La Foi en la résurrection
Pâques est « la fête des fêtes ». Le mystère Pascal est au centre
de la foi chrétienne et en même temps, il est le point le plus obscur. De
près ou de loin, nous avons tous l’expérience de la mort, mais nous ne savons
pas exactement ce que veut dire le mot « résurrection ».
Les raisons d’admettre la résurrection sont multiples. Les unes
sont d’ordre historique : elles portent sur le « fait » de la résurrection
du Christ. Les autres sont de type plus philosophique : elles rejoignent cette
certitude dans l’intime de l’être que l’homme n’est pas fait pour l’anéantissement.
C’est au confluent de ces deux sources de réflexion sur les « faits » et sur
les « idées » que se trouvent nos raisons de croire en la résurrection.
Les évangélistes
se sont trouvés comme dépassés par le message à transmettre. Les expressions
fusent : « on a enlevé le corps », « le tombeau est vide »... Le vocabulaire
est comme déficient pour penser cet « impensable ». Cette pauvreté n’est-elle
pas la première preuve de la véracité ? Le souci d’authenticité des évangélistes
en se contentant de relater les faits bruts s’explique sans doute par leur
incapacité à en analyser le contenu. La résurrection s’est imposée comme un
fait, et les disciples ont été dépourvus d’explications pour justifier par
la raison à la fois la rupture que la résurrection introduit, car elle est
résurgence inouïe de la vie, et en même temps la continuité, puisqu’elle s’inscrit
dans la logique de toute la vie du Christ. Elle est comme une nativité.
Jamais un auteur
de légende, un fabulateur n’aurait pu inventer ce que les disciples de Jésus
ont découvert, tout ébahis. Par exemple le fait que Jésus ressuscité porte
toujours les plaies de sa passion. Comme si dans sa gloire, il devait assumer
tout ce qu’il avait dû souffrir pour y parvenir. C’est de l’intérieur même
des souffrances que jaillit la vie. C’est ce qu’observera l’évangile de Jean
au chapitre 19 lorsque du côté ouvert de Jésus sortira de l’eau.
La foi en la résurrection
rejoint l’espérance secrète de chaque être humain. Si l’homme trouve du
plaisir à respirer, s’il est joyeux de vivre et si, dans les plus grandes
douleurs, il préfère souffrir plutôt que de mourir, c’est qu’il pense que
la vie présente n’est qu’une initiation à l’inimaginable auquel il croit
très profondément, au point que, confronté à la mort, l’homme l’éprouve
comme un scandale inacceptable et que, spontanément, il la craint et la
fuit. Si l’homme n’avait pas une croyance dans ce que nous appelons l’immortalité,
il ne pourrait pas aimer : un homme aime une femme, ou des parents aiment
leur enfant d’un amour éternel. Cela présuppose de croire que ceux qui s’aiment
et qui se sont aimés se retrouveront dans l’au-delà.
Certes, la foi
en la résurrection du Christ et en notre propre résurrection se heurte au
constat amer que depuis 2000 ans, le mal est toujours là, sous forme de
haine, de violence, de guerres, d’injustices, de mensonges et de servitudes.
La résurrection ne signe pas la disparition de ce mal ni la suppression de
la misère. Mais la résurrection, c’est la victoire sur la tyrannie du mal,
sa suprématie : le mal n’est plus inéluctable, irrémédiable.
La foi en la résurrection
donne aux chrétiens la force de l’amour et le courage de l’espérance. A cause
du Christ ressuscité, nous ne sombrons pas dans le fatalisme, la résignation
ou la révolte, mais nous croyons que, par la puissance de la prière et la
mobilisation de nos énergies humaines, sociales et spirituelles, Dieu nous
donne la grâce d’inverser le cours de la mort et de croire en la Vie.
Très joyeuse fête
de la Résurrection
+ Dominique
Rey