"Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire".
Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens
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Paroisse Saint-François de Paule
Publié le mardi 31 mars 2009 , par

Chronique "A propos de l’Eucharistie" du bulletin paroissial de février
Le dimanche d’après l’exhortation apostolique post-synodale Sacramentum Caritatis Fr. Geoffroy Kemlin
Pour Benoît XVI, l’eucharistie concentre en elle toute la foi, le culte et la vie concrète de l’Église. Dans Deus Caritas est (n. 14), le pape écrivait : « Dans l’eucharistie, l’agapè de Dieu vient à nous corporellement pour continuer son œuvre en nous et à travers nous. [...] Foi, culte et ethos se compénètrent mutuellement comme une unique réalité qui trouve sa forme dans la rencontre avec l’agapè de Dieu. ». C’est pour cette raison que l’eucharistie est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » (LG 11).
C’est bien ainsi qu’il faut comprendre Sacramentum Caritatis (désormais noté SC) : non pas trois parties indépendantes, mais au contraire étroitement unies entre elles : « Je désire surtout recommander dans le présent document que le peuple chrétien approfondisse la relation entre le Mystère eucharistique, l’action liturgique et le nouveau culte spirituel qui vient de l’Eucharistie en tant que sacrement de l’amour. » (SC 5) Le dimanche est représentatif de cette unité. C’est un point de vue original de le mettre en rapport en particulier avec la vie morale concrète. C’est ce que signifie l’expression « iuxta dominicam viventes ». Jean-Paul II ne l’avait pas fait dans Dies Domini.
Il faudra donc
1ère partie : présenter le principe de la 3ème partie de SC : l’eucharistie a une dimension morale, elle transforme la vie concrète des fidèles.
2ème partie : le dimanche est modèle ou paradigme de cette vie selon l’eucharistie. En lui le temps cyclique de la nature reçoit une orientation, de la Création vers la Parousie en passant par le Mystère pascal. On sera donc amené à parler du caractère cosmique de la liturgie : par l’eucharistie, l’homme et toute la création font retour vers Dieu.
3ème partie : à partir de là, on peut expliciter le sens du précepte dominical, et ce que la célébration du dimanche enseigne aux fidèles.
Ce plan suit donc le déroulement de SC 70-74.
Présentation de SC 70-71
Benoît XVI part de Jn 6, 57 : « Celui qui me mangera vivra par moi ». L’eucharistie est principe d’une vie nouvelle. Or la vie, c’est la capacité d’agir par soi-même. Le pape en conclut que l’eucharistie transforme l’agir concret des chrétiens.
Il considère ensuite Rm 12, 1 : « Je vous exhorte, mes frères, par la miséricorde de Dieu, à lui offrir vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu ; c’est là le culte spirituel (logikè latreia) que vous avez à rendre ». Il y voit la caractérisât on de l’agir concret issu de l’eucharistie : il est offrande totale de la personne elle-même en union avec le sacrifice du Christ.
Le sacrifice par lequel les fidèles s’offrent eux-mêmes, c’est avant tout l’eucharistie qui, « en tant que sacrifice du Christ, est aussi le sacrifice de l’Église, et donc des fidèles » (SC 70). Le culte nouveau a pour « commencement et accomplissement » l’eucharistie ; mais il s’étend à toute la vie concrète : « Tout ce que vous faites : manger, boire ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu. » (1 Co 10, 31) En tant que sacrifice, cet agir concret est aussi un acte de culte. Dès lors, dans l’eucharistie s’unisse le culte et la vie morale chrétienne : « La célébration eucharistique apparaît, dans toute sa force, en tant que source et sommet de l’existence chrétienne, étant en même temps le commencement et l’accomplissement du culte nouveau et définitif, la logikè latreia » (SC 70)
Montrer que l’eucharistie fait l’unité entre culte et vie morale était déjà l’un des thèmes principaux de L’Esprit de la liturgie (2001). Le cardinal Ratzinger y montre qu’ainsi, l’eucharistie accomplit toute la recherche religieuse d’Israël et de l’humanité.
L’importance du culte dans l’AT apparaît dans le fait que le motif pour lequel Moïse réclame que Pharaon laisse les Israélites quitter l’Egypte, c’est le culte : « Laisse partir mon peuple, qu’il me rende un culte dans le désert » (Ex 7, 16.26 ; 9, 1.13 ; 10, 3). Tout le Pentateuque unit ensuite étroitement loi morale et prescriptions cultuelles.
La conclusion de l’Alliance au Sinaï en Ex 24, 4-8 en est un exemple typique : « Moïse mit par écrit toutes les paroles de Yahvé [le décalogue] puis, se levant de bon matin, il bâtit un autel au bas de la montagne, et douze stèles pour les douze tribus d’Israël. Puis il envoya de jeunes Israélites offrir des holocaustes et immoler à Yahvé déjeunes taureaux en sacrifice de communion. Moïse prit la moitié du sang et la mit dans des bassins, et l’autre moitié du sang, il la répandit sur l’autel. Il prit le livre de l’Alliance et il en fit la lecture au peuple qui déclara : "Tout ce que Yahvé a dit, nous le ferons et nous y obéirons." Moïse, ayant pris le sang, le répandit sur le peuple et dit : "Ceci est le sang de l’Alliance que Yahvé a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses." » L’autre motif de la sortie d’Égypte, la possession de la Terre promise, est en vue du culte, comme le montrent bien les livres historiques de la Bible, où toutes les défaites d’Israël, et finalement l’Exil, sont présentés comme des conséquences de l’idolâtrie.
Pour montrer comment l’eucharistie accomplit parfaitement l’unité entre culte et ethos préfigurée dans l’AT, il faut partir de la notion de sacrifice, élément essentiel du culte dans presque toutes les religions. Le sacrifice n’est pas de soi une destruction. Il est le fait de faire passer quelque chose du monde profane à celui de Dieu. Sacri-ficium veut dire rendre sacré ; or est sacré ce qui est à part, ce qui n’appartient pas au monde profane. Le but, c’est que l’homme lui-même devienne sacré, saint, c’est donc l’union de l’homme à Dieu. À ce schéma fondamental énoncé par l’épître aux Hébreux, s’ajoute le fait que l’homme est pécheur. Il y a donc aussi une dimension de satisfaction et de guérison de la liberté blessée.
Comme l’homme ne peut de lui-même s’unir à Dieu qui lui est infiniment transcendant, Israël et la plupart des civilisations ont eu recours au sacrifice de substitution : on offre quelque chose d’extérieur à l’homme, qui une fois devenue sacré, permet à l’homme d’entrer à son tour en contact avec Dieu. Plus la chose est précieuse à l’homme, plus le sacrifice sera efficace. Les sacrifices humains sont la caricature dramatique de ce principe.
Cette substitution est instituée par Dieu lui-même dans l’AT : toute la législation cultuelle du Pentateuque fonctionne sur ce système. Deux exemples typiques : Gn 22, où Dieu demande à Abraham le sacrifice d’Isaac, puis le remplace au dernier moment par un bélier ; et Ex 12 : lors de la sortie d’Égypte, sacrifice des agneaux à la place des premiers-nés des Hébreux.
Simultanément, on observe dès les prophètes d’avant l’Exil la conscience de l’insuffisance des sacrifices de substitution. Ce que Dieu veut, c’est la sainteté de la vie.
1 S 15, 22 : « Oui, l’obéissance est autre chose que le meilleur sacrifice, la docilité autre chose que la graisse des béliers. »
Is 1, 11.16 : « Que m’importent vos innombrables sacrifices ? dit Yahvé. Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux. Le sang des taureaux et des boucs me répugne.. Ôtez votre méchanceté de ma vue, cessez de faire le mal. »
Am 5, 21-24 : « Je hais, je méprise vos fêtes ; pour vos solennités je n’ai que dégoût. Quand vous m’offrez vos holocaustes, vos oblations, je n’en veux pas, vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde pas. Éloigne de moi le bruit de tes cantiques, que je n’entende pas le son de tes harpes ! Mais que le droit coule comme l’eau, et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. »
Os 6, 6 : « C’est l’amour que je veux, non les sacrifices, la connaissance de Dieu, non les holocaustes »
Ps 39, 7-9 : « Tu ne voulais ni sacrifice ni oblation, tu m’as ouvert l’oreille, tu n’exigeais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : voici je viens. Au rouleau du livre il m’est prescrit de faire tes volontés. »
Ps 49, 12-14 : « Si j’ai faim, je n’irai pas te le dire, car le monde est à moi et son contenu. Vais-je manger la chair des taureaux, le sang des boucs vais-je le boire ? Offre à Dieu un sacrifice d’action de grâces, accomplis tes vœux pour le Très Haut. »
Avec l’Exil, le Temple et ses sacrifices sanglants disparaissent. La seule forme de culte qui demeure est la prière intime, humble et fervente, avec la soumission à la volonté divine. Dn 3, 37-40 : « Seigneur, nous voici plus petits que toutes les nations, nous voici humiliés par toute la terre, aujourd’hui, à cause de nos péchés. Il n’est plus, en ce temps, chef, prophète, ni prince, holocauste, sacrifice, oblation ni encens, lieu où t’offrir les prémices, et trouver grâce auprès de toi. Mais qu’une âme brisée et un esprit humilié soient agréés de toi, comme des holocaustes de béliers et de taureaux, comme des milliers d’agneaux gras ; que tel soit notre sacrifice aujourd’hui devant toi, et qu’il te plaise que pleinement nous te suivions. »
À cette évolution dans le judaïsme, correspond dans le monde hellénistique le même rejet des sacrifices sanglants, et la recherche d’un culte spirituel, à l’image du dieu auquel la philosophie est parvenue. C’est le concept de logikè thysia : sacrifice de la parole, de l’esprit, qui unit l’homme au Logos, la raison qui imprègne la réalité.
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Extrait du site www.eucharistiemisericor.free.fr