"Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire".
Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens
Publié le jeudi 26 janvier 2012 , par

Allocution prononcée par François Meusnier, membre du conseil pastoral diocésain, pour les Vœux 2012 à l’intention de monseigneur Dominique Rey.
Monseigneur, le fin connaisseur des différentes cultures d’Amérique latine que vous êtes, ne peut pas ne pas connaître cette nouvelle saisissante pour 2012 : Oui, selon le calendrier Maya, votre charge pastorale devrait… se simplifier considérablement à partir du mois de décembre. Je vois que vous accueillez déjà cette nouvelle avec gourmandise, mais, ne vous réjouissez pas trop vite, car nous ne sommes pas encore en décembre et d’ici là, nous aurons besoin de vous…, d’ailleurs si Grégoire de Nysse était parmi nous, il nous rappellerait que « de commencement en commencement, (nous allons vers le Royaume) par des commencements qui n’ont jamais de fin ». Le Père Alexandre Men, orthodoxe russe, que nous n’hésiterons pas à citer en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous dirait même que « le christianisme ne fait que commencer … » Nous savons que c’est également votre conviction !

Vous reconnaitrez avec nous que nous abordons cette année 2012 avec une charge émotionnelle toute particulière. Il y a dans l’air comme un fond d’inquiétude, de perplexité, largement relayés par nos médias ! Une situation économique « délicate » certes, des échéances électorales proches pour notre pays aussi ainsi que pour d’autres nations de la planète ! Mais il y a autre chose sans doute de plus profond, d’inédit. Sans reprendre la litanie des « déclinologues » et autres prophètes de malheur que fustigeait déjà le bienheureux Jean XXIII dans un discours célèbre d’ouverture, un certain 11 octobre 1962, notre devoir de disciples, laïcs et clercs dans le monde est, plus que jamais, de scruter les signes des temps sans naïveté mais avec une intelligence évangélique.
Sommes-nous seulement en mesure aujourd’hui de comprendre ce que nous sommes en train de vivre ? Nous observons des symptômes : crise financière, économique, politique, écologique, la liste est longue. Ces symptômes sont révélateurs d’une transformation en profondeur de notre civilisation, d’une mutation qui semble plus durable, plus intérieure ; elle touche à l’humain dans son essence, sa personne : la place de l’individu dans la société semble avoir atteint son point de déséquilibre. Cette crise n’est pas seulement occidentale, elle est planétaire, ce qui donne une véritable catholicité (au sens premier du terme, d’une universalité) à notre discernement de disciple !!! Le mot crise en lui même ne doit pas nous inquiéter car il est par définition un passage entre deux états, une Pâque ! Pour gérer nos peurs, nos inquiétudes, nous pourrions avoir la tentation d’un repli sur nous-mêmes, en cherchant dans le passé des solutions pour aujourd’hui, oubliant cette nécessaire « fidélité à l’avenir », ce « courage du futur ». Au nom même de notre foi, nous pourrions avoir la tentation d’une posture de donneurs de leçons face à un monde que nous jugerions hostile. Les premiers mots de la constitution gaudium et spes sont là pour nous guider : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur ».

Cette solidarité inconditionnelle avec le genre humain, dans toutes les questions que se posent nos contemporains, quelle que soient ces questions, est le lieu même de la présence du Ressuscité et donc du disciple à l’écoute. Il ne s’agit pas d’une adaptation de l’Eglise au monde comme certain ont pu le craindre, mais bien d’une meilleure adaptation de l’Eglise à l’Evangile pour pouvoir en témoigner dans un monde en profonde mutation. Pour reprendre une image de notre culture Toulonnaise : comme au stade Mayol, nous sommes appelés à être au cœur de la mêlée ! Mais dans la mêlée, on prend aussi des coups ! Paul VI dans son discours à Bethléem en 1964 a dit cela avec beaucoup de force :
« Nous regardons le monde avec une immense sympathie. Si le monde se sent étranger au christianisme, le christianisme ne se sent pas étranger au monde, quel que soit l’aspect sous lequel ce dernier se présente et quelle que soit l’attitude qu’il adopte à son égard ».
Telle est notre foi, telle est la force du Témoignage, compris comme « Marturia », et nos frères des Eglises d’orient savent plus que jamais le poids de ces mots. Tout cela Monseigneur, vous ne cessez de nous le rappeler.
Pour scruter les signes des temps dans le brouillard de notre hyper-modernité nous avons besoin d’instruments, d’outils. L’observatoire socio-politique que vous avez suscité, initié en est un. Mais en cette année 2012, l’héritage des Pères conciliaires prend une couleur et une saveur toute particulière. Notre pape Benoît XVI à la suite du bienheureux Jean Paul II aime à présenter le concile Vatican II comme une « boussole fiable » pour notre route à venir. En fêtant le cinquantenaire de son ouverture, le 11 octobre prochain, nous rentrerons également avec toute l’Eglise universelle, dans l’année de la foi. Nous ne pouvons oublier de faire mémoire d’un de vos prédécesseurs Mgr Gilles Barthes qui a siégé à Saint Pierre de Rome et qui a su transmettre à son diocèse dès son retour bien des richesses de l’aggiornamento tant dans l’apostolat des laïcs, que dans ce que l’on nommera la diaconie. Cette année est donc propice pour chacun d’entre nous, pour approfondir la réception de ces grands textes. Les cycles de formation que vous avez lancés, il y a déjà plusieurs mois, pourront être relayé nous l’espérons, dans chacune de nos paroisses, communautés, et mouvements.

Trois intuitions sources du concile guident les disciples que nous sommes aujourd’hui :
Celle de la Communion comme réalité revisitée, « ré habitée » par la constitution Lumen Gentium. Elle nous renvoie tout à la fois au lien entre les personnes divines dans la vie trinitaire, aux relations nouvelles que la Pâque du Christ fait naître dans son Eglise, à la communion des hommes avec le Christ. Peuple de Dieu, apostolat des laïcs, sens de la foi, sacerdoce commun autant d’expressions qui nous permettent de recevoir la charte que vous nous donnez aujourd’hui pour les conseils pastoraux paroissiaux comme un instrument important de notre « vivre ensemble paroissial » dans une juste coresponsabilité entre prêtre et laïc. Oui cette Communion prend sa source dans la Liturgie et la messe chrismale célébrée dans votre cathédrale est chaque année signifiante de cette ecclésiologie de communion. Plus que jamais nous avons besoin de vous, Monseigneur, pour nous guider dans ce chemin d’unité, pour donner confiance à votre « petit troupeau » qui n’a pas toujours conscience de ses fragilités internes. Vous le savez, L’unité dans la communion est un chemin décisif de la nouvelle évangélisation.
En replaçant la Parole de Dieu au centre de la vie de l’Eglise, le concile a donné à la demande du jeune Salomon dans le livre des Rois (1 R 3, 14) une saveur renouvelée : « Donne moi Seigneur un cœur qui écoute ». La route est certes encore longue pour mettre en œuvre cette proximité, cette intimité avec le Christ dans sa Parole, cette lecture assidue de la Parole de Dieu au centre de la vie de chacun, des familles, de chacune de nos paroisses de nos communautés … la Parole devrait être le premier lieu dans notre discernement tant personnel que communautaire. Observons le chemin déjà parcouru qui est immense. Nous avons en mémoire cet événement qui a touché notre diocèse : La lecture en continu de la Bible, lors de la mission sur la ville de Toulon , une lecture où petits et grands, en communion avec nos frères séparés, jours et nuits se sont relayés pendant 6 jours, faisant de nous , une église qui prie et écoute la Parole de son Seigneur . Est-il nécessaire de rappeler que la liturgie est le premier lieu de réception de la Parole et donc notre premier lieu de vie avec le Seigneur. Nous savons votre attachement pour que la liturgie dans votre diocèse soit célébrée avec beauté dans la noble simplicité voulue par la constitution Sacrosanctum Concilium. Lorsque nous parlons de la Parole de Dieu nous ne la dissocions pas de l’Eucharistie, unique Pain de vie. C’est là à son contact que nous recevons notre identité authentique de disciple.
Enfin la diaconie. Lors de son discours historique à l’ONU, Paul VI présentait l’Eglise avec beaucoup d’humilité comme « experte en humanité ». C’est par ces mots que Monseigneur Barthes donnait au Diacre Gilles Rebèche sa lettre de mission pour le lancement de la diaconie. Il n’aurait peut être pas imaginé que 30 ans plus tard, la Diaconie de votre Eglise puisse inspirer de nombreux diocèses engagés dans le mouvement national Diakonia 2013. C’est une fierté mais qui implique une lourde responsabilité. 30 ans cela se fête aussi !
Communion, Parole-Eucharistie, et Diaconie s’articulent de façon très intime et constitue en quelque sorte notre triple AAA. Alors quelle note recevrions-nous ?

Le cardinal Congar a pu l’exprimer ainsi :
« L’attention aux pauvres, aux déracinés, aux faibles, aux humbles, aux opprimés, est un devoir qui s’enracine dans le cœur même du christianisme entendu comme communion. Il ne peut pas exister de communauté chrétienne sans diaconie, c’est à dire service de charité qui à son tour, ne peut exister sans célébration de l’Eucharistie. Les trois réalités sont liées entre elles : communauté, Eucharistie, diaconie auprès des pauvres et des humbles. L’expérience démontre qu’elles vivent ou s’éteignent ensemble »
Communion, Parole-Eucharistie, Diaconie constituent un programme missionnaire exigeant. Nous sommes persuadés Monseigneur, que, fort de votre expertise dans votre diocèse, ce triple AAA pourra être votre bagage spirituel pour rejoindre vos frères évêques au synode prochain sur la nouvelle évangélisation.
Soyez sûr d’ores et déjà de notre prière fervente.
Monseigneur, faut il se méfier de la piété ? Vaste question. Pour des vœux certainement. Car nous vous ferons grâce de vœux pieux : vous savez ces vœux que l’on sait sans consistance vraie, que l’on souhaite en ayant la conviction préméditée qu’ils ne pourront se réaliser. Une année que nous désirons bonne comportera sa part de succès et d’échec, sa part d’ombre et de lumière. Nos vœux si sincères n’empêcheront pas les épreuves de venir ou les épreuves présentes de continuer. Mais 2012 sera certainement une année bonne et heureuse, un temps favorable si nous accueillons l’initiative et le projet de Dieu sur chacun d’entre nous et qu’en l’accueillant, nous disons « oui » ensemble, dans une plus grande dépendance de nos liens entre laïcs, prêtres, diacres, religieux, autour de vous Monseigneur, comme signe de notre unité dans le Christ.
Voilà ce que nous pouvons vous souhaiter, et nous souhaiter avec vous