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Saint Louis (2/4)

Deuxième conférence

  Publié le mardi 24 février 2015

En préambule, Père Jérôme souligne que ces conférences, qu’il a préparées par devoir, lui ont révélé une belle figure de sainteté qui l’a profondément marqué.

Cette conférence porte sur la première partie de la vie de saint Louis, avant le départ en croisade.


Conférence du Père Jérôme : Saint Louis, Le roi Dévot
Vendredi 21 novembre 2014

Le monde de la chrétienté

Le monde dans lequel vit saint Louis est un monde clos, replié sur lui-même, celui de la chrétienté, délimité par les Sarrazins au sud (qui provoquent une certaine admiration), les Tartares au nord (considérés comme cruels), les Grecs (futurs orthodoxes) en orient. Si aux siècles précédents, les populations étaient poussées à sortir hors de la chrétienté pour trouver des terres, au XIIIème , ce n’est plus le cas, avec le développement de l’industrie, notamment textile. Le siècle de saint Louis correspond à l’apogée du Moyen Age : construction an pierre, monnaie d’or, argent en quantité. Pas de grands conflits dévastateurs ; au niveau culturel, l’université se développe (la Sorbonne), on lit Aristote ; au niveau artistique, on découvre la lumière avec des grandes ouvertures, des vitraux et une sculpture qui devient belle. En effet, jusqu’au XIIéme, les animaux sont hideux (dans les gargouilles) parce qu’on a peur de la nature et de l’idolâtrie. Mais grâce à Saint François d’Assise, et à son cantique des Créatures, cette conception de la nature a profondément changé. C’est en considérant ce monde qui a connu une grande mutation vers le confort, la prospérité, que peut se mesurer et se comprendre l’ascèse de Louis IX.

Si ce monde paraît stable, il n’en demeure pas moins qu’il est en proie à un bouillonnement spirituel mené par les franciscains et les dominicains. C’est une période d’inquiétude axée sur trois points : pauvreté, humilité, pénitence. Ces ordres sont très critiques vis-à-vis des dignités ecclésiastiques sur l’achat des charges et des sacrements, mais aussi vis-à-vis de la papauté qui cherche une hégémonie politique. Le bouillonnement va produire beaucoup d’écrits, comme L’Evangile selon le Marc d’Argent (le marc d’argent étant une monnaie).

L’Eglise doit affronter aussi la crise des cathares (appelés aussi albigeois). Ceux-ci ne peuvent être considérés comme des chrétiens puisqu’ils croient en deux dieux : celui du bien et celui du mal. Si le dieu du bien est immatériel et ne se voit pas, celui du mal est visible et prend un corps. Or, l’Eglise se dit corps du Christ ; les sacrements sont donnés sur le corps ; donc, le dieu du mal, c’est le pape ; le 666, c’est l’Eglise institution. L’Eglise en revanche ne peut concevoir un tel mépris du corps humain ; on ne peut séparer la Parole du Corps ; le Christ s’est penché sur les malades, sur les corps souffrants, et le corps est le Temple du Seigneur. Dès lors le conflit était inévitable. Si Louis VIII, dit le Lion, mènera des guerres contre les cathares, saint Louis cherchera plutôt à les combattre par la prédication et la douceur.

L’éducation du roi

Saint Louis devient roi à 12 ans mais on sait qu’il sera roi dès l’âge de quatre ans. Aussi va-t-on parfaire son éducation en lui composant une Bible enluminée qui alternera passages de l’Ecriture Sainte avec leçons de morale. Il faut vraiment balayer l’idée du jeune garçon « pieusard », replié sur lui-même, et qui devient saint parce que finalement il n’a pas le choix ! C’était un jeune garçon ouvert, plutôt beau, bon guerrier, aimant la bonne chère, au sens de l’humour aiguisé, et lucide sur ses défauts : colère, insensibilité directe (il n’a jamais eu le don des larmes) ; il connaît aussi le tourment de grands désirs charnels.

Un événement va marquer la croissance spirituelle du roi, alors qu’il n’a encore que douze ans : le choix des cisterciens contre le vœu de son père. En effet, à sa mort Louis VIII lègue une somme d’argent pour fonder une abbaye où on priera pour la famille royale. Son souhait est que ce soit les chanoines de saint Victor qui en aient la charge. Saint Louis ne va pas obéir à son père et va choisir les cisterciens dont la spiritualité va profondément le marquer : silence (où Dieu nous parle), sagesse (constitution d’une bibliothèque), primat de l’amour de Dieu sur sa justice. Si les moines sont chargés de la construction, Louis va à Royans avec ses frères, pour travailler avec eux ; ils vont transporter les pierres, et il va imposer le silence à ses frères dans cette tâche. Cet amour du silence ne quittera pas le roi, qui se fait réveiller la nuit pour participer aux offices.

Saint Louis ne peut pas être qualifié d’intellectuel, néanmoins c’est un chevalier cultivé. Outre la bibliothèque personnelle qu’il se constitue, il est un bon traducteur de latin. Comme souvent à l’époque, on ne connaît pas la culture profane.

Les pratiques mystiques

- Le jeûne :
puisqu’on lutte contre un péché par la vertu inverse, saint Louis va s’imposer le jeûne contre sa gourmandise, pour nourrir son oraison : « La nourriture que je ne donne pas à mon corps, je la donne à mon âme ».
- La flagellation, en privée :
à l’aide d’une discipline, saint Louis veut combattre sa sensibilité exacerbée, et vivre mieux dans l’imitation de Jésus Christ.
- Le port du cilice (blouse de toile rêche) :
mais ses confesseurs le lui interdiront, en lui conseillant de le remplacer par l’aumône faite aux pauvres. On peut voir dans ce conseil, qui entraînera la dérive où les mortifications seront remplacées par l’achat des indulgences, l’origine de la grave crise qui aboutira au XVIème siècle aux écrits de Martin Luther.
- Les sacrements :
Louis IX signait ses documents : Louis de Poissy. C’est dire l’importance qu’il accordait à son baptême, sa véritable naissance spirituelle
- La confession :
Avant le XIIIème siècle, celui qui avait commis une faute grave se voyait exclu de l’Eglise. Puis plus tard pour une faute lourde, un pécheur était soumis à une lourde pénitence, mais ce pardon n’avait lieu qu’une seule fois. Ce sont les moines irlandais qui ont conçu l’idée d’un sacrement de réconciliation renouvelable, dans la miséricorde du baptême. Saint Louis aura le privilège, accordé par le pape, d’avoir un confesseur privé pour le jour et un autre pour la nuit.
- La messe :
Il y assiste tous les jours mais ne communie que six fois par an, ce qui est beaucoup pour l’époque.
- L’extrême-onction :
le roi la recevra à Carthage, en toute conscience.
- Le mariage :
S’il était à l’origine politique (il permettait d’annexer la Provence au Royaume de France), le mariage avec Marguerite de Provence a été un mariage merveilleux, témoignage d’un amour profond. Il a eu lieu à Sens. Selon la coutume du Moyen Age, il a été célébré à l’extérieur de l’église sur un podium, la messe ayant lieu après à l’intérieur. Suivant l’exemple de Sara et Tobie, ce mariage ne sera pas consommé avant trois jours que les mariés vont passer à prier. Saint Louis fera couronner son épouse en grande pompe, ce qui est un cas unique dans l’histoire de France.
Le couple aura onze enfants ; Marguerite survivra 25 ans à son roi.

Le roi des reliques

Une ville, un roi sont puissants s’ils ont des reliques. Pourquoi garder des reliques ? Pour garder quelque chose des saints qui nous rappelle ce qu’ils ont été, les valeurs qu’ils ont pu nous transmettre. Ainsi Saint Louis était-il très attaché au culte des reliques et il a été très bouleversé lorsqu’en 1232 le saint Clou a disparu de la basilique de Saint-Denis. Il a offert une récompense à qui le rapporterait. Mais fort heureusement, le saint clou a été miraculeusement retrouvé. En 1237, le royaume latin de Constantinople, ruiné, grignoté par les Grecs et les Sarrazins, a l’idée de vendre, par l’intermédiaire de Baudouin II de Courtenay la couronne d’épines. Notons qu’à l’époque personne n’aurait l’idée de douter de la véracité de l’origine de cette couronne. Saint Louis décide de l’acquérir pour asseoir son autorité face aux barons. Après de multiples tractations avec Venise, saint Louis achète la couronne et la fait ramener en France, à travers la Méditerranée. Arrivée à Paris dans sa châsse d’or, le roi l’accueille en chemise, pieds nus ; tous les reliquaires sont sortis, comme une procession de saints. Pour elle, il fera construire ce reliquaire magnifique qu’est la Sainte Chapelle. Les autres reliques que le roi s’attachera sont : la lance de saint Longin, la Sainte Eponge, un bout de la Sainte Croix.

Saint Louis et L’Ancien Testament

Le roi reçoit l’onction depuis Pépin le Bref. L’origine de cette cérémonie remonte à l’Ancien Testament où le roi, en recevant l’onction devenait ainsi le messie, choisi pour ce service parce que le plus petit, le plus faible, dont la charge était de garder la Torah. Si le roi de France était traditionnellement comparé à David, Louis IX récuse cette comparaison ; il estime en effet que ce roi a connu trop de guerres, qu’à sa mort ses fils se sont déchirés, d’ailleurs Salomon n’a-t-il pas pris le pouvoir sur un coup d’état ? Ce dernier non plus ne lui servira pas de modèle : certes, il a été sage dans sa jeunesse, il est resté célèbre par ses jugements, mais à la fin de sa vie, il a sombré dans la folie, et le paganisme. C’est finalement Josias qui lui servira de miroir. Lui qui a vécu en 621 avant Jésus Christ et qui a fait vivre son royaume dans la justice et la paix. Pour lui, s’il n’y a qu’un seul Dieu, il ne peut y avoir qu’un seul Temple, et pour la même raison, il ne peut exister que le mariage monogame.

La conférence se termine par des questions. La Sainte Chapelle est aujourd’hui un musée ; la Sainte Couronne est gardée à Notre-Dame de Paris où elle est exposée le vendredi saint.

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