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Saintes femmes

Homélie de monseigneur Dominique Rey - 20 octobre 2013

  Publié le lundi 21 octobre 2013 , par Yann de Rauglaudre

Voici l’homélie prononcée par monseigneur Dominique Rey au cours de la messe du dimanche matin lors du pèlerinage aux Saintes Maries de la Mer.
La fête de Sainte Marie-Salomé, fixée par le calendrier de l’église au 22 octobre, est l’occasion du pèlerinage d’automne, fixé en principe au week-end le plus proche de cette fête.
Les célébrations sont organisées sur deux jours avec la descente et la remontée des Châsses et la vénération des Reliques par les fidèles.
Le samedi soir une grande évocation de l’arrivée des Saintes est présentée sur la plage. Une grande procession, le dimanche matin après la messe, avec la Barque des Saintes, permet aux pèlerins de commémorer de nouveau la venue des premiers messagers de l’Évangile sur la terre de Camargue.


Annonce avant le pèlerinage



Saintes femmes

L’Evangile, c’est la vie de Jésus. Mais l’Evangile, c’est aussi la vie de ces personnages (Pierre, Jacques, Jean, Zachée, Nicodème, Lazare, le centurion…) dont l’existence a basculé en rencontrant le Christ.

Notre foi a donc besoin de chacun de ces itinéraires que relate l’Evangile, celui des apôtres, de l’aveugle-né, de la Samaritaine, des pèlerins d’Emmaüs… aucun n’est de trop, aucun n’est superflu, pour exprimer d’une part, la façon singulière dont Jésus rejoint chaque personne dans sa propre histoire, souvent à partir de ses désirs et de ses pauvretés. Mais aussi pour exprimer la réponse de chacun face à cet appel, que cette réponse soit un consentement ou un refus, une libre adhésion ou contraire la trahison (la fuite par peur ou par calcul).

L’Evangile serait incomplet et tronqué sans chacune de ces rencontres. Et notre cheminement personnel s’identifie tour à tour à chaque personnage de l’Ecriture. Nous sommes tout à la fois, successivement, Pierre ou Thomas l’incrédule, le bon ou le mauvais larron.

En particulier, notre foi a besoin particulièrement des Saintes Femmes, de Marie de Magdala, de Marie Jacobé, la mère de Jacques, de Marie Salomé, compagnes de la mère de Jésus. Elles portent le témoignage de la fidélité du Christ. Elles ont suivi assidûment le Christ sur les routes de Palestine. Elles ont « appris le Christ », en l’accompagnant de proche en proche. Elles se sont imbibées intimement de son mystère et de son enseignement. Elles ont appris à connaître le Christ de l’intérieur, en étant peu à peu habités par la vérité de son message. Ces femmes ont laissé le regard de Jésus se poser sur elles. Elles ont laissé l’amour du Christ gagner leur propre cœur et acquérir des droits sur leur propre existence jusqu’à les entraîner souvent là où elles ne pensaient pas devoir aller, jusqu’à leur faire comprendre qu’elles ne sont pas choisies malgré leurs vulnérabilités, mais à partir d’elles.

Dans l’existence modeste de ces humbles femmes, qui aurait pu être insignifiante ou dérisoire, la Parole de Jésus s’est inscrite en leur chair au point qu’elles ne pouvaient plus concevoir leur existence sans lui. C’est une vie convertie qui convertit les autres. En marchant aux côtés de Jésus au cours de son ministère public, tandis qu’il enseignait les foules, les saintes femmes attestaient ce que cet enseignement avait produit en elles. Elles ont porté ainsi la signature de Dieu en leur chair. Elles ont vécu, grâce à Jésus, une renaissance, renaissance qui nous interpelle encore, à notre tour pour nous rendre perméable et docile à son appel.

Ces saintes femmes sont restées fidèles à Jésus jusqu’au bout. Les quatre Evangiles évoquent leur présence discrète auprès de la Vierge Marie, le vendredi saint, au pied de la Croix, mais aussi à la mise au tombeau de Jésus, et bien sûr, au matin de la Résurrection.

Comme les apôtres, les saintes femmes ont fait une expérience cruelle, non seulement de la passion ignominieuse de Jésus, mais aussi de sa perte, de son absence ; non seulement de la déréliction des hommes, mais aussi du « délaissement de Dieu » (théologien Urs von Balthasar), de l’impuissance apparente du Christ, d’une détresse qui éclate dans son cri vers le Père : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Les proches de Jésus ont trahi comme Judas, renié comme Pierre, failli ou battu en retraite. Par contre, la perspicacité des saintes femmes les a conduit jusqu’au bout de la nuit. Le pressentiment secret qui les entraînera, tôt matin, au bord du tombeau, c’est que le Golgotha ne pouvait être le dernier mot de l’histoire.

La qualité de la foi des saintes femmes est de n’avoir jamais renié, dans l’obscurité de la Passion, la clarté entrevue au plein jour au cours du ministère public de Jésus.

« Aimer un être, c’est lui dire : tu ne mourras pas » disait le philosophe Gabriel Marcel.

Jusqu’à la Croix, dans l’incandescence de la fidélité, ces saintes femmes porteront le témoignage de leur amour indéfectible pour le Christ. C’est pourquoi elles bénéficieront les premières de sa victoire sur la mort. La récompense de leur persévérance sera d’accueillir le premier témoignage de la résurrection. A l’appel de son nom, Marie-Madeleine, dans le jardin d’une nouvelle genèse, ressuscitera à son tour. Mais la présence nouvelle du Ressuscité est sous mode de passage. Il s’efface, l’espace de son apparition. Il s’échappe alors qu’elle aurait aimé qu’il demeure. « Ne me retiens pas », dira Jésus à la Madeleine qui l’avait pris pour le jardinier. Il est impossible de fixer ou de retenir cette présence fugitive. On ne peut désormais retrouver le Christ que dans le mouvement, par lequel il se donne aux autres, s’affranchissant de l’espace et du temps.

La foi des saintes femmes les entraîne alors derrière le Ressuscité, en tension vers de nouvelles frontières, en mouvement vers de nouvelles « périphéries existentielles » (dont parle le pape François), pour aller vers les terres inconnues de l’Europe.

Le tombeau de Jésus, pour elles, est devenu un berceau. Le berceau d’une vocation insolite : annoncer d’abord aux apôtres, répéter à l’envi à l’Eglise, la substance de la foi chrétienne, son noyau dur : Christ est vivant ! Le salut de Dieu est advenu ! L’amour est victorieux de la mort ! Ces saintes femmes rappellent encore à l’Eglise du 3ème millénaire, aux chrétiens que nous sommes, qu’il nous faut accueillir de façon nouvelle, plus personnelle, plus incisive, le message du salut afin et avant de le transmettre au monde.

Pagnol fait dire à l’un des ses personnages de roman : « Je ne crois pas en Dieu, mais je ne le lui dis pas trop fort de peur qu’il m’entende ! ». A contrario de la mission des saintes femmes arrivées il y a 2000 ans sur ces terres de Camargue (mission qui se poursuit encore), est de dire à voix haute notre foi, de réveiller notre foi, de réveiller l’audace de notre foi, pour qu’elle devienne plus pascale, plus missionnaire. « Si les chrétiens avaient de gueules de ressuscité, peut-être que je croirais », confiait Nietzsche. « Plus la matière est dense, plus elle rayonne ». Ce principe physique vaut aussi pour la qualité et la santé de notre foi.

La Nouvelle Evangélisation commence par nous-mêmes, par notre conversion au Christ pour qu’il prenne tout l’espace de notre cœur et qu’il nous entraîne vers nos frères, en leur apportant la joie de croire. C’est dans le sillage de ces saintes femmes que le Seigneur nous invite à rendre ce témoignage que le monde attend.

Monseigneur Dominique Rey
20 octobre 2013 - Les Saintes Marie de la Mer


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