23ème dimanche année A
VAS TROUVER TON FRÈRE SEUL A SEUL
(Saint Matthieu, 18, 15-2O)
Souvent, on évite de dire ce qui ne va pas, parce qu’on redoute les
conflits.
Serons-nous censeurs ? Ou serons-nous guetteurs ?
La fonction "canard" : calme au dessus ; et ... on pédale en dessous.
C’
est une parole difficile que Jésus nous demande de vivre. Moi, je
vous avouerai que ce n’est pas dans ma nature d’aller voir quelqu’un et de
lui dire : "Attention, tu te plantes ! Voie sans issue ! Casse-cou !" ET
pourtant, il faut le faire, même si ce n’est pas très agréable
à faire.
Souvent, on évite de dire certaines choses , en famille, en couple,
parce qu’on redoute les conflits.
Vous savez, c’est l’histoire d’un couple bien sous tout rapport, qui est
toujours calme, et qui n’élève jamais la voix. Quand on les
voit, on se dit : "Il y a pas d’histoire, avec eux, au moins ! D’ailleurs,
on leur dit à peine bonjour ..." Et puis, un jour, on voit l’appareil
de télévision passer par la fenêtre, puis dans l’escalier,
on voit les chaises dégringoler, puis des cris, et alors on se dit
: "C’est les un tel qui commencent à se parler." L’ennui, c’est
qu’ils commencent seulement maintenant. S’ils l’avaient fait avant, ils n’en
seraient peut-être pas là !
Je suis aumônier d’équipe Notre Dame, et dans les équipes,
dans nos foyers paroissiaux, il y a cette demande : "Une fois par mois, on
discute en couple, pour voir d’abord ce qui va, et puis ensuite, ce qui ne
va pas ; c’est ce qu’on appelle : Le devoir de s’asseoir." Le D.
S. A. Je préfère dire : le P. S. A. : plaisir de s’asseoir,
et de discuter, sur ce qui va bien d’abord, et puis ce qui va moins bien
ensuite.
Excellent ! Mais vous allez me dire : "Et quand on ne vit pas ensemble
? Pour ceux qui ne vivent pas en couple et en famile ?"
Je réponds que c’est valable, dès qu’il y a 2 personnes qui
travaillent un peu ensemble, ou bien dans n’importe quelle entreprise, dans
n’importe quel lieu où il y a des relations humaines. Je crois
que les conflits mal localisés prennent vite des proportions démesurées.
C’est pour ça, qu’il faut en parler. Quand je nomme, je borne. Une
des premières choses qu’Adam fait, au début de la création,
il nomme les animaux. Ils lui feront moins de mal. La pire des maladies,
c’est celle qu’on ne peut pas nommer ! Quand je nomme, je dédramatise.
La fonction "Canard".
Mais voilà, comment le dire aux autres, qu’ils se trompent ? ou
alors, si on est un peu dans l’autre situation, (quand on a tort), comment
l’accepter ? Pour l’accepter, je crois qu’il faut adopter la fonction "canard."
Vous savez : le canard, il est calme au dessus, et il pédale
en dessous. Ne pas être affolé quand on nous dit qu’on est
dans l’erreur ; après tout, ça peut arriver à tous, mais
réajuster sa position, sans que ça se voit trop, sur le moment,
qu’on en a été affecté ! être calme, et bosser
ce qu’on a à bosser, pour ne plus se "re-planter." Le sage, ce n’est
pas celui qui ne fait jamais d’erreur ; le sage, c’est celui qui essaye de
ne jamais refaire la même erreur.
Serons-nous censeurs, ou serons-nous guetteurs ?
M
aintenant, pour celui qui doit dire la vérité, à celui
qui est dans l’erreur, toujours le dire dans l’amour ; c’est la 2ème
lecture. Serons-nous censeurs, ou serons-nous guetteurs ? Être
censeur, c’est nul ; être guetteur, c’est meilleur !
L’évêque, ça veut dire : sur-veillant ; ou plutôt
: Veillant sur ! Guetteur sûr.
Il faudra éviter deux erreurs : la première, c’est l’amour
sans la vérité. Et la deuxième : c’est la vérité,
sans l’amour.
L’amour sans la vérité, c’est les "baba-cool", tout le monde
il est beau, tout le monde il est gentil. C’est faux. Il faut quand même
ouvrir les yeux, ne pas camoufler le réel. Il faut voir aussi le
mal. Il y a des actes mauvais dans le monde, et d’abord en moi . C’est
le péché ... c’est aussi mon péché. L’Église,
elle est sans péché, mais elle n’est pas sans pécheur.
Mais il y a aussi la deuxième erreur : dire toujours les 4 vérités
à tout le monde, en devenir agressifs, exigeant pour les autres .
Démarrer au quart de tour. Devenir hyper-sensible. Partir en croisade
pour n’importe quel motif, ça a donné l’inquisition ... on
n’est pas des donneurs de leçon !!
L’amour sans la vérité, c’est pas pur ; mais la vérité
sans l’amour, c’est trop dur.
L’amour sans la vérité, ça pourrit ; la vérité
sans l’amour, ça durcit ; l’amour et la vérité, ça
construit.
Les martyrs au nom de Dieu ? Ca ? Jamais !
Les martyrs au nom de Dieu c’est ceux qui vont jusqu’au bout des circonstances
exceptionnelles de l’amour et de la vérité, et de la vérité
de l’amour, et qui pardonnent à leurs agresseurs !
E
t le martyr, c’est celui qui donne sa vie pour l’amour de la vérité,
et ... pour la vérité de l’amour. Et là, ne vous trompez
pas d’adresse... c’est pas les martyres dont on vous vante les mérites,
des gens qui se sacrifient aux commandes d’un avion pour tuer 35OO personnes.
Les martyres au nom de Dieu ? Ca ? Jamais !
Les martyres au nom de Dieu, c’est ceux qui sont allés jusqu’au
bout des circonstances exceptionnelles de la vérité de Dieu
et de l’amour, et qui portent humblement témoignage, sans jamais attaquer
personne, et qui pardonnent à leurs agresseurs. C’est ça, le
vrai martyre chrétien. Nous y penserons tous dimanche prochain, le
11 Septembre, en cet anniversaire de l’attentat de New-York : une bougie,
une image, nous nous arrêterons dans la journée, si vous le
voulez, pour prier pour la paix. Nous prierons le Dieu désarmé
(Jésus au lavement des pieds), et non pas le Dieu "des armées"
!
Nous demanderons à Jésus le courage de pouvoir dire à
nos parents, à nos enfants ce qui va moins bien. Mais nous Lui demanderons
de savoir le bon moment, pour pouvoir le faire dans l’amour, dans la tendresse,
s’il faut le dire. Nous Lui demanderons l’amour suffisant pour ça.
On ne peut dire certaines choses en famille, en couple, que si on s’aime
profondément ! Et c’est la 2ème lecture : "Tu aimeras
...." Il faut le climat.
Il faudra oser l’amour, pour ne plus doser l’amour.
Et puis il y a ce mot merveilleux : "Aujourd’hui", dans le psaume : "Aujourd’hui,
n’endurcissez pas votre cœur, écoutez la voix du Seigneur. Aujourd’hui,
ne fermez pas votre cœur, comme au désert, où vos pères
m’ont tenté et provoqué..."
Aujourd’hui. Car finalement, je n’ai qu’aujourd’hui pour aimer. Il faut
me dépêcher.
Frères et sœurs, savez-vous quels sont les deux plus grands moments
dans la vie d’un chrétien ? Ce n’est pas le baptême, ce n’est
pas la communion pour la 1ère fois ; pourtant, vous me
direz, ça, c’est important. Pour moi, le plus grands moment de ma
vie, ça n’a pas été l’ordination ! Non. Les deux plus
grands moments, c’est les deux plus grands moments dans la vie de toute personne
aussi, ce n’est pas seulement pour un chrétien : c’est maintenant,
et à l’heure de notre mort ... ça ressemble beaucoup au "Je
vous salue Marie," non ? Nous lui souhaitons un bon anniversaire, à
Marie, c’est cette semaine que nous fêtons le 8 Septembre.
"Quand vous serez réunis à deux, ou à trois,
en mon nom, je suis là au milieu de vous", dit Jésus. À
deux, ou à trois. À cette messe, combien on est ? On est 8O.
Alors, vous vous rendez compte ; combien plus Jésus est présent.
Demandons nous aussi d’être présents aux autres, à toux
ceux avec qui on vit. C’est le plus beau des cadeaux, être présent.
"Dans la vie, ce qui compte, ce n’est pas d’avoir réussi, ce n’est
pas de réussir, dit Jacques Maritain, ça ne dure jamais très
longtemps, d’ailleurs, de réussir ; non, ce qui compte, c’est d’avoir
été là, au bon moment, pour les autres." Être
présent, réellement !
Demandons, nous aussi, d’être présents aux autres et à
ce grand Dieu d’amour.
Alors, ce sera un peu plus le ciel sur la terre.
Tu feras sourire la terre, ta vie sera beauté, ta vie sera lumière
!
Père GILLES LE TOURNEUR
Hyères, 1er septembre 2OO5
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