" Pierre, m’aimes-tu ?"
3ème dimanche
après Pâques, année C
La guérison de l’imagination blessée de Pierre
M
ais pourquoi donc Jésus repose trois fois la même question à
Pierre : M’aimes-tu ? Pierre avait bien compris, c’est bon !
Quand on dit : C’est bon, il ne faut pas insister, vous savez. Là,
je crois que Jésus veut guérir l’imagination blessée
de Pierre. Vous avez remarqué cette chose curieuse : il y a un feu,
c’est le petit matin, et c’est trois fois de suite la même question.
Ca ne vous rappelle rien ? un certain jeudi saint ? Pierre rejette
catégoriquement Jésus par trois fois ; et puis, il y a aussi
un feu : le feu terrible et horrible dehors, devant le tribunal ; et puis
enfin, c’était la nuit. Là, Jésus veut aller jusqu’au
plus profond, jusque dans l’imagination blessée de Pierre.
L’aurore suit toujours l’horreur !
La nuit du jeudi est remplacée par le matin, pour suggérer
l’aurore : et vous savez que l’aurore suit toujours l’horreur. Il n’y
a pas de nuit si noire qui ne pas suivie d’un matin clair, dit un proverbe
vietnamien. Cette parole a toujours été pour moi un soutien.
Le feu, c’est maintenant le feu du petit déjeuner, que Jésus
a allumé lui-même ! C’est toujours Jésus qui met le
feu partout ! Il faut mettre le feu à la boutique, dit Saint
François de Sales. Et enfin, les trois fois où Pierre va dire
: Tu sais bien que je t’aime, sont là pour reconstruire le
cœur et l’imagination blessée de Pierre. Dans chaque réconciliation,
dans chaque sacrement de réconciliation, c’est toujours la même
chose : la confession, bien vécue, ne guérit pas seulement
de la faute, mais de la blessure qui est à l’origine de la faute.
Car on est tous un peu blessés, et la paix nous envahit.
Si on savait le sujet du bac à l’avance ...
L
e jour du bac, si on savait le sujet à l’avance, mettons un mois
avant, je suis certain que ça simplifierait les choses, non ? Vous
ne croyez pas ?. Le jour de la fin de notre vie, on sait tous à l’avance,
qu’on sera questionnés sur la même question, sur le même
thème : Est-ce que tu aimes ? Est-ce que tu as essayé
d’aimer les autres, et Dieu ?
Ce sera le thème de l’examen final. Saint Jean de la Croix dit
qu’au soir de notre vie, on sera jugés sur l’amour, pas sur les grâces
reçues, pas sur les charismes, non ! pas sur les états mystiques
! Mais sur l’AMOUR ! Moi j’ajouterai sur l’amour, et ... : " Par l’Amour ",
heureusement, parce que sinon, j’aurais de quoi avoir peur, vue ma tiédeur,
mon manque de cœur et de ferveur !
Imaginez une minute que vous passez en cour d’Assises. Vous entrez, et on
vous annonce : Le juge ne peut pas venir : il vient de mourir pour vous
!
Non ! Il ne fallait pas ! , vous pourriez répondre. Mais
ça vous ferait un grand effet ! Il vient de mourir d’amour pour vous
! C’est exactement ce qui se passe pendant la Passion. Le juge est mort
: il n’y plus de jugement. Il n’y a plus que la miséricorde.
Jésus, c’est du solide !
Jean a de bons yeux : il a les yeux du cœur !
M
ais revenons à la pêche miraculeuse. Jésus est là
sur le rivage. Jésus est toujours sur la terre ferme, après
Pâques. C’est du solide, Jésus ! ce n’est pas du toc, c’est
du roc !
Et puis, il n’y en a qu’un qui Le reconnaît : c’est le disciple que
Jésus aimait . C’était Saint Jean. Pourquoi ? Parce qu’il
a les yeux du cœur, tout simplement. L’amour ne voit pas avec les yeux,
mais avec le cœur, dit Shakespeare. Pierre n’a encore rien vu : Jean
a devancé Pierre, comme au tombeau vide. Parce que Jean, il aime
! Il est intuitif. Le symbole de Jean, c’est l’aigle. Car l’aigle, il a une
bonne vue. À 3OOO mètres d’altitude, il voit un lapin ! Pierre,
qui n’a rien sur lui, plonge dans l’eau tout habillé ; si on avait
tout inventé, on aurait dit : Pierre enlève ses vêtements,
mais là, non ! Moi, quand je plonge, je ne plonge pas tout habillé,
c’est bien un témoin qui a écrit ce passage.
Ce ne sont pas les poissons qui sont pêchés, mais les apôtres
qui sont repêchés, au dernier moment !
Ce ne sont pas des poissons qui sont pêchés, c’est les apôtres,
qui sont repêchés. Car ils avaient tout laissé
tomber, après la mort de Jésus. Ils s’étaient remis
à leur ancien métier de pêcheurs. Nous aussi, nous sommes
souvent repêchés. À l’occasion d’une retraite, d’un pèlerinage.
Jésus ? la foi ? avant ? c’était mort : et puis, ça
y est, tout a repris vie en nous ! Dieu revit en nous, Jésus ressuscite
en nous . Ca grouille ! comme les poissons. Il y en avait 153 !
Mais juste avant, il faut se jeter à l’eau. Il faut plonger. Baptême,
ça veut dire : plongeon.
L’acte de foi des premiers chrétiens
V
ous savez que le Christ dans les catacombes romaines n’était jamais
représenté sur la croix, c’était l’horreur de l’horreur,
à l’époque. Censure ! Alors on Le représentait par le
symbole du poissons, car en grec, le mot poisson, c’est les initiales des
5 mots qui définissent Jésus : I ch th u s
: "Jésus Christ fils de Dieu, sauveur", l’acte de foi des chrétiens
..
L’Église ne peut accepter aucune division : le filet qui ne se
déchire pas.
153 poissons ! Un détail pareil, ça ne s’invente pas ! ça
prouve que là non plus, ça n’a pas été inventé.
Saint Jean écrit tout ça, 7O ans après : il a à
peine 2O ans, à ce moment-là : il se rappelle du nombre de
poissons. Les Pères de l’Église disaient que 153, c’était
en fait à l’époque le nombre d’espèces de poissons qu’il
y avait dans le lac. Comme pour nous dire : toutes les espèces d’humains
sont acceptées dans l’Église : on ne refuse personne. Il n’y
a personne de trop dans le ciel ! On accepte tout le monde. Et le filet ne
craque pas : alors, c’est l’unité de l’Église ! Elle ne peut
accepter aucune division, aucun schisme. Pardon pour nos fautes contre l’unité
dans nos familles, dans nos couples, dans notre paroisse. On aurait pu les
éviter, non ?
Je suis un disciple de Pierre de Coubertin : l’important, c’est de participer
Jésus leur dit : Apportez le poisson ! Pourtant, Jésus
en avait déjà. Jésus veut absolument qu’on participe.
Ce n’est pas à Lui de tout faire. Fais tout ton possible : Il fera
l’impossible ; car le métier de Dieu, c’est faire l’impossible ; mais
ton métier, c’est faire ton possible. Dieu qui t’a créé
sans toi, ne peut pas te sauver sans toi. Sans tes 5 pains, et tes trois
poissons, Dieu ne fait rien de bon !
Les hommes d’armes combattront et Dieu donnera la victoire.
(Jeanne d’Arc)
"Pais mes agneaux !"
"M
es" agneaux, ça veut dire, que ces agneaux, ils ne t’appartiennent
pas. C’est affreux, quand on entend un curé dire : Mes paroissiens
! Eh bien, non, c’est pas tes paroissiens. C’est ceux du Seigneur.
On dit parfois : Mes enfants ! Non ! Ils m’ont été confiés.
C’est pas : Mes enfants. Voyez-vous, on peut jouer sur les mots. Mais
c’est toute une attitude fondamentale, qui demande une perpétuelle
conversion. Car on a très vite fait d’être propriétaires.
Alors que nous, prêtres, nous ne sommes que des régisseurs,
que des intendants. Et que nous recevons de Dieu cette charge pastorale : au
niveau de la famille, au niveau d’un groupe de catéchèse, au
niveau de visites aux malades, d’avoir une grande liberté et de savoir
que nous le faisons au nom de Jésus.
Bien sûr, il y a des médiations. Et que tel prêtre, telle
personne a été dans notre vie, ou pour nous, déterminante,
à un certain moment de notre vie, mais il n’est pas le Seigneur
!
Méfions-nous de cette idolâtrie. Dont on voit d’ailleurs les
symptômes aux changements de postes, ou d’affectations. Quand on change
de paroisse. Une idolâtrie fantastique. Je crois que c’est une erreur.
En fait, c’est un service. Il faut prier, pour que ceux qui ont une responsabilité
en Église, ne soient pas un écran à la personne du Christ.
Vous vous rappelez de cette secte, où ils se sont tous suicidés,
oui, il y a une douzaine d’années aux États Unis ? Bien sûr
que le prêtre, que le pasteur se donne à fond, mais il faut
en même temps qu’il se retire derrière le Seigneur, derrière
le Christ. Lui seul paît (du verbe paître) : Mes agneaux !
Je n’aime pas Jean Paul II d’abord à cause de ses qualités
personnelles (qui sont immenses), mais j’aime Jean Paul II d’abord parce
que c’est lui qui le 16 octobre 78, a été choisi pour conduire
la barque de l’Église : il a reçu les clés de saint
Pierre.
Au milieu de tas d’ennuis !
E
t c’est au milieu des tas d’ennuis, c’est quand tout est perdu, que finalement
ils retrouvent Jésus ! Certains pensent qu’on ne peut vivre avec Dieu,
que quand tout va bien : travail, loisirs, plaisirs. Que dans un cadre exceptionnel.
On ne va à la messe qu’à Pâques, qu’aux JMJ, aux grandes
fêtes . C’est d’ailleurs le danger des rassemblements ponctuels.
Il faut gérer l’ordinaire, chers amis. Jésus nous atteint
tous les jours, si on sait Le voir ! Du matin, jusqu’au soir ! Et dans des
circonstances nettement défavorables souvent.
Mon ciel est de sourire à ce Dieu
que j’adore, quand Il veut se cacher pour éprouver ma foi ; sourire
en attendant qu’Il me regarde encore ; voilà mon ciel à
moi ! (Sainte Thérèse de Lisieux).
Jésus apparaît et disparaît après la résurrection,
pour habituer les apôtres à vivre de la vitesse de croisière
habituelle : la foi, c’est à dire pas le miracle, pas l’extraordinaire.
N’attendons pas d’être parfaits, pour aller à Dieu.
Si vous attendez que votre enfant soit parfait, alors vous ne l’aimerez jamais
!
Dieu n’appelle que des pêcheurs ! On demande des pêcheurs.
Dieu appelle des gens très ordinaires. Pierre, vous l’auriez choisi
? Allez, sûrement pas ! Il avait tout laissé tomber. Il avait
renié ! Je ne Le connais pas. Bernadette de Lourdes ? La
Mère supérieure a dit à l’Évêque, sur Bernadette :
Elle est bonne à rien. Dieu vous appelle, Il nous appelle,
chacun !
Dieu n’appelle jamais des gens capables, mais Il rend capables ceux qu’Il
appelle !
Père Gilles LE TOURNEUR
2, allée des Oliviers - Le Pyanet
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