16ème dimanche année A
LE SEMEUR ET L’ENNEMI QUI PLANTE LA MAUVAISE HERBE
Saint Matthieu, 13
"Toute graine d’amour lèvera bien un jour !" Marie Baudouin-Croix
"Quand on s’aime, on récolte !"
Comment écrivez-vous : "sème" ? Il faut l’écrire :
"S’aime !"
Ne pas juger par nous-mêmes, que ce sont des mauvaises herbes !
C
ette parole de Jésus nous invite à la patience, et à
l’espérance. On veut toujours récolter. Tout, tout de suite
! Et avant de le faire, on veut enlever les mauvaises herbes. Mais Jésus
dit : "Attends. Ne coupe pas tout de suite les mauvaises herbes ; on ne
sait pas : on peut très bien confondre le bon grain avec les mauvaises
herbes." Parfois, je me dis : "Sur cette terre, il y a d’un coté
: les bons, et de l’autre : les horribles !" Non. Jésus nous demande
de ne pas juger les autres. De les porter, au lieu de les supporter ! de
les élever, au lieu de les enfoncer ! "La personne la plus intelligente
que je connaisse, disait Bernard Shaw, c’est mon tailleur : chaque fois que
je vais lui commander un nouveau costume, il reprend les mesures ! Il ne s’imagine
pas déjà connaître son client." On ne connaît
pas, on ne sait pas. Ce n’est pas à nous à faire le tri !
Ce n’est pas à nous à dire : "Celui-là ; il est pur
; l’autre, c’est un méchant." Ca, c’est le travail du Seigneur à
la fin des temps.
Le bon larron, l’enfant prodigue, le centurion à la croix, ce ne
sont pas des "mauvaises graines ", je crois.
Une grand-mère : "Mais mes petit-fils ne sont même pas baptisés !"
Ce qui est semé est semé.
Une grand-mère me disait à la sacristie : "Tous ces jeunes,
qui sont allés faire leur profession de foi, on ne les revoit plus
à l’église. Et, dans ma propre famille, mes petits enfants
ne sont pas tous baptisés." J’ai répondu : "Oui, c’est vrai :
mais, même s’ils ne viennent plus le dimanche, même si vos petits
enfants ne sont pas tous baptisés, vous avez semé. Et ce qui
est semé est semé !"
J’aime ce proverbe, et je le redis à chaque préparation au
mariage :
"Quand on s’aime, on récolte." Comment vous l’écrivez : "S’aime
?" Pas semer du verbe semer. Mais : " s’aime", du verbe : "aimer" !
L’histoire des lentilles. On veut toujours vérifier. Éloge
de la patience : "Pour faire un homme, mon Dieu que c’est long !" Vous connaissez
la chanson !
Ce n’est pas nous, qui récoltons ! On voudrait tout de suite
voir les résultats. Quand j’étais en maternelle, on nous avait
fait planter des lentilles dans un petit pot de terre, et avant, il y avait
eu du coton, et un peu d’eau, pour que la graine puisse bien "prendre"..
Tous les matins, tous les soirs, j’allais voir mes lentilles, j’écartais
la terre pour voir si les lentilles poussaient. Mais à force de voir
si elles poussaient, elles ne poussaient plus du tout. Acceptons la lenteur
! Ne soyons pas comme le jardinier qui tire sur la tige, pour que les fruits
poussent plus vite : il arrache tout. Il faut attendre pour mieux apprendre.
Il faut apprendre, pour bien comprendre ! Un amour impatient ne fait pas
du bien : au lieu de te prendre comme tu es, il s’exaspère de te voir
si imparfait ; il t’empêche de grandir en te voulant déjà
si grand : voilà ce que fait un amour impatient ! La patience,
c’est la moelle de l’amour, disait Sainte Catherine de Sienne. Et quand
saint Paul expliquera la carte d’identité de l’amour, - dans la
lettre aux corinthiens, vous savez, ce texte qu’on lit souvent dans les
mariages, 1ère aux corinthiens, chapitre 12, -, il ne dira
pas d’abord : L’amour est tendre, l’amour est bienveillant ! Non !
Mais il dira d’abord : "L’amour est patient !" C’est la première
chose qu’il dit sur l’amour ! Et vous connaissez la chanson : "Pour faire
un homme, mon Dieu que c’est long, pour faire un homme ... !"
Le terreau = la terre + de l’eau ! D’où : le terreau
Les gens et le monde actuel vous posent tellement de questions que le mariage
.... il faut bien préparer le terrain ..
Certains ne comprennent pas quand ils viennent nous demander le sacrement
du mariage, qu’il y a une préparation d’un an, comme l’ont demandé
les évêques de France. Mais les gens et le monde actuel vous
posent tant de questions sur le couple, et sur le mariage chrétien,
que pour répondre, il faut bien une bonne préparation, qui
dure au moins entre 6 mois et un an. Et l’enjeu en vaut la peine : un travail
professionnel, c’est pour 20 ans, 30 ans, et on fait avant parfois une longue
formation, en tous cas un minimum de 2 ans, pour avoir soit le diplôme
nécessaire, soit la formation de base...et on ne se préparerait
pas pendant au moins un an pour quelque chose (le mariage) qui peut durer
toute une vie, 30 ou 40 ans ensemble ? Dans n’importe quelle entreprise on
n’accepterait jamais ça. Les jardiniers sont unanimes vous savez,
pour dire que le terrain est plus important que la graine. Le terrain,
c’est le terreau, "la terre + de l’eau" = le terr -eau, le terreau !
On ne sait pas très bien prier !
Prier, oui, mais comment ? C’est dur de quitter notre laboratoire, pour
entrer dans l’oratoire
M
ais, notre problème, c’est qu’on ne sait pas prier. "Nous ne savons
pas prier comme il faut", dit Saint Paul. Moi, je ne comprends pas ce
que dit saint Paul ! Car, Paul était un saint. Il savait bien ce que
c’était que la prière. Donc, si lui ne sait pas prier comme
il faut, alors à plus forte raison : nous aussi !
Regardez, quand par exemple, j’entends dire souvent : "Moi, je pense à
Dieu. Mais j’ai tant de travail que je ne peux pas prier ! Mais je pense
à Dieu dans ma journée. Je ne peux pas faire plus." Alors
je dis toujours : c’est comme si je disais à celle que j’aime : "
Tu sais, chérie, je pense toujours à toi. La preuve, c’est
que j’ai une photo de toi dans mon bureau !"
"Je suis très touchée, répond la chérie, mais
je serais quand même contente, que tu rentres avant 9 heures du soir,
mais un peu plus tôt pour te voir."
On est tous un peu comme ça. On a une photo de Dieu à la
maison. Mais franchement, quitter le laboratoire, pour entrer dans l’oratoire
, ça, alors ... c’est trop dur ! On est tous appelés à
cette intimité avec l’Esprit !
"Ô Toi qui es chez Toi tout au fond de mon cœur, fais-moi goûter
ta joie dans le fond de mon cœur !" (Père Caffarel)
Et pendant les vacances ?
Nous savons que tout peut être étouffé par une vie
trépidante. Que ces vacances nous aident à nous arrêter.
La mauvaise herbe, ça se dit en grec : zizanie. L’ennemi vient étouffer
avec ses mauvaises herbes le bon grain. Il y a trois sortes de mauvaises
herbes, que l’ennemi a déposé, au début de notre vie
: le à moi : l’égoïsme. Le de moi : l’orgueil.
Le pour moi : le matérialisme et la sensualité excessive,
qui ne voit pas le cœur. Imaginez un couple en vacances. Ou même un
couple en activité, le reste de l’année. Dans une semaine par
exemple. On sort, allez, ce soir, on va chez les un tel. Le 2
ème soir : on va à cette réunion. Le 3ème
soir, on a un film au cinéma. Et puis, peu à peu, on
prend l’habitude : on ne se parle plus, ou presque pas. Puis, on vit côte
à côte. Puis, au lieu d’avoir la richesse d’un cœur à
cœur entre nous, on n’a plus qu’une vie parallèle à deux :
on a eu des expériences récentes, en politique, ce n’était
pas forcément heureux !
Le geste du semeur, c’était pour moi Jean Paul II qui allait
partout pour parler de Dieu
L
e geste large du semeur, ce n’est pas pour moi seulement la couverture du
dictionnaire Larousse (je sème à tous vents), mais,
c’était pour moi, le pape Jean Paul II qui arrivait tranquillement,
dans un aéroport, dans un stade, sur une place de cathédrale,
qui prenait son papier et qui le lisait. Il savait très bien qu’il
y aura une grande partie qui sera perdue : sans doute les trois quarts. Mais
il pensait qu’il y aura un quart qui sera touché. Tenez, il croit
en la puissance de la parole, et à sa douceur, qui va un jour ou
l’autre pénétrer les cœurs !
Demandons d’être des obstinés de la communication, de la rencontre,
de la communion. Réglons notre montre sur la montre de Dieu : Il
a tout son temps ! On n’a pas le même agenda, tous les deux, vous et
Dieu ! Il a tout son temps et même l’éternité. Acceptons
les moyens pauvres qui nous sont donnés : la prière, le partage,
et le pardon, les 3 "P", qui donnent le grand P de la Paix intérieure.
Le mal, il porte un grand M majuscule, dans le Notre Père, c’est bel
et bien une personne, ce n’est pas une idée. Et tout à l’heure,
vous le direz : "Mais délivre-nous du Mal !"
Pensons aussi que l’Adversaire, le démon, l’Ennemi, comme le dit
l’évangile aujourd’hui, il n’est pas d’abord spectaculaire : satanisme,
couverture de CD, têtes de mort, non ! il procède souvent autrement
: il endort doucement ! il nous endort. D’ailleurs, regardez cet autre passage
d’évangile, où il nous est dit qu’il vient de nuit ! c’est
le matérialisme qui nous anesthésie. C’est ce que disait Claudel
:
"Le pire dans notre monde n’est pas de faire du mal, mais de faire du bien,
en se passant de Dieu !"
La mauvaise herbe, c’est l’oubli de Dieu, de l’Amour, au fil des jours.
Dites, le démon, c’est comme ça qu’il procède : il ne
se montre pas. Il agit par le désespoir, par le doute du soir : "Un
monde de tsunamis et d’attentats ? sûrement que Dieu n’existe pas
!"
Inventer des soleils, pour sécher les larmes des autres, c’est cela
être apôtres !
Le divin jardinier ! Il vient retourner notre cœur. Et que sainte Madeleine,
la patronne des jardiniers, vienne nous remonter le moral, si notre cœur
n’est pas au beau : et que nous puissions inventer des soleils, pour sécher
les larmes des autres, c’est cela être apôtre !
Le 22 juillet, c’est la fête de sainte Marie-Madeleine, et nous aurons
la messe des jardiniers, chère aux hyérois. Jésus
est bien le divin jardinier ! c’est le Ressuscité qui se présente
au petit matin de Pâques, en paysagiste pour dessiner, pour semer,
pour planter, pour moissonner. Que vous soyez tous brûlés
par le désir de vivre ! Que Sainte Marie Madeleine patronne des jardiniers,
la première ressuscitée sème en nous la paix, la tendresse
et la vie.
Oui, quand on sème, on récolte forcément un jour. Si
on s’aime, on récolte de l’amour !
À Hyères, ce 13 Juillet 2OO5
P. Gilles le Tourneur
Presbytère de l’église sainte Douceline
Paroisse Saint Louis-Sainte Douceline
2, Allée des Oliviers 834OO HYERES
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