25ème dimanche année A
Les ouvriers de la dernière heure
(saint Matthieu, 2O, 1-16)
1ère lecture : cherchez le Seigneur, tant qu’Il se
laisse trouver, mes pensées ne sont pas vos pensées Isaïe,
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psaume : le Seigneur est tendresse et pitié
Les fleurs de ce dimanche, ici, à l’église sainte Douceline,
c’est un bouquet de "monnaies du pape", pour exprimer l’unique pièce
d’argent que les ouvriers, tous, gagneront le soir.
Avec Dieu, pas question de barèmes ni d’horaires, pas question
de calcul de salaires !
Aucune de nos infidélités ne lasse la fidélité
de Dieu : et c’est merveilleux !
Pas question de relevés de retards, pas question de radars, de mises
au placard ! On embauche tout le monde ! Qu’on se le dise, c’est ce que crie
en cette rentrée, l’Église ! On a besoin de catéchistes,
d’animateurs pour l’aumônerie du lycée-collège Maintenon,,
on a besoin de laveurs d’ église , on a besoin de couples qui aident
pour la préparation aux mariages, aussi ! Moi, dit Dieu, j’embauche
à toute heure.
Pour votre bonheur !
E
h bien imaginons la scène, dans un vignoble des cotes de Provence,
dans notre région, pendant les vendanges. Un patron s’en va toute
la journée pour embaucher des ouvriers. Et, quand arrive le moment
de la paye, le soir, il ne tient aucun compte des heures de travail de chacun.
Alors, attention, cet évangile n’est pas d’abord un texte social,
pour le droit du travail. ... encore que ... remarquez que tous trouvent
du travail. Ce qui est déjà énorme, et ce qui est très
bien. C’est un patron qui a le souci que le maximum trouvent un emploi. Nous
pensons et nous n’oublierons pas ceux qui cherchent un emploi.
Le 1er conseil de cet évangile, c’est ne pas se comparer
! Comparaison n’est pas raison. Vous savez, il y a un proverbe provençal
qui dit : "Quand je me regarde, je me désole ; quand je me compare,
je me console !" Non ! on ne peut pas se comparer, car chacun de nous, nous
sommes uniques. Parcours unique, qualités uniques. Et si je suis jaloux
parfois de l’autre, souvent c’est parce que je n’ai pas encore découvert
mes propres dons. Mais si je les ai, et quand je les aurai découverts,
alors, je deviens moins envieux, moins jaloux des autres.
Quand l’autre est heureux, il faudrait que je devienne heureux, rien que
pour ça : mon frère, mon conjoint est heureux. Mon bonheur,
c’est le bonheur de l’autre. Et si, quand l’autre a de la chance de partir
en voyage, il faudrait que je sois heureux, parce que lui est heureux de
partir en voyage. À la limite, c’est presque moi qui partirait en
voyage ...
Chacun de nous avons des qualités uniques : nous avons une caverne
remplie de richesses en chacun de nous, peut-être qu’on ne les a pas
encore découvertes. Ce n’est plus Ali Baba et les 4O voleurs, mais
c’est : Ali Baba et les 4O valeurs !
Ce qui se passe ici dans notre évangile : ceux qui ont travaillé
depuis le matin, se comparent à ceux qui viennent d’arriver : ils
gagnent aussi une pièce d’argent, comme eux ! !
On ne peut plus désespérer. Aucune de nos infidélités
ne lassera la fidélité de Dieu ! C’est merveilleux !
Mais ce vigneron, qui est-ce ? Mais c’est Dieu ! Et qui est Dieu ? Comment
s’imaginer Dieu ? A qui ressemble Dieu ? Beaucoup de gens disent : "Moi,
je suis croyant !" Et je réponds : "Croyant, de qui ? À quel
Dieu croyez-vous ? Est-ce que c’est le Dieu de la bible ? Connaissez-vous
le Dieu que Jésus vous a révèles ?
Les paraboles contiennent toutes un brin de folie, pour piquer notre attention
! Elles sont énormes, diraient les jeunes aujourd’hui !
Les paraboles sont des histoires, où rien ne se passe comme ça
devrait se passer ! Elles contiennent toutes un grain de folie, un brin
d’extravagance, la démesure. C’est ce Dieu, que Jésus appelle
son Père ! Et, ici, mais c’est fait exprès, pour un peu choquer,
pour qu’on écoute, et pour nous donner un message étonnant.
Ce père qui attend des années, qui ne bouge pas, pour attendre
le fils prodigue. Ce berger qui laisse les 99 brebis, pour une seule qui
est partie ! Ce cultivateur qui jette des graines partout, et qui gaspille
comme un fou !
La démesure, pour nous révéler un Dieu qui nous aime,...
avec démesure. C’est à dire : jusqu’au dernier moment !
Dieu, dit Jésus, embauche inlassablement, et à toute heure
: de l’histoire de l’humanité, bien sûr ! à toute heure
de notre histoire personnelle. Vous êtes chrétiens depuis
votre naissance, peut-être, ou depuis l’âge adulte : et d’autres
le sont à la dernière heure, à la 11ème
heure. Jésus appelle à longueur de vie, des baptisés,
et il appelle tous les hommes de bonne volonté !
Alors, vous voyez, ce n’est pas une question d’horaire : vous connaissez
la belle parole de Charles de Foucauld, que je répète souvent
: "Vous avez quelle heure ? Il est l’heure d’aimer !"
Avec Dieu, pas question de barèmes, de mérites, ni d’horaires,
pas question de calcul de salaires ! Pas question de retards, ni de radars,
ni de mise au placard !
D
ieu accueille tout le monde, jusqu’à la dernière heure, sans
tenir compte absolument ni de ceux qui s’y attendaient, ni de ceux qu’on
n’attendait pas, ni de ceux qui le méritaient, ni de ceux qui ne
le méritaient pas ! Avec Dieu, pas question de mérite, de
salaire, de barème, ni d’horaire ! Il n’est pas question d’heure
passée ! De pointage, de radars, de photos ou de mises au placard
! Dieu nous aime, point barre ! Dieu nous aime, et notre vie n’est plus
la même.
La prostituée, la samaritaine, et Zachée , mais on n’y aurait
jamais pensé !
Le bon larron : un ouvrier de la dernière heure, celui-là,
et même du dernier quart d’heure !
Mais regardez l’évangile : il y en a tant dans l’évangile,
qu’on a découragés, qu’on a mis au ban de la société,
qu’on a visiblement écartés ! qu’on a marginalisés !
Voyez la prostituée, elle qui est venue "gâcher" de son regard,
de sa présence, de son parfum délicieux, le repas organisé
par Simon le pharisien.
Pensez à Zachée, ce type pourri, pensez à la samaritaine,
et à sa drôle de vie.
Pensez au larron sur la croix, cet ouvrier de la dernière heure,
et même du dernier quart d’heure ! Il a fait lever l’espérance.
Il nous crie, pour notre dernier moment, d’avoir confiance !
Ne pas lire l’évangile à l’envers ! Nulle part, Jésus
nous dit qu’on peut faire de sa vie n’importe quoi !
Le Dieu vigneron, c’est une nouvelle magnifique !
Tout est gratuit.
Mais vous allez me dire : c’est un peu trop facile. C’est un encouragement
à la facilité, à la paresse ou au laisser aller !
Oui, mais il ne faut pas lire l’évangile à l’envers ! Jésus
nulle part ne nous dit qu’on peut faire de sa vie n’importe quoi !
Aucune de nos infidélités ne lasse la fidélité
de Dieu !
Mais Il nous dit dans cette parabole qu’aucune de nos infidélités
ne lasse la fidélité de Dieu ! Et qu’Il attend l’heure, même
si c’est la dernière heure, où nous serons enfin prêts.
"Alors, allez y, pour travailler à ma vigne." Jésus nous met
au travail !
Alors on dit : "Mais moi, je sais qu’il y a des religieux qui prient pour
la paix, et il y a encore la guerre ..." A quoi ça sert ? Et je réponds
: mais Dieu n’a pas d’autres mains pour transformer le monde, que vos propres
mains ! Cette tendresse de Dieu passera alors par nos yeux, par nos mains,
par notre cœur. N’attendons pas des autres, des prêtres et des religieux,
ce que nous pouvons faire pour les vignes du Seigneur ! Qui suis-je ? un
pauvre travailleur, dans la vigne du Seigneur, nous disait le pape Benoît XVI
qui, une heure après d’être élu ( à ... 78 ans),
se disait être " un humble serviteur dans les vignes du Seigneur, ouvrier
de la dernière heure."
"Que tu as de la chance de m’avoir !" non ! mais : "Que moi, j’ai vraiment
de la chance de t’avoir !" Vous n’étiez pas là, à 3 heures
du matin, avec les femmes, au tombeau, parce que c’était beaucoup
trop tôt !
Oui, le vigneron, c’est Dieu ! un Dieu inattendu ! qui n’a pas fini de
nous étonner.
Et, les ouvriers, envoyés à la vigne, c’est nous ! et c’est
la vérité.
Et ne disons pas que nous sommes les ouvriers de la première heure
! que nous avons tous les droits. Non : on peut tous s’interroger dans notre
foi.
Est-ce que nous sommes des chrétiens de 6 heures du matin, de 9
heures, de midi, ou de 17 heures. Vous pouvez tous vous demander : "Je suis
arrivé à quelle heure, dans l’histoire ?"
Nous sommes tous arrivés à 17 heures.
Vous n’étiez pas là, lorsque Dieu a fait la création,
quand Il a fait l’alliance avec l’humanité, le matin. Ni, à
9 heures, quand Dieu a promis à Abraham, que l’humanité continuerait.
Vous n’étiez pas là, à 3 heures de l’après-midi,
quand Jésus mourait sur la croix. Vous n’étiez pas là,
avec les femmes, la nuit, à 3 heures du matin, pour aller au tombeau,
parce que c’était encore beaucoup trop tôt !
On est tous des enfants de la dernière heure !
C’est la gratuité, et c’est pour notre bonheur !
Non ! nous n’étions pas là ; nous n’y étions qu’à
5 heures de l’après-midi, et encore... nous sommes tous des enfants
de la dernière heure.
Ca veut dire qu’on a tous été appelés, sans aucun mérite
de notre part. On a même été appelés dans l’inconscience
: la plupart d’entre nous, nous avons été baptisés,
quand on était bébés.
Rendons grâce, pour cet appel gratuit.
Ce n’est pas à cause notre travail et nos efforts, que Dieu nous
aime. Et personne ne peut dire : "Seigneur, que tu as de la chance de m’avoir
!" Mais nous devons tous dire au Seigneur :" Comme j’ai de la chance de t’avoir
!" Nous sommes vraiment des enfants de la grâce et de la chance ! oui,
de la Providence !"
Le regard de cette petite fille qui sauve ce jeune dans le bus !
Vous connaissez l’histoire d’Olivier Clément, ce journaliste-écrivain,
grand théologien orthodoxe ?
Il explique qu’un jour il a eu envie de se suicider. Il prend l’autobus,
pour aller se suicider : imaginez ces derniers instants, dans le bus, au
milieu des gens : c’était fini, ses derniers instants, à regarder
le paysage ! l’angoisse pure et dure ! Mais, dans l’autobus, il y avait une
petite fille de 6 ans, qui posa sur lui son regard : il fut bouleversé
par ce regard, qui le sauva du suicide ! et c’est ce qui fait que dans tous
les livres d’Olivier Clément, vous avez des pages magnifiques sur
le regard : "J’ai senti qu’on me regardait : c’était une petite
fille de 4 ou 5 ans, ses yeux étaient pleins d’amitié ! elle
a souri : et j’ai compris que la lumière d’un regard, l’océan
intérieur des yeux était plus vaste que le néant piqueté
d’étoiles, et qu’il y avait une promesse ! qu’il fallait vivre
!"
Au dernier moment ! vous vous rendez compte !
Paul Valéry, à la fin de sa vie, dans ses derniers instants,
c’est pareil, fera une rencontre avec Dieu, grâce à une infirmière,
une religieuse, qui lui montra un visage souriant de Dieu !
Moi, j’ai un culte pour le dernier moment ! dans tout ce que je fais ! juste
avant de prendre ma voiture, ou bien juste avant de prendre la parole l’homélie
du dimanche ; ou bien juste avant de rentrer dans une chambre de malade
que je ne connais pas, à l’hôpital.
Et je me dis : un jour, il y aura bien un dernier moment ... je ne sais
pas quand ! comment serais-je à cet instant ? Et c’est pour ça
que je dis et que je redirai toujours : quels sont les deux plus grands moments
de notre vie ? ce n’est pas le baptême, ce n’est même pas pour
moi l’ordination ! non ! c’est "Maintenant, et à l’heure de notre
mort !"
Demandons de "réussir" tous nos derniers moments : de cette journée
par exemple, de ce rendez-vous avec telle personne, qu’on appréhende
tant, de cette réunion de famille dimanche prochain, oui, la grâce
du dernier moment dans tout ce qu’on fait, c’est ça qui donne le succès.
C’est ça qui donne la paix. Notre Dame du dernier moment, saint bon
larron, soyez avec nous pour de bon !
Père GILLES LE TOURNEUR,
ce 16 septembre 2OO5, Hyères.
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