Publié le mardi 2 juillet 2002 , par Paroisses d’Hyères
L’APPEL DE MATTHIEU
« Ce n’est pas les bien portants qui ont besoin du mèdecin, mais les malades. » Matthieu 9, 9
9° Dimanche du temps ordinaire Année A
Dites, est-ce que, franchement, vous auriez choisi Matthieu, comme votre premier collaborateur ? Est-ce que vous auriez voté pour lui, par exemple, tenez, en ce jour des élections des députés ? Je ne sais pas ce que vous auriez fait. Je ne sais pas ce que j’aurais fait. Matthieu avait des moeurs douteuses. Il était financier, et dans des histoires louches. Moralement, ce n’était pas reluisant. C’est le 1° dimanche où nous retrournons dans le temps ordinaire. Depuis Février, nous allions de fête en fête. Mais j’ai bien peur qu’ ici, ce soit non pas une fête, mais une une « défaite » ! Pourquoi ? Parce qu’on ne choisit pas un financier si peu honnête, on ne choisit pas un « pourri » pour proclamer la foi. Jésus, lui, l’a choisi ! Jésus n’agit jamais sur le qu’en dira-t-on ; Il agit sur le qu’en dira Dieu . Il choisit des gens ordinaires, pour un travail extraordinaire (la mission). C’est rassurant pour nous Car nous aussi nous sommes ordinaires. Et Jésus nous dit que nous avons chacun une place. Si nous ne la prenons pas, elle restera vide. C’est la vocation.
A la maison : cinq garcons. Quand l’un de nous partait a un stage, ou un voyage, ou a un pelerinage, la place restait vide ...
A la maison, on était cinq garçons. Quelquefois, il arrivait que certains s’en allaient , l’un pour un camp, l’autre pour un stage, un autre pour un voyage, ... eh bien chaque fois, nous faisions cette expérience, que quand l’un d’entre nous s’en allait, la place restait vide ; elle était manquante ; et, au début, on le vivait toujours comme une morsure. Personne ne pouvait remplacer cet enfant qui était parti. Dans le royaume, c’est pareil, on a chacun une place, et si nous ne venons pas la prendre, elle restera vide, et on manquera à l’appel que Dieu a pour chacun de nous.
Oui, Matthieu malgré sa sombre vie, est quand même choisi. Est-ce que nous aussi nous redisons souvent le psaume 117, beau, grandiose : « Je te bénis, Dieu de ma vie, pour la merveille que je suis » ? Matthieu devait prier avec ce psaume aussi.
Pourquoi ? Parce que Dieu ne choisit jamais des gens capables ; mais Il rend capables ceux qu’Il choisit. Et puis, je crois que quel que soit notre âge, on peut être choisis. Parce que certains ici, pourraient penser : « On me parle de la vocation, c’est pour les jeunes ; moi qui suis assis sur ma chaise, ce que j’entends est très sympathique, mais ça ne me concerne absolument pas. D’abord parce que passé 4O ans, le Seigneur m’a déjà tout donné, donc j’ai besoin de rien. C’est la même attitude : « On a déjà donné. » Mais cet appel à la sainteté, il se continue dans la vie, jusqu’au moment où on Le verra. Donc, ça continue encore, à 8O ans, ou 82 ans. . J’ai eu la chance de vivre pendant deux ans à Fréjus, avec une soeur qui a commencé sa mission, au service des bidonvilles du Caire, à 6O ans. Abraham est parti à 7O ans. Soeur Emmanuelle a commencé très tard ! elle est venue d’ailleurs ici à Hyères, il y a quelques jours.
Je crois que le signe de la vocation, c’est la paix intérieure pour cette direction de ma vie que me propose le Seigneur. Je dis toujours à des jeunes qui sont en période de question, pour leur propre vocation : « Sachez que les fruits de l’Esprit Saint, sont toujours paix, joioe, et grandeur d’âme. Dieu n’est jamais dans l’angoisse psychologique, dans le drâme métaphysique. »
De plus la vocation, c’est pas d’abord d’être prêtre, ou marié, ou célibataire ; non, la vocation, c’est la sainteté, l’intimité avec le Seigneur. La vie éternelle est déjà commencée La vie éternelle n’est pas cette vie continuée en paradis. Avec humour, je dirais que la vie éternelle ce n’est pas la carte vermeil prolongée, c’est plutôt la carte « merveille » anticipée !
Dieu aime le pécheur, mais Il n’aime pas le péché. Nous, on aime le péché, mais on n’aime pas le pécheur.
Nous, nous aimons le péché, nous n’aimons pas le pécheur. Et c’est notre problème. L’Eglise est sans péché, mais Elle n’est pas sans pécheur ! Et ce que semble nous dire l’évangile, c’est que l’Eglise, ce n’est pas le club des privilégiés du bonheur et du salut, ce n’est pas le rassemblement des sauvés, mais le rassemblement des sauveurs.
Le sentiment ne suffit pas à l’amour.
Pas à la force des poignets. Le désir va prendre le relais
L’amour ne suffit pas à l’amour. Le sentiment ne suffit pas à l’amour. Car il faut « durer », dans l’amour. Alors, pensons au désir, à notre volonté, qui vont prendre le relais. Et ce n’est pas à la force des poignêts. C’est le domaine de la grâce, des sacrements. Pour aimer, il faut tenir bon, et pour être aimé, il faut lâcher prise. C’est ce que nous dit l’Esprit Saint et l’Eglise. Et ce n’est pas en croyant, u’on devient pratiquant, mais c’est en pratiquant sa foi, que l’on devient croyant.
Je crois que même dans ce coup dur, tu m’aimes encore !
La foi, c’est dire : « Je crois que dans ce coup dur, tu m’aimes quand même encore. Tu es un Dieu Providence qui s’interesse à moi. Voilà pour moi la foi ! Croire, comme le petit enfant qui croit que sa mère l’aime, même quand elle lui fait une piqure, alors qu’elle donne à son frère un chocolat.
« Ce n’est pas les sacrifices que je désire, c’est la miséricorde. » J’aime la chanson de Bourvil : « la tendresse. » Elle dit que « sans un coeur qui nous soutient, sur certains de nos chemins, on n’irait vraiment pas loin. »
Ce coeur qui vous soutient ? C’est le coeur de Jésus. « Je suis doux et humble de coeur ». « Sacré » coeur ! que nous fêtions hier, vendredi. Si la foi est restée intacte dans notre pays, après tant de guerres et de révolutions en deux siècles, c’est sans doute, expliquent les historiens, c’est du au « culte » du Sacré Coeur, si populaire dans tous les milieux sociaux. Oui, on peut être purs, mais durs ! Un cristal peut être pur, mais dur ! Jésus ne nous demande pas de ressembler à un cristal, mais à la colombe. Nous ne sommes pas appelés à être cristaux, mais à être agneaux. La colombe et l’agneau annoncent la paix, soyons des facteurs de paix ; des relais de la tendresse de Dieu. On peut tous y arriver, et c’est merveilleux !
P. GILLES LE TOURNEUR, ce 8 Juin 2OO2, à Hyères, St.Louis - Ste.Douceline