LA SAMARITAINE
3ème dimanche de carême, année A
Évangile de saint Jean, chapitre 4
LE RESPECT DE NOTRE CORPS. LE COURAGE DE SE LEVER LE MATIN. ET AUSSI LE
COURAGE DE SE COUCHER. DE SE REPOSER.
CE QU’IL Y A D’UNIQUE AU CHRISTIANISME : CE N’EST PLUS L’HOMME QUI PRIE
DIEU. C’EST DIEU QUI PRIE L’HOMME : "DONNE-MOI À BOIRE !"
"ON A TOUS BESOIN QU’ON AIT BESOIN DE NOUS !" CHANSON DE JEAN-JACQUES GOLMAN
LE PRÊTRE SOURCIER DE DIEU
HISTOIRE DE L’ABBÉ PIERRE APPELÉ AU CHEVET DE QUELQU’UN QUI
S’EST OUVERT LES VEINES. IL LUI A DEMANDÉ UN COUP DE MAIN. C’ETAIT
GONFLÉ !
"JE N’AI RIEN À TE DONNER : SI CE N’EST MON AMITIÉ !"
C
e qui me frappe beaucoup dans cet épisode, c’est que Jésus
s’assoit tout simplement. Il s’assoit parce qu’Il est fatigué. Il
est au bord du puits. Au chapitre 4 de saint Jean, verset 6. "Jesus lassus
sedit.". Merveilleux : ce Jésus qui s’assoit. Donc, Jésus,
qui a un corps, et qui l’aime, et qui sait le reposer. Messieurs Dames, qui
avez une vie complètement stressante, et qui allez vous payer un infarctus
à 4O ans ! Et qui donc ne savez pas vous arrêter. Comment Jésus,
à quelle heure Jésus s’arrête ? À la 6ème
heure. C’est pas à 6 heures du matin, la 6ème heure.
C’est à midi. Quand on se prend son sandwich sur le pouce tous les
jours à midi, est-ce qu’on respecte véritablement son corps
?
Jésus a le courage de se lever ... et le courage de s’asseoir. Et
ça, on voit tout le sens du corps qu’on voit chez Jésus. Eh
bien nous aussi, qu’on ait le courage de se lever le matin. Et aussi le courage
de se coucher, de se reposer, de savoir s’arrêter.
PRIER, POUR NOUS CHRÉTIENS, CE N’EST PAS D’ABORD ÊTRE EXAUCÉ
PAR DIEU, MAIS C’EST EXAUCER DIEU SUR CE QU’IL NOUS DEMANDE.
ON DIT TOUJOURS AUX JEUNES : "TU AS BESOIN DE BOSSER ! TU AS BESOIN DE
FAIRE DU SPORT" ... MAIS JAMAIS ON NE LEUR DIT : "J’AI BESOIN DE TOI !"
E
t puis, il y a bien plus dans ce texte magique. Jésus lui demande
: "Donne-moi à boire !" Dans toutes les religions, dans tous les courants
de pensée spirituels, c’est l’homme qui prie Dieu. Là, dans
le christianisme, ce qu’il y a d’unique, vous voyez, c’est Dieu qui prie
l’homme ! C’est Dieu qui prie cette femme de lui donner à Boire.
C’est la soif de Dieu de rencontrer l’homme. C’est aussi que l’amour ne
consiste pas d’abord à donner, mais à donner au plus pauvre
la joie de pouvoir donner à son tour. On rappelle toujours aux jeunes
et aux ados : "Tu as besoin de bosser ! Tu as besoin de faire du sport ! Tu
as besoin de l’aumônerie. !" Mais jamais on ne leur dit : "J’ai besoin
de ta présence, j’ai besoin de toi !" Aimer, c’est élever l’autre
à la dignité de pouvoir donner à son tour. La pire des
choses qui puisse arriver à un homme c’est de se voir inutile pour
les autres. C’est de n’avoir aucun emploi de lui-même. Là, Jésus
a besoin des services de la samaritaine.
L’ABBÉ PIERRE ET CELUI QUI VOULAIT SE SUICIDER
JE N’AI RIEN A TE DONNER : SI CE N’EST MON AMITIÉ
L’ABBÉ PIERRE : Il EST APPELÉ AU CHEVET D’UN HOMME QUI S’EST
OUVERT LES VEINES -UN COUP DE MAIN : C’EST GONFLÉ !
 QUE CA SE PASSE 2 FOIS ! UN PETIT ENFANT QUI VIENT DE MOURIR : JE VOUDRAIS
PAS QUE CA SE PASSE 2 FOIS
E
st-ce que vous connaissez l’histoire de l’abbé Pierre ?
Regardez l’histoire de l’abbé Pierre. Il est appelé au chevet
d’un homme qui s’est ouvert les veines. Parce qu’il n’a plus de raison de
vivre. C’est un sorti de prison de longue durée, et il n’a plus d’amis,
plus de famille, plus personne. Et l’abbé Pierre lui dit : "J’ai rien
à te donner, sinon mon amitié ! Et puis, toi j’aimerais
bien que tu me donnes un coup de main." C’est gonflé quand même
de dire à un type qui a les veines ouvertes : "J’ai besoin d’un coup
de main !" Il faut un sacré culot, de l’inconscience. "Bon, tu vas
te retaper un peu ; et puis dès que tu es retapé, tu me donnes
un coup de main, parce qu’il y a une famille qui risque de passer l’hiver
dehors, et ça ce serait très très embêtant. Il
y a des petits enfants, là ! J’ai déjà vu un petit enfant
mourir, je voudrais pas que ça se passe 2 fois. J’aurais besoin encore
d’un coup de main." C’est ce qui a été fait. Et ce type, il
ne voulait plus mourir après, du tout ! Bon parce que l’abbé
Pierre lui avait dit : "Après, tu te suicideras si tu veux, mais pour
le moment, on a besoin de toi." Il n’avait plus aucune envie de suicider.
Il y avait des petits gamins qui lui montaient sur les genoux, en l’appelant
"Tonton !"
Et c’est très intéressant. L’abbé Pierre, il a dit
: "J’ai eu une espèce de Euréka, un flash. J’ai compris que
pour les plus pauvres, c’était pas nécessairement faire quelque
chose pour eux, c’était leur dire : Tu veux bien démarrer
avec moi ..." Et il a lancé les chiffonniers d’Emmaüs comme
ça. Donc, avec tous ces exclus, tous ces êtres dont on disait
: "Ils ne valent plus rien."
Vous connaissez la chanson de Jean-Jacques Golman : "On a tous besoin qu’on
ait besoin de nous !" Je crois que c’est ça ; alors l’exclu devient
vite l’élu. Car l’exclu sent qu’on a besoin de lui. C’est ça,
le 1er miracle de la samaritaine : c’est qu’elle ne s’est pas du
tout sentie jugée par Jésus. Le miracle c’est que Jésus
lui dit la vérité, et que cette vérité ne lui
fait pas mal. L’amour sans la vérité, ça pourrit. La
vérité sans l’amour, ça durcit. L’amour et la vérité,
ça construit.
MA RELIGION, C’EST QUELQU’UN
Jean nous fait descendre dans le puits profond de la personne de Jésus,
du voyageur épuisé, au prophète qui lui dit tout son
passé, au Messie attendu, enfin au sauveur du monde, à celui
qui fait surgir la vie éternelle.
M
es chers amis, notre religion, ce n’est pas d’abord une morale. Ce n’est
pas une doctrine, ce n’est pas des idées, des opinions. Car ce n’est
pas la morale qui rend heureux. Moi je repars en courant quand on me fait
la morale ! Des "il faut, tu dois, y a qu’à, faut qu’on ..." Non !
Ce n’est pas la morale qui rend heureux, c’est l’amour qui rend heureux.
Ma religion, ce n’est pas une morale, c’est Quelqu’un : le Christ.
Et Jean l’évangéliste nous fait descendre dans le puits profond
du mystère de la personne de Jésus, du voyageur fatigué,
au prophète qui lit dans les cœurs, au Messie attendu, enfin au Sauveur
du monde qui fait surgir la vie éternelle. C’est complètement
fou ! Grandiose.
Dans cet dialogue, c’est la 1ère fois que Jésus
se dévoile au monde, dans l’évangile. Et c’est à une
femme. Et il dit sa soif de nous rencontrer. C’est ça la définition
de la prière, dans le catéchisme de l’Église catholique
: c’est la rencontre de 2 soifs. Jésus a soif qu’on ait soif de Lui.
Dans toutes les maisons de Mère Térésa, au dessous du
Maître-autel, il y a cette inscription : "J’ai soif !" Et l’eau vive
que Jésus donne, c’est l’Esprit Saint.
Tout ce carême, tout ce désert, c’est recevoir l’eau vive,
pour se désaltérer. Pour arroser notre jardin intérieur.
Continuons notre effort de carême pour ne voir d’abord que le verre
à moitié plein. J’ai bien dit : d’abord. Bien sûr, il
faut aussi voir ce qui ne va pas bien ; on n’est pas aveugles. Mais c’est
le "d’abord" qui compte ; voir d’abord le positif.
La croix, c’est le signe plus par excellence ! Pas d’abord le verre
à moitié vide, mais le verre à moitié plein..
C’est toujours une histoire d’eau, vous voyez, finalement.. L’exercice du
regard positif. Quand j’étais dans les classes, et que je rencontrais
les professeurs, je défendais toujours les élèves moins
doués, un peu à coté de la plaque. Car je disais : "Il
y en a toujours qui ne montreront que leurs défauts."
Oui, ne signaler les ornières, que pour baliser la lumière.
C’est le rendez-vous de dimanche prochain avec l’aveugle né, à
la fontaine de Siloé, une autre histoire d’eau, décidément.
Car l’eau vive, c’est étonnant : elle nous fait remonter à
la source le plus souvent.
LE PRETRE SOURCIER DE DIEU
Que ton sourire fasse jaillir des sources. Le prêtre n’est pas un
sorcier. Toutes les religions ont leurs sorciers. Non, le prêtre ,
c’est un sourcier de Dieu. Faire jaillir des sources, enlever les
pierres, trouver les sources et les ressources, pour que brille la lumière
!
La samaritaine a oublié sa cruche ; elle peut allumer le feu autour
d’elle comme une bûche. "Seigneur, je suis une cruche : remplissez-moi
; je suis une bûche : enflammez-moi !"
ce 21 février 2OO5, à Hyères
Père GILLES LE TOURNEUR
2 allée des OLIVIERS Le Pyanet
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