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Saint Louis (3/4)

  Publié le mardi 24 février 2015

La soirée commence par une méditation : l’enseignement de saint Louis à son fils Philippe


Vendredi 12 décembre 2014 : Table ronde sur Les Croisades

François Decaux, pour une approche historique
Père Jérôme, pour une approche spirituelle, mystique.

François Decaux et l’approche historique

Le terme de croisade est anachronique. Il n’apparaît, et que très rarement, qu’à partir du XIVème siècle. On parle de « pèlerinage de la Croix », « pèlerinage d’Outre Mer », « Le voyage vers Jérusalem », « La Croiserie ». Dans sa prédication pour lever le premier « Pèlerinage de la Croix », Urbain II avait demandé à ceux qui suivraient sa recommandation de porter un tissu marqué de la croix. S’il s’agit bien d’un pèlerinage, il est particulier : il est en armes, sous l’autorité de l’Eglise. Il va durer sur deux cents ans et au fil du temps va se creuser une différence entre la doctrine et la pratique.

Le Contexte

- Spirituel

Le pèlerinage à Jérusalem est une tradition très ancienne qui remonte à Constantin, par l’intermédiaire de son épouse Hélène. Saint Jérôme le recommandait. Il va se développer de manière continue jusqu’au Xème XIème siècles où il aura un succès considérable : plusieurs milliers de personnes se mettent en marche dans un processus de pénitence, dans une vision millénariste.

- Idéologique

On assiste à une mutation dans le lien que l’Eglise entretient avec la violence. Saint Augustin le premier avait parlé d’une violence juste. Si on ne peut parler de guerre sainte (comme dans l’Islam), on peut envisager une sanctification par la guerre, un rachat de ses péchés, une purification. L’Eglise accorde alors à ces chevaliers qui partent en Terre Sainte des indulgences. C’est à cette époque aussi que Grégoire VII veut libérer les clercs de la dominance des princes (réforme grégorienne).

- Politique

En Occident, les évêques se préoccupent de ceux qui souffrent à cause des exactions commises par les guerriers issus de tradition germanique. Se développent ainsi des mouvements de paix de Dieu pour christianiser cette violence, ce qui va aboutir à un code de chevalerie (par exemple, on ne combat pas le dimanche, on accorde la grâce à un ennemi qui la demande …) et à une incitation de faire pénitence par le pèlerinage à Jérusalem. Les croisades vont s’appuyer sur ce mouvement de pacification menée par l’Eglise en orientant cette énergie vers un ennemi commun : le Sarrazin. D’autre part, l’empire byzantin se réduit sous les attaques d’un nouveau type de musulmans : les nouveaux convertis qui appliquent le Djihad. L’empereur byzantin demande de l’aide au pape ; il lui demande des soldats pour mener une guerre afin de régler ce problème d’un point de vue temporel. Le pape voit dans la défense des chrétiens d’Orient l’occasion d’orienter la violence des chevaliers vers un ennemi extérieur : « plutôt que de se battre contre les fidèles, se battre contre les infidèles ». De temporel, le problème va devenir spirituel, religieux : il faut libérer les lieux saints, ce qui résonne pour l’homme du Moyen Age dans tout son cœur et dans tout son corps.

- Economique et social

L’Occident connaît une forte croissance économique, commerciale qui entraîne le développement des villes. Les croisades ont été permises par cet excédent démographique.

Les Objectifs des croisades

Dans les premières croisades, il s’agit clairement de garder la terre du Christ pour que tout pèlerin puisse y aller. Ainsi est constitué un ordre monastique militaire. Mais après la prise des Etats Latins, l’intérêt est plus clairement économique et commercial. On peut distinguer deux étapes. La première regroupe les trois premières croisades. La première est initiée par Urbain II ; elle regroupe des barons mais aussi une population beaucoup plus populaire enthousiasmée par le sermon du pape. Dirigée par un légat du pape, elle est un succès. Sont mis en place les Etats Latins d’Orient. Mais il faut alimenter la lutte contre les musulmans après le retour des premiers croisés chez eux. Ainsi est levée la deuxième croisade par Bernard de Clairvaux pour lutter contre Saladin. Elle marque la fin du premier Royaume de Jérusalem. La troisième croisade est lancée par le pape Grégoire VII. Elle vise à protéger le Saint Sépulcre. Mais les Byzantins vivent mal ces guerres au nom du Christ. Surtout que les croisés vont appliquer leur modèle politique sur place en créant des seigneuries.

A partir de la quatrième croisade, les objectifs sont plus mélangés. En 1204, Constantinople est pillée, des chrétiens d’Orient sont tués par d’autres chrétiens, ceux d’Occident. La sixième, initiée par Frédéric II, est un succès diplomatique ; elle aboutit à la récupération de Jérusalem. Il est vrai que Frédéric II gérait sur ses terres, en Sicile, une population musulmane. Toutes les autres, et celles menées par saint Louis aussi, se solderont par un échec. Seront menées aussi d’autres croisades : contre les cathares ; on verra aussi des croisades des enfants, des pastoraux (persuadés que l’échec des chevaliers était dû à leurs péchés et surtout à leur orgueil).

Intervention de Père Jérôme

Le Père rappelle que le chrétien est forcément un pèlerin, comme le prouvent la figure d’Abraham dans l’Ancien Testament ou celle du Christ dans le Nouveau Testament. Chaque année Jésus montait à Jérusalem, ce qui était une obligation pour tout Juif (trois fois par an ; ou une seule fois si on était loin de Jérusalem). Les premiers chrétiens se désintéressaient de Jérusalem. Ils se tournaient plutôt vers Antioche ou Rome. En 70 avant J.C, Titus détruit le Grand Temple de Jérusalem ; il ne reste que l’esplanade. Mais comme les chrétiens considèrent que le Christ est partout (alors que pour les Juifs la présence de Dieu est dans le Temple), ils ne se préoccupent pas des lieux. Par ailleurs, Hadrien va recouvrir l’emplacement du Saint Sépulcre pour faire un forum, ce qui protègera les lieux saints. C’est sainte Hélène qui va « inventer » les lieux saints (basiliques du Saint Sépulcre, de Bethléem). Les Vème, VIème, VIIème siècles vont marquer l’âge d’or des pèlerinages.

Que représente un pèlerinage ?

  • D’abord une rupture avec le quotidien qui permet de vivre plus près du Seigneur.
  • La prière devient comme l’air qu’on respire.
  • On découvre ce qu’est le sens de l’Eglise (rassemblement, communion, service, témoignages, louanges).
  • Un esprit de fête, lié à la découverte de nouveaux lieux.
  • Il est l’image de toute une vie, qui est une marche vers le Christ. La croisade n’est pas simplement un pèlerinage ; elle se situe entre le pèlerinage et l’opération militaire. Elle va aboutir à la découverte de l’altérité. Découverte des chrétiens d’Orient qu’on vient soi-disant aider. Après les croisades, l’ennemi c’est lui. Mais aussi découverte des musulmans. Avant les croisades, les Sarrazins sont perçus comme cruels, menteurs, sans parole. Mais en les côtoyant, la vision change. Joinville relève l’admiration que le sultan éprouve pour saint Louis, il souligne leur humanité, la qualité des échanges, des discussions théologiques.

Quelles ont été les motivations de saint Louis ?

Le don de force est reçu au baptême par le Saint Esprit pour tempérer violence et colère. Pour Saint Augustin, la pire chose n’est pas la violence mais l’injustice qui en est la source. Par conséquent, à certains moments, il faut utiliser la violence pour arrêter l’injustice et donc instaurer une paix durable. Mais cette théorie, l’Eglise d’Orient ne l’admet pas. A l’époque de saint Louis, les croisades sont critiquées et la décision du roi paraît anachronique. A aucun moment il n’explique pourquoi il veut se croiser, mais nous pouvons avancer certaines hypothèses : pour continuer une tradition familiale, pour une dimension politique et spirituelle (créer outre mer un royaume uni au royaume de France). D’ailleurs Joinville utilise les termes du livre de Josué. Une autre motivation peut être l’imitation de Jésus Christ, dans uns spiritualité de la Croix. Si saint Louis engage une deuxième croisade, c’est pour mourir en Terre Sainte, dans un élan mystique. Il veut imiter Jésus, tout comme Joinville à plusieurs reprises, imite saint Pierre (en refusant par exemple que le roi lave les pieds d’un malade).

La soirée se termine par quelques questions qui permettent à François Decaux d’énoncer les arguments avancés par les chrétiens qui s’opposaient aux croisades :
- Attitude opposée au message évangélique sur les routes ; pogroms
- Mélange du temporel et du spirituel
- Fiscalité très lourde
- Abandon de territoire
- Détournement de l’usage de la dîme
- Abandon des familles
- Préférence du « glaive de la parole » : la prédication est préférable à la violence

En conclusion, les intervenants insistent sur le fait que les croisades n’ont jamais eu pour but de convertir ; qu’elles ont permis la pacification de l’Occident et la « christianisation de la violence ».
- Télécharger le texte de la conférence

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