conçue comme un regard tourné vers le Seigneur, vers le soleil véritable ». En réponse à l’appel du cardinal Sarah, Mgr Rey a indiqué qu’il célébrerait ad orientem à la cathédrale de Toulon à l’occasion du dernier dimanche de l’Avent.

Un message destiné aux prêtres et aux fidèles leur sera adressé avant l’Avent pour expliciter ce geste qui symbolise l’attente du Messie.



[1] Joseph Ratzinger, L’Esprit de la liturgie, Ad Solem, Genève, 2002, p. 17






Article de Famille Chrétienne (23 mai 2016)
Cardinal Sarah : comment remettre Dieu au cœur de la liturgie

 




 
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